Focus sur une pratique à moindre risque (2): la lutte attracticide (GF-120) contre la mouche de la pomme

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Notre deuxième article sur les pratiques à moindre risque traite d’une méthode de lutte qui mérite vraiment d’être démystifiée, ne serait-ce que pour expliquer les mots “attracticide” et GF-120! C’est une pratique couramment utilisée sur tous les continents et qui a démontré son efficacité depuis plusieurs années contre plusieurs espèces de mouches à fruits comme la mouche de l’olive, la mouche méditerranéenne des fruits, la mouche de la pomme et des dizaines d’autres ravageurs de cette famille. Son efficacité a aussi été démontrée pour les vergers du Québec.

Étrange comme nom…

On vous l’accorde! Le GF-120 est en fait un mélange ingénieux de deux choses: un appât alimentaire et un insecticide. Or si vous ne connaissez pas le GF-120, vous connaissez bien ses deux composantes : l’insecticide est le spinosad (aussi vendu sous les noms de SUCCESS et ENTRUST) et l’appât, bien que sa composition exacte soit gardée secrète par la compagnie, ressemble fortement à de la mélasse. L’appât attire les mouches vers les gouttelettes de produit sur le feuillage et les incite à s’en nourrir…et l’insecticide fait le reste. Cette combinaison dite “attracticide” (le terme anglais est attract-and-kill) est si puissante que seules quelques traces d’insecticide dans le mélange sont suffisantes pour que l’application soit efficace (le GF-120 contient 0,02% de spinosad, alors que le SUCCESS en contient 48%).

Pourquoi ce n’est pas plus connu si c’est si efficace?

Comme plusieurs méthodes de lutte à moindre risque, le GF-120 n’est pas une pratique à moindre effort:

  • l’application doit être faite en ultraconcentré (moins de 10L/ha) donc un applicateur portatif est nécessaire (ca peut aussi être vu comme un avantage);
  • des applications répétées sont nécessaires car il est facilement délavé par la pluie.

Tout compte fait, ces deux inconvénients restent acceptables si on considère les avantages suivants  :

  • Pas besoin de sortir le tracteur et le pulvérisateur à verger: s’applique rapidement et facilement avec un VTT (à près de 10 km/h, 1 rang sur 2 dans plusieurs exploitations)
  • Pas de délai avant récolte ni de délai de réentrée (une fois les résidus séchés)
  • Indice de risque réduit de 50% (impact sur la santé) à 90% (impact sur l’environnement) par rapport aux traitements à l’IMIDAN (phosmet)

Comment ça s’applique?

Le plus important dans l’application de ce produit est que la couverture ne doit pas être uniforme. Vous avez bien lu! L’applicateur et les buses (ex D1) doivent être réglés pour déposer quelques grosses gouttelettes (ex 5mm) plutôt qu’un nuage de fines gouttelettes, en gros parce que les mouches sont davantage attirées par les grosses gouttelettes qui contiennent plus d’appâts et que les grosses gouttelettes restent efficaces plus longtemps. Les gouttes n’ont pas besoin non plus d’être bien réparties dans le feuillage, car les mouches vont se diriger directement vers l’appât peu importe si, par exemple , elles ne sont situées que sur une bande à mi-hauteur du pommier.

Les applicateurs les plus utilisés sont ceux construits sur mesure avec une pompe, un réservoir et des buses montés sur un VTT (voir figure), mais d’autres systèmes peuvent être offerts par votre distributeur de produits phytosanitaires.

Ca marche vraiment?

Pas de doute. Dans les essais menés à Frelighsburg et Saint-Bruno, 7 à 10 applications de GF-120 ont remplacé avec succès  2 à 3 applications annuelles d’IMIDAN (dégâts équivalents ou moindres dans les parcelles de GF-120).

Le GF-120 est en démonstration dans les cinq vitrines pomicoles actuellement en opération au Québec. Sur certains sites, la méthode est utlisée une partie de l’été afin de réduire les applications de néonicotinoïdes (ex ASSAIL). Selon les sites, de 2 à 8 applications de GF-120 ont été requises annuellement.  Pour plus d’infos, consultez la présentation faite lors de la journée pomicole de Saint-Remi et disponible sur Agrireseau.

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Gerald Chouinard

Agronome et entomologiste à l'emploi du ministère de l'Agriculture, de Pêcheries et de l'Alimentation du Québec depuis 1992 et de l'IRDA depuis sa création. Depuis plus de 20 ans, il supporte les pomiculteurs et les professionnels de la pomiculture dans leur mission: produire des pommes de qualité, dans le respect de l'environnement.

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