Fiche 103

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La tavelure : traitements d’été

Vincent Philion

 

Cet ennemi du pommier est réglementé en vertu de la Loi sur la protection sanitaire des cultures (Fiche 15) et les mesures nécessaires doivent être prises pour éviter la propagation aux cultures avoisinantes.

Tel que couvert dans la section biologie, le climat estival a une influence majeure sur la propagation de la tavelure en été. Lors d’étés secs, on observe très peu de progression de la tavelure, alors que les étés légèrement plus frais et pluvieux ont des répercussions immenses sur la progression de la tavelure et l’infection des fruits. La marche à suivre pour maintenir la qualité de la récolte est toujours en fonction d’un équilibre très délicat entre les risques et les coûts. Les choix de traitement réalisés entre juin et septembre doivent être juste assez conservateurs pour éviter des pertes potentielles, sans pour autant engendrer des coûts de traitements trop importants. Selon la clientèle visée, la tolérance vis à vis des taches sur fruits ou des traitements répétés de fongicide sera variable.

 

Dépistage

Pour gérer la tavelure, le dépistage des symptômes aide à classer les parcelles selon des catégories de risque. Il existe différentes approches, mais celle proposée ici (voir le tableau à la fin de cette fiche) a l’avantage d’être simple et rapide : elle prend fin dès que vous avez trouvé une première tache. Le dépistage ne peut en aucun cas être jumelé à une autre activité culturale parce que l’observation de la tavelure requiert beaucoup d’attention. En outre, l’éclaircissage manuel, l’application d’herbicides, la taille d’été et le dépistage des insectes ne devraient pas être réalisés en même temps que le dépistage de la tavelure. Par ailleurs, le dépistage doit toujours être réalisé lorsque le feuillage est sec, parce que le feuillage humide masque les taches. L’échantillonnage doit être représentatif de tout le feuillage et de tout le verger. Autrement dit, ne négligez pas les têtes d’arbres et considérez le bloc dans son ensemble. La tavelure présente dans le haut des arbres reste souvent inaperçue si aucune feuille n’est prélevée à cet endroit lors des échantillonnages. Or, les branches plus élevées sont souvent la source des conidies qui sont éclaboussées par la suite sur les branches les plus basses. Lorsque le bloc de verger est très fructifère, la proportion de bouquets dans votre échantillonnage devrait être plus élevée que dans les blocs plus végétatifs.

Le nombre de pousses à observer par pommier et le nombre total de pommiers observés devraient dépendre de la dimension des arbres. Pour les pommiers nains, observez moins de pousses par arbre mais sur plus d’arbres et réciproquement. Choisissez des arbres au hasard dans le centre des parcelles et observez des pousses représentatives jusqu’à ce que vous trouviez une première tache.

Le nombre de pousses qu’il vous a fallu observer avant de trouver cette tache est la seule information nécessaire pour classer la parcelle en fonction des traitements qui sont nécessaires. Si par « malchance » vous avez trouvé une tache avant d’atteindre 20 pousses, continuer l’échantillonnage et rapporter le nombre de pousses observées pour obtenir 2 pousses tavelées. Un petit compteur manuel comme celui illustré facilite grandement cette tâche et peut être trouvé à peu de frais.

Le temps maximum à consacrer par parcelle est de 30 min à la mi-juin (max. 80 pousses) et de 15 min en août (max. 40 pousses). Si vous n’avez pas trouvé de tache pendant ce laps de temps, vous pouvez arrêter : le tableau vous donnera la marche à suivre pour le prochain mois. À défaut d’un compteur, il est possible de considérer seulement le temps requis pour trouver une tache. La méthode proposée ne requiert que trois observations pendant l’été : une première à la mi-juin, la deuxième à la mi-juillet et la troisième à la mi-août.

compteur

 

Facteurs à considérer dans la prise de décision pour les interventions estivales
Marché visé

Selon que les fruits sont destinés à la transformation, l’autocueillette, le marché frais ou à l’entreposage plus prolongé, la gestion de la tavelure et des autres taches sur fruits sera plus ou moins critique. Par exemple, les traitements d’été sont rarement nécessaires pour des parcelles destinées à l’autocueillette, parce que la clientèle est souvent sensible à l’utilisation des fongicides, potentiellement plus tolérante à la présence de taches et comme les fruits sont consommés rapidement, la tavelure qui apparaît en entrepôt n’est pas un facteur. À l’inverse, les parcelles destinées à l’entreposage prolongé doivent être maintenues plus propres pour éviter tout risque de tavelure sur fruits jusqu’au moment de la récolte.

Cultivars

Selon l’agencement de vos parcelles, il est possible d’ajuster votre stratégie de traitements selon la sensibilité du cultivar. La fréquence, la dose et la date d’arrêt des traitements peuvent être ajustées à la baisse pour des cultivars tolérants comme Paulared ou Spartan, alors que des choix plus conservateurs sont requis pour des cultivars plus à risque comme McIntosh ou Cortland.

Autres facteurs agronomiques

Le potentiel de propagation de la tavelure et des autres maladies peut être influencé par la proximité des boisés, la fertilité de la parcelle, la densité des arbres, la taille et la charge de la récolte. Ces éléments peuvent faire la différence entre une parcelle qui reste toujours sous les seuils acceptables et une autre où les taches sur fruits sont plus fréquentes.

 

Fréquence des traitements d’été

Malgré la pluie, certains producteurs réussissent assez régulièrement à passer toute la saison estivale sans le moindre traitement fongicide après le 15 juin. Ces producteurs minoritaires ont une excellente gestion des infections primaires, peuvent facilement tolérer 1 % de fruits tavelés à la récolte ou alors ont des cultivars moins sensibles que McIntosh (ex. : Spartan). Ces producteurs ne prennent pas non plus le risque d’entreposer des fruits après un été trop pluvieux. À l’inverse, il y a un nombre plus important de producteurs qui ajoutent systématiquement des fongicides lors des traitements d’été, en mélange avec les insecticides et les engrais. Ces traitements ne sont pas toujours nécessaires. Quand le niveau de tavelure est très faible après les infections primaires, la marge de manœuvre en été est évidemment plus grande qu’en présence de taches et plusieurs options peuvent être imaginées : éliminer tous les traitements d’été, traiter en fonction d’un seuil mesuré en juin, démarrer les traitements quand la tavelure se met à augmenter, traiter en fonction de protéger les fruits, selon la pluie, etc. Chacune de ces approches a ses adeptes et ses détracteurs.

 

Stratégies à considérer pour les interventions estivales
Utilisation d’un seuil classique d’intervention

Pendant longtemps, le RAP a publié une stratégie basée sur un seuil d’intervention unique, suite à un échantillonnage après les infections primaires. Avec les années, les limites de cette approche sont devenues plus évidentes. D’une part, des études ont démontré qu’il n’est pas possible de certifier en juin que les fruits d’un cultivar sensible resteront exempts de tavelure jusqu’après conservation, même si le verger apparaît très propre au départ. Il n’est tout simplement pas possible de prédire à la mi-juin que les conditions estivales maintiendront les niveaux de tavelure sur fruits inférieurs à 1 % sur McIntosh après entreposage. L’alternative au seuil unique mesuré en juin est d’échantillonner à répétition en cours d’été et de commencer les traitements seulement lorsqu’un seuil est dépassé. Malheureusement, cette approche ne s’est pas avérée suffisamment sécuritaire. Même sans entreposage, l’attente d’un seuil en milieu d’été mène souvent à des traitements jusqu’à la récolte, avec les risques de résidus sur fruits que cela implique.

Résistance croissante des fruits aux infections

Les fruits comme les feuilles deviennent plus résistants avec l’âge (voir la résistance ontogénique dans la fiche 100). Il est donc possible d’imaginer une stratégie de traitements basée sur la résistance croissante des fruits. Or, les études disponibles à ce jour pour nos cultivars ne confirment pas la validité de cette approche. De plus, comme les traitements doivent être effectués avant l’infection, il est difficile de prédire si les critères d’infection seront rencontrés avant que la pluie n’ait lieu. Finalement, la résistance ontogénique n’est plus opérationnelle en fin d’été et les fruits redeviennent sensibles à l’infection, les stratégies basées sur la résistance ontogénique seraient donc de portée limitée.

Renouveler les traitements selon le lessivage

La quantité de pluie tombée est un bon indicateur du lessivage des traitements fongicides, mais n’est pas nécessairement une bonne approche pour planifier les traitements. En moyenne sur la période estivale, on enregistre 23,3 mm de pluie par semaine dans le sud du Québec, soit un pouce de pluie par semaine environ. Les données d’efficacité du CAPTAN (2 kg/ha) tendent vers une perte de 50 % d’efficacité sur fruits après 35 mm de pluie. Donc, les traitements sont lessivés en moyenne à tous les 10,5 jours (8 à 18 jours selon l’année et le site), ce qui représente de 5 à 12 traitements entre le 15 juin et le 15 septembre. Conséquemment, établir les traitements sur la base d’un simple critère de lessivage du traitement (perte d’efficacité du produit) entraîne trop de traitements et n’est pas recommandée quand les niveaux de tavelure sont faibles, mais s’avère la meilleure approche quand les niveaux de tavelure sont plus élevés.

Arrêt progressif des traitements

La stratégie de l’arrêt progressif vise à diminuer graduellement la fréquence des traitements après les infections primaires en tenant compte d’un dépistage allégé et de la météo. L’objectif de ce plan de traitement n’est pas de bloquer toutes les infections, mais de relaxer la fréquence, à mesure que le temps qui reste jusqu’à la récolte ne permet pas à la tavelure d’atteindre des seuils dommageables. La fréquence des traitements est établie en fonction du dépistage, du nombre de jours de pluie depuis le dernier traitement et du temps qui reste avant la récolte (voir le tableau ci-après). Le seuil du nombre de jours de pluie doit être ajusté selon votre choix de gestion.

Seuils d’interventions pour la tavelure du pommier en été
Pousses consécutives observées avant de trouver une première feuille tavelée Attente entre les traitements du 16 juin au 15 juillet Attente entre les traitements du 16 juillet au 15 août Attente entre les traitements à partir du 16 août Nombre total de traitements anticipés selon le climat
80 ou plus 2 kg de captane aux 10 jours de pluie 2 kg de captane aux 15 jours de pluie Aucun traitement 1 à 3
Plus de 40 (ou plus de 75 pour 2 pousses tavelées) 2 kg de captane aux 35 mm (ou 3,75 kg aux 50 mm 2 kg de captane aux 10 jours de pluie Aucun traitement 3 à 6
Plus de 20 (ou plus de 48 pour 2 pousses tavelées) 2 kg de captane aux 25 mm de pluie (ou 3,75 kg aux 35 mm) 2 kg de captane aux 35 mm de pluie 2 kg de captane aux 50 mm de pluie 6 à 12
Tavelure plus élevée (moins de 48 pousses pour 2 pousses tavelées) 3,75 kg de captane aux 25 mm 2 kg de captane aux 25 mm de pluie (ou 3,75 kg aux 35 mm) 2 kg de captane aux 35 mm de pluie 8 à 15

 

Cette fiche est tirée du Guide de référence en production fruitière intégrée à l’intention des producteurs de pommes du Québec 2015. © Institut de recherche et de développement en agroenvironnement. Reproduction interdite sans autorisation écrite.

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