Dernière mise à jour le 16 juillet 2020

Le tétranyque rouge du pommier

Yvon Morin et Gérald Chouinard

 

ATTENTION DOSES RÉDUITES : l’ARLA ne prend pas action contre ceux qui préconisent de telles pratiques, si elles n’entraînent pas de danger pour la santé ou la sécurité humaine ou pour l’environnement et qu’elles ne sont pas destinées à promouvoir la vente de produits antiparasitaires. Si toutefois l’utilisation de doses réduites ou adaptées devait entraîner des pertes pour les utilisateurs, les conseillers ou les organisations qui les recommandent pourraient être tenus responsables de leurs recommandations dans des actions civiles.

 

Voyez le tétranyque sur Youtube à https://www.youtube.com/watch?v=4kk7HjBtLkc
La capsule vidéo de 10 minutes dresse un portrait du ravageur, montre ses caractères distinctifs, identifie les conditions qui influencent son développement, et vous plonge dans l’action du dépistage et des méthodes d’intervention recommandées en production fruitière intégrée.

 

Description et comportement

Le tétranyque rouge du pommier (Panonychus ulmi) est un ravageur primaire en PFI. Il hiberne au stade d’œuf sur l’écorce des branches ou du tronc. Ces œufs sont rouges et sphériques. Ils mesurent en moyenne 0,13 mm et sont souvent regroupés sur les lambourdes et les rameaux.

Œufs de tétranyque rouge du pommier – photo F. Vanoosthuyse, IRDA

L’éclosion commence au stade du pré-bouton rose. Le tétranyque rouge du pommier passe par trois stades larvaires dont le plus jeune n’a que six pattes alors que les stades subséquents en ont huit. Les jeunes larves se déplacent vers les feuilles pour se nourrir. Sous des conditions climatiques normales à cette période, elles atteindront le stade adulte environ deux semaines plus tard, pendant la floraison. Les adultes ont l’apparence de minuscules araignées rouges carmin de 0,3-0,4 mm. Le mâle est un peu plus petit. Les femelles commencent à pondre sous les feuilles à partir du stade du calice. Les œufs prennent en moyenne de 6 à 14 jours avant d’éclore, alors que par temps chaud, ce temps peut être réduit de moitié. De six à huit générations ou plus peuvent se développer au cours de la saison, selon les conditions climatiques. Par temps chaud, la multiplication sera rapide et une génération pourra être complétée en dix jours.

Adulte de tétranyque rouge de la pomme – photo J. Moisan-De Serres, MAPAQ

À la période préflorale, le tétranyque rouge (Panonychus ulmi) est le seul acarien problématique. Il se multiplie rapidement et les populations peuvent être abondantes dès juin, dans les cas où des œufs sont présents au printemps et qu’un traitement n’a pas été effectué.

À partir de la 3e et la 4e génération (au milieu de l’été), les générations se chevauchent complètement et tous les stades (œufs, larves et adultes) sont présents en même temps. Le pic des populations survient vers la fin du mois de juillet et le début du mois d’août. Les œufs d’hiver sont pondus à partir de la fin août, principalement sur le bois mais aussi sur le calice des fruits et le feuillage. Les formes mobiles ne survivent pas à l’hiver.

Des photographies des différents stades de développement se retrouvent dans le Guide d’identification des ravageurs du pommier et de leurs ennemis naturels.

Cycle de vie du tétranyque rouge de la pomme – illustration J. Veilleux / IRDA

 

Dommages

Des populations importantes causent les dommages suivants (les astérisques identifient des situations extrêmes) :

 

Estimation du risque

Il existe deux types de dépistage pour le tétranyque rouge :

Le dépistage sur lambourdes doit être effectué avant le stade débourrement. Observer 30 bourgeons à fruits sur le bois de deux ans ou plus, à raison de deux bourgeons par arbre selon deux orientations opposées. Effectuer les observations à environ 1,5 m de hauteur à l’aide d’une loupe 10X. Concentrer les observations sur le côté ombragé des bourgeons. Porter une attention particulière aux cultivars tels Lobo, Délicieuse et Spartan, sur lesquels les populations ont tendance à se développer plus facilement. Classifier chaque bourgeon en fonction du nombre d’œufs sains de tétranyques rouges présents sur l’équivalent de 3 cm de bois autour du bourgeon, selon le tableau ci-après. Faire la moyenne des cotes obtenues pour les 30 bourgeons. Le seuil d’intervention provisoire est de 0,2.

Nombre d’œufs par bourgeons Cote
0 0
1 à 5 1
6 à 15 2
16 à 50 3
51 et plus 4

Le dépistage sur feuillage et les seuils d’intervention sont synthétisés au tableau Dépistage par observation visuelle des fruits ou du feuillage du présent guide (fiche 65).

 

Stratégie d’intervention
Prévention

Éviter une fertilisation azotée excessive : ne pas dépasser 50 unités d’azote à l’hectare.

Favoriser le développement de la faune auxiliaire en utilisant au minimum les pesticides les plus toxiques pour les prédateurs et les parasites, comme les pyrèthrinoïdes de synthèse et le carbaryl. Cependant, il faut noter que certains acariens prédateurs peuvent être actifs dans le verger, malgré l’utilisation de ces produits, s’ils ont acquis une résistance (ce qui n’est pas très rare).

Répression en début de saison (à l’huile)

Dans la quasi-totalité des cas, il est préférable de tuer les œufs avant leur éclosion plutôt que d’attendre et traiter les formes mobiles. Ceci est valable même si le prix de l’huile supérieure augmente à un rythme impressionnant. L’huile réprime très efficacement les œufs de tétranyque rouge, mais aussi d’autres ravageurs comme les cochenilles (cochenille de San José, cochenille ostréiforme et cochenille virgule) et le puceron rose. Si vous utilisez l’huile, vous ne les connaissez peut-être pas, mais ces insectes sont en recrudescence dans les vergers qui n’en reçoivent pas.

Pour être efficace, l’huile doit être appliquée avant ou pendant l’éclosion des œufs; typiquement, l’application est effectuée entre les stades débourrement avancé et pré-bouton rose.

Il faut noter toutefois que l’huile n’affectera pas les tétranyques à deux points et les ériophyides qui pourraient être présents dans le verger sous forme adulte au moment de l’application.

Les avantages à utiliser l’huile sont nombreux. Généralement, elle réduit suffisamment les populations du tétranyque rouge pour qu’elles demeurent sous les seuils jusqu’en juillet, moment où les prédateurs peuvent prendre le relais pour effectuer un contrôle biologique. Aussi, les tétranyques rouges acquièrent rapidement de la résistance aux acaricides chimiques. L’huile est également efficace contre les cochenilles si elle est appliquée au débourrement, en plus d’être un produit privilégié en PFI, qui ne pose pas de problèmes de résistance.

Moment du traitement

Les applications doivent être faites seulement lorsque le vent est faible et la température assez élevée pour permettre à l’huile de bien couvrir le bois du pommier (idéalement, 18 °C ou plus).

Comme l’huile agit par suffocation sur les œufs, c’est-à-dire qu’elle les empêche de respirer, les points suivants sont à surveiller :

Précautions à prendre
Les conditions printanières n’étant pas souvent favorables à l’application d’huile, il est important de la faire dès qu’elles se présentent, même si le stade du pré-bouton rose n’est pas atteint. Inversement, n’intervenez pas dans de mauvaises conditions : c’est du temps et de l’argent mal investis.

Toute période de gel survenant moins de 48 heures après un traitement à l’huile peut causer des dommages à l’écorce, et par la suite, de la phytotoxicité sur les cultivars sensibles à l’huile, comme Empire et Délicieuse.

Il est important de ne pas appliquer du CAPTAN, MAESTRO ou autre fongicide à base de captane dans un délai d’une dizaine de jours précédent et suivant une application d’huile.

Quelques conseils supplémentaires

Répression en été

Consultez la Stratégie globale de lutte aux acariens (fiche 91).

 

Cette fiche est une mise à jour de la fiche originale du Guide de référence en production fruitière intégrée à l’intention des producteurs de pommes du Québec 2015. © Institut de recherche et de développement en agroenvironnement. Reproduction interdite sans autorisation.

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