Une dernière infection primaire à Québec

La pluie attendue la semaine dernière n’ayant pas eu lieu dans la région de Québec, les spores matures n’ont pas pu être éjectées avant aujourd’hui. Les éjections réalisées au laboratoire vendredi et les prévisions du simulateur RIMpro tendent à confirmer que  la pluie prévue ce soir, et toute la journée demain, provoquera la dernière infection primaire dans la région de la capitale nationale. Dans les vergers non déjà protégés, un traitement tôt demain matin pourrait arrêter l’infection en cours (traitement de germination).

Les fongicides à base de mancozèbe et de métirame seront interdits en pomiculture au Canada

L’ARLA a publié hier (21 juin) le résumé de sa décision concernant le métirame (Polyram) et le mancozèbe (ex: Dithane, Manzate, Penncozèbe), deux fongicides du groupe des EBDC. Le texte intégral des décisions (RVD2018-20 et RVD2018-21 respectivement) sont disponibles sur demande auprès de l’ARLA.

Les titulaires d’homologation de tous les produits contenants ces substances devront retirer la pomme de l’étiquette d’ici 2 ans et l’usage des produits en inventaire chez les producteurs sera interdit en pomiculture dans 3 ans (le 21 juin 2021).

L’agence de réglementation a déterminé que des risques préocuppants de cancer sont liés à l’exposition à l’éthylène thiourée (ETU) qui est un produit de dégradation retrouvé dans les fruits traités avec ces fongicides. L’agence a aussi souligné des risques pour la santé liés à l’exposition professionnelle, même en tenant compte des équipements de protection et d’un nombre moins élevé d’applications aux doses les plus faibles.

L’ARLA précise dans son analyse qu’elle est consciente que le retrait des EBDC forcera l’usage d’autres fongicides qui sont plus sujets à la résistance et propose comme solution l’emploi du FOLPAN (folpet) et l’ALLEGRO (fluazinam) qui sont pourtant jugés toxiques et inadmissibles en production fruitière intégrée (PFI) au Québec. Cette décision arrive dans la foulée des restrictions quant à l’usage du Captan qui entreront aussi en vigueur d’ici 2 ans.

La décision de l’ARLA ne peut être changée que si des données scientifiques sont fournies pour répondre aux différents points soulevés dans le rapport détaillé. Par exemple, des études sur l’estimation du risque pour les travailleurs dans les vergers haute densité. Un avis d’opposition avec un fondement scientifique peut être déposé dans les 60 jours suivant la publication d’une décision finale de l’ARLA.

 

Temps violent et propagation des maladies en verger

Le temps violent prévu demain dans le sud du Québec pourrait fortement aggraver les cas existants de feu bactérien.

Tiré de la fiche PFI:

Dans les parcelles voisinant des vergers où des symptômes de feu bactérien sont présents et/ou étaient présents l’an dernier, il est fortement recommandé d’intervenir en cas de grêle en juin ou en juillet. 

Deux interventions sont possibles, une application rapide de streptomycine, et/ou une application de Apogee. Il est généralement inutile d’appliquer des traitements fongicides comme CAPTAN ou autre sur les pommiers ou les poiriers, puisque les petits fruits verts résistent bien à l’infection par les pourritures. Ailleurs dans le monde, les risques de pourriture noire, de moniliniose ou d’autres maladies peuvent justifier ce traitement, mais ce n’est pas le cas au Québec.

Feu bactérien:

La streptomycine doit être appliquée dans les quatre heures suivant une tempête. N’intervenez que si tous les facteurs de risque sont réunis et seulement en cas de tempête assez violente. Les traitements réalisés jusqu’à 12 heures après la tempête sont probablement encore efficaces à 50 %, mais passé ce délai, la bactérie est internalisée dans le bois et échappe à l’action des antibiotiques. Le traitement peut être fait sur du feuillage encore humide, mais à condition que la pluie soit terminée et que le feuillage soit en cours de séchage.

Notez que l’utilisation de la streptomycine est limitée à un total de 5.7 kg/ha par année, soit environ 6 traitements par année, incluant les traitements floraux, et qu’aucun traitement n’est permis dans les 50 jours précédant la récolte. Pour des cultivars d’été réputés sensibles comme Paulared, cette restriction implique un arrêt des traitements au début de juillet. En pratique, la propagation du feu bactérien est limitée à la période de croissance des arbres et les orages à la fin juillet et en août sont donc beaucoup moins à risque pour la propagation du feu. L’éclaircissage manuel est interdit dans la parcelle dans les 14 jours suivant une application de streptomycine.

Il faut seulement traiter les parcelles où les symptômes ont été enlevés par la taille et les blocs sains à proximité. Traiter des vergers où l’on trouve de nombreux foyers actifs est la meilleure façon de sélectionner des populations de bactéries résistantes à la streptomycine. Une approche plus conservatrice quant à l’utilisation de la streptomycine a permis de garder cet outil de lutte, alors que dans les états où la streptomycine a été utilisée abusivement, ce produit n’est plus efficace.

Dans les blocs de verger où le régulateur de croissance APOGEE a été appliqué lors de la floraison, la propagation du feu bactérien est beaucoup moindre que dans les blocs non traités. Réservez vos interventions à la streptomycine là où elles sont le plus nécessaires.

Apogee

Un traitement avec le régulateur de croissance Apogee dans les jours suivants une tempête de grêle est recommandé pour trois raisons : Apogee peut ralentir la progression du feu, limiter la poussée de croissance des arbres qui survient quand les arbres sont endommagés et ainsi limiter la perte des bourgeons floraux sur le bois de 2 ans. Ce dernier effet permet de régulariser la production dans l’année suivant la grêle*. Cette recommandation « tardive » d’Apogee fait encore l’objet d’études.

*Rademacher W, Kober R. Efficient Use of Prohexadione-Ca in Pome Fruits. Eur J Hortic Sci [Internet]. 2003 [cité 26 févr 2018];68(3):101‑7. Disponible à: http://www.jstor.org/stable/24126154

Les éjections d’ascospores sont terminées, ou presque (16 juin)

Suite aux pluies des derniers jours, la réserve d’ascospores est maintenant épuisée dans la plupart des vergers. Les résultats des éjections forcées (en ligne) confirment ce qui a été annoncé mercredi (13 juin) et concordent avec RIMpro; pour la plupart des sites les comptages enregistrés vendredi (15 juin) étaient très faibles. Les résultats plus élevées observées à Compton s’expliquent du fait que les feuilles ont été ramassées avant la pluie. Pour la région de Québec, les éjections à venir jusqu’au 21 juin pourraient suffirent à causer des infections primaires, notamment dans les vergers où l’inoculum est plus abondant.

Comme à tous les ans, il restera encore quelques ascospores qui subsisteront, mais elles ne présentent qu’un risque marginal. L’effet combiné du fauchage, de la litière qui se décompose et du faible inventaire de spores résiduel feront en sorte que la probabilité d’infection par les ascospores sera marginale à partir de maintenant.

De plus, le cycle de croissance achève et de moins en moins de feuilles sensibles à la tavelure se développent. Dans le verger de l’IRDA, une bonne proportion des pousses du cultivar McIntosh ne sont plus en croissance et sont donc résistantes.

Dans les vergers où la fertilisation azotée continue tardivement (après la nouaison), les pousses restent sensibles plus longtemps, ce qui augmente considérablement le risque de propagation de la tavelure en été.

La fin des infections par les ascospores ne veut pas dire la fin de tous les traitements. D’ici la mi juillet, la fréquence de vos interventions va dépendre de la qualité de votre dépistage et votre confiance quant à la qualité des traitements réalisés pendant la période des infections primaires. Dans les vergers à inoculum faible, bien dépistés et où la qualité des traitements est présumée bonne, la fréquence et la dose des traitements peut être grandement diminuée. Par contre, dans les vergers où la qualité des traitements est incertaine, il est possible que des taches passent inaperçues lors du dépistage. Il est donc recommandé de maintenir une couverture foliaire, même si elle est allégée. Dans les vergers où des taches sont déjà présentes, il vous faudra maintenir une dose « d’entretien » de fongicide pendant une bonne portion de l’été. Dans ces vergers, le renouvèlement des traitements basé exclusivement sur la pluviométrie augmente vos couts sans nécessairement apporter de bénéfices. Il est possible de « gérer » parcimonieusement les traitements en fonction des résultats de dépistage et la fréquence des pluies, et non simplement par la quantité d’eau tombée. Voir la fiche du guide PFI pour les détails.

Avis pour les maladies du pommier 13 juin 2018

Tavelure

La dernière infection primaire de la tavelure du pommier est prévue aujourd’hui dans les régions pomicoles avoisinants Montréal. Les spores matures prêtes à l’éjection observées au laboratoire et prédites par le simulateur RIMpro concordent assez bien: la pluie prévue aujourd’hui devrait épuiser la réserve d’ascospores pour la saison. La fin des éjections ne veut pas dire la fin de tous les traitements, mais votre stratégie peut désormais être allégée. Si vous êtes confiants que les infections passées (et celle à venir aujourd’hui) ne mèneront pas à des taches, vous pouvez diminuez fortement la fréquence de vos traitements. Le guide PFI décrit une stratégie de traitement adaptée aux différentes situations. Des conseillers rapportent des taches en lien avec une infection vers la mi mai, assurez-vous de bien évaluer votre situation locale.

 

Avertissement maladies du pommier du 6 juin 2018

Tavelure du pommier: La saison des infections primaires à risque élevé est terminée dans le sud du Québec. Cependant, la réserve d’ascospores n’est pas entièrement épuisée dans tous les vergers et la fin des infections primaires sera annoncée seulement dans quelques jours. Dans les vergers où des taches sont apparues, votre stratégie d’intervention doit être adaptée en fonction des infections secondaires et la protection des fruits.

Blanc du pommier: Dans les vergers où le blanc est un problème, le modèle RIMpro blanc prévoit des conditions d’infection à partir du 10 juin prochain dans tous les vergers au sud du Québec. Dans la région de Québec, les risques débutent à partir du 12 juin. Adaptez vos traitements en conséquence en incluant au besoin un fongicide efficace contre  cette maladie préférablement dans les jours précédents la période d’infection. Consultez la fiche du guide.

Premiers symptômes de feu bactérien en Montérégie.

Dans les vergers avec un historique de feu bactérien (brûlure bactérienne), les premiers symptômes sur fleurs sont apparus hier (4 juin).Consultez la fiche 105 du guide PFI pour apprendre à reconnaitre les premiers symptômes et signes de la maladie.

Dans les vergers où des symptômes sont présentes, le temps de réponse est déterminant:

  1. L’éradication (émondage) doit débuter le plus vite possible, mais ne doit jamais être faite sur des arbres mouillés. Les opérations devraient être faites par temps sec. Toutes les opérations manuelles (ex: éclaircissage manuel) peuvent propager le feu. Soyez vigilants.
  2. Toute forme d’irrigation (incluant le goutte à goutte) doit être limitée au strict minimum pour ralentir la propagation. Il faut également cesser tout apport d’azote.
  3. Des traitements réguliers de cuivre (ex: Cueva, 5L/ha) peuvent atténuer la propagation en été sur les cultivars tolérants à la phytotoxicité liée au cuivre (ex: Gala). Sur les autres cultivars, une rugosité des fruits souvent inacceptable selon le marché visé peut apparaitre. Un séchage rapide diminue les risques (ex: volume réduit de bouillie et éviter les traitements sur des arbres mouillés).
  4. Des applications du régulateur de croissance APOGEE/KUDOS (ex:  500-1000g/ha) pourraient aussi atténuer la propagation des symptômes, mais cette pratique n’est pas validée.

La fiche 106 du guide PFI passe en revue les méthodes de lutte. Les doses mentionnées dans ce texte proviennent de résultats d’essais et sont plus faibles que celles indiquées sur les étiquettes.

Le début et la fin

Dans les régions pomicoles du sud du Québec, le début de la sortie des symptômes de la tavelure du pommier et du feu bactérien aura lieu d’ici la prochaine semaine. La fin de la saison des infections primaires de la tavelure aura lieu dans 7 à 10 jours selon les localités.

Tavelure : Si des symptômes apparaissent dans votre verger, vous devez adopter une stratégie de traitements en fonction des infections dites « secondaires ». La dernière infection primaire à risque élevé aura lieu vendredi selon les prévisions actuelles.

Feu: Dépistez régulièrement vos vergers. Apprenez à identifier les symptômes dès qu’ils apparaissent. Voir la fiche 105 sur ce sujet. Une intervention rapide pour couper les branches atteintes dès leur apparition est la meilleure stratégie dans la plupart des cas. Voir la fiche 106 pour plus de détails

Nouveauté dans le modèle feu bactérien de RIMpro

Le modèle RIMpro est en constante évolution. Pour faciliter l’interprétation du graphique du modèle feu bactérien, les jours d’infection sont maintenant visuellement liés au sorties de fleurs. Dans l’exemple joint, on peut voir que l’infection prédite le 25 mai est en lien avec les fleurs écloses le 22 mai. Les fleurs écloses le 23 mai n’atteignent pas tout à fait le seuil d’infection et sont trop vieilles pour une infection le 27 mai. Finalement, les fleurs en éclosion le 24 mai seraient à risque d’infection le 28 mai.

La lutte contre le feu bactérien dans un contexte de production biologique

Ce calendrier général a pour but de regrouper les options de traitement dans un contexte de production biologique. Pour comprendre l’épidémiologie du feu bactérien et les méthodes de lutte générales, consultez les fiches du guide PFI. Deux fiches (49 et 50) décrivent également en détail les produits suggérés. Le modèle RIMpro peut vous aider à cibler les fleurs à risque.

Comme les traitements en production biologique sont en général moins efficace ou plus difficiles à bien positionner, plusieurs approches doivent être combinées. Aucune des interventions suggérée ne devrait être utilisée seule.

  1. Débourrement: Cuivre en mélange ou non avec l’huile de dormance. Permet d’atténuer les populations bactériennes présentes sur les chancres.
  2. Début de floraison: Brulage des fleurs selon les besoins d’éclaircissage (ex: bouillie soufrée, bicarbonate de potassium)
  3. Milieu de floraison: Dès que les fleurs sont brûlées, un premier traitement de Blossom Protect est possible.
  4. 24h avant une infection prédite: Dernière possibilité d’appliquer Blossom Protect. C’est le traitement le plus efficace disponible. N’appliquez pas de bouillie soufrée après un traitement de Blossom Protect pendant la fleur.
  5. Moins de 24h avant l’infection ou le jour de l’infection:
    1. Les bactéries antagonistes (ex: Serenade ou Double Nickel) peuvent atténuer l’infection des fleurs mais leur efficacité est variable.
    2. Cuivre: Les traitements de cuivre sont relativement efficaces durant la floraison  mais à dose élevée ils provoquent souvent une rugosité commercialement inacceptable sur les cultivars sensibles au cuivre. Cette phytotoxicité est atténuée selon la formulation et en abaissant la dose (ex: Cueva 5L/ha), en réduisant le volume de bouillie (ex: <300 L/ha) et lorsque le séchage est rapide. Le mélange du cuivre avec Double Nickel atténue aussi la phytotoxicité mais l’efficacité n’est pas toujours augmentée par le mélange. Il n’est pas possible d’abaisser la dose davantage sans nuire à l’efficacité.
  6. À partir du stade calice et jusqu’à la fin de la croissance annuelle: Un programme régulier de Cueva  (5 L/ha) aux 10 jours atténue la propagation du feu en été. Sur les cultivars sujets à la rugosité, Cueva en mélange avec Double Nickel est moins phytotoxique que le cuivre utilisé seul. Le mélange peut aussi augmenter l’efficacité selon 2 rapports de recherche, mais cet effet n’est pas confirmé par d’autres tests. (K. Peter, comm. pers.)