L’éclaircissage des pommiers est une étape importante de la production qui consiste à retirer une certaine quantité de pommes dans le but de maximiser la qualité des fruits et de stabiliser la production année après année. Les pommiers mal éclaircis produisent des pommes de petit calibre, moins colorées et moins goûteuses. Ils ont aussi tendance à produire une année sur deux, ce qui évidement n’est pas souhaitable en production commerciale.

L’éclaircissage chimique des fruits est la méthode la plus utilisée au Québec et dans la majorité des pays producteurs de pommes. Plusieurs produits à base d’hormones végétales sont utilisés à cet effet. Le carbaryl, un insecticide à large spectre, est également couramment utilisé en combinaison avec les produits à base d’hormone. Bien qu’il ait un effet éclaircissant, c’est surtout pour sa propriété d’améliorer l’efficacité des produits à base d’hormones que le carbaryl est utilisé.

Depuis la saison 2017, l’homologation du SEVIN, produit à base de carbaryl a été modifiée et son utilisation est plus contraignante. La dose de produit ne doit pas dépasser 3,22L dans les vergers en haute densité et 2,15L dans les autres types de vergers (soit respectivement, 1,5 kg et 1 kg de matière active par hectare par année) et au maximum 2 applications par année sont permises.  Les délais de réentrée ont également été augmentés selon la tâche qui est effectuée et le délai avant récolte est passé à 75 jours. Face à ces modifications, les pomiculteurs doivent s’adapter et trouver de nouvelles stratégies. L’éclaircissage sans carbaryl gagne également de l’intérêt chez les pomiculteurs qui travaillent en production fruitière intégrée à cause de ses effets négatifs sur les insectes bénéfiques et de ses risques pour la santé. Or le succès des traitements d’éclaircissage sans carbaryl est souvent décevant. Un article publié dans la revue Quarterly [1] proposait différentes stratégies. En voici un résumé.

Commencer tôt et utiliser plusieurs méthodes

Une bonne stratégie pour les variétés difficiles à éclaircir est d’utiliser toutes les fenêtres possibles d’éclaircissage.

  • On peut commencer dès la taille, en réduisant le nombre de bourgeons à fruit : en sélectionnant les branches fruitières et en frottant son bras sous les branches on peut éliminer des bourgeons qui se trouvent dans cette position.
  • On peut ensuite poursuivre durant la floraison avec des traitements d’éclaircissage mécanique (voir la fiche 43 du Guide de PFI)  dans les pommiers nains conduits en mur fruitier.
  • Certaines substances chimiques ont également pour effet de faire sécher les fleurs et de réduire la nouaison. C’est le cas de la bouillie sulfocalcique, utilisée en pomiculture biologique et de l’ammonium thiosulfate (ATS), un fertilisant foliaire composé d’azote et de soufre. Ces produits ont toutefois un effet limité et plusieurs précautions d’usage.
  • Des essais sont également en cours au Québec afin de d’homologuer l’usage du bicarbonate de potassium pour l’éclaircissage floral des pommiers.
  • L’Acide Naphtalène Acétique (FRUITONE) peut également être utilisé durant la floraison. Dans un article publié en 2016 dans la revue Quaterly, les spécialistes de Cornell recommandent jusqu’à trois traitements d’ANA pour les variétés difficiles à éclaircir en commençant par un traitement à 10ppm durant la floraison suivi d’un traitement d’ANA et de MAXCEL (benzyladenine) à la chute des pétales et d’un troisième traitement au stade 10-12 mm. Les variétés plus faciles à éclaircir pourraient quant à elle recevoir deux traitements: un premier à la chute de pétales et un second au stade 10-12 mm.

Faire plusieurs traitements répétés plutôt qu’un seul:

Les stratégies qui utilisent plusieurs méthodes dont de petites doses d’éclaircissant chimique sont recommandées car elles permettent d’obtenir de meilleurs calibres de fruits et réduisent les risques de sur éclaircissage. Une bonne stratégie pour les variétés difficiles à éclaircir est d’utiliser toutes les fenêtres possibles d’éclaircissage: à la pleine floraison pour réduire le nombre de fruits noués, à la chute des pétales et ensuite entre le stade 8 et 12mm des pommes selon les conditions météo.

Augmenter la dose : oui mais pas trop!

Lorsqu’ils sont utilisés sans carbaryl, les doses des produits à base d’hormone (FRUITONE et MAXCEL) doivent être augmentées d’environ 50% pour obtenir des résultats semblables. Attention! Des doses trop élevées d’ANA (FRUITONE) peuvent causer un arrêt de croissance et avoir un impact négatif sur la taille finale des fruits. Il est préférable de ne pas dépasser 10ppm (bien que des doses allant jusqu’à 20ppm puissent produire plus d’effet). Il est ainsi préférable d’appliquer 2 traitements à 10ppm plutôt qu’un seul traitement à 20ppm.

Combiner les hormones…

Les produits à base de cytokinine tel que MAXCEL(benzyladenine) et CILIS (benzylaminopurine) sont moins utilisés puisqu’ils sont plus couteux et que leur effet éclaircissant est moins puissant. De plus ils ne conviennent pas à toutes les variétés. Dans une étude réalisée sur l’éclaircissage sans carbaryl par l’équipe de Terence Robinson à l’université Cornell, la combinaison de FRUITONE (7,5ppm) et MAXCEL (75ppm) a donné d’excellents résultats sur 10 des 12 variétés testées. En effet, les variétés Braeburn, Cortland, Empire, Gala Gingergold, Jonagold, Jonamac, Liberty, McIntosh et Sansa ont bien réagi. Par contre ce mélange a stoppé la croissance des fruits des variétés Délicieuse et Fuji. En plus de leur effet écaircissant, les produits à base de cytokinine ont aussi la faculté de stimuler la division cellulaire, particulièrement lorsqu’ils sont utilisés tôt, c’est-à-dire après la chute des pétales – dans les premiers stades de développement des fruits.    Cette combinaison est particulièrement recommandée pour les variétés qui ont tendance à faire de petits fruits tel que Gala et Empire.

Utiliser des modèles

Un modèle bioclimatique qui prédit la réponse des pommiers aux traitements d’éclaircissage en fonction du bilan glucidique des arbres a été développé à l’Université Cornell (NY) par Alan Lakso et Terence Robinson. Ce modèle a fait l’objet de plus de 20 ans d’analyse et de suivi. Il tient compte de la météo des 2 jours précédents et des 4 jours qui suivent le traitement et de la possibilité pour les arbres d’accumuler des glucides par la photosynthèse. Depuis 2012, l’agronome Paul-Émile Yelle préparait les bilans glucidiques pour les principales régions pomicoles du Québec. Après un an d’absence, les bilans glucides sont de retour en 2019. Ces derniers vous permettent d’estimer la sensibilité des arbres aux traitements d’éclaircissage après fleur et d’ajuster la dose des produits à base d’hormone en conséquence. Ces bilans seront mis à jours plusieurs fois par semaine et publiés sur agri-réseau ICI. Les développeurs du modèle RIMpro ont également adapté une version qui est disponible en ligne ICI

Faire le suivi de vos traitements

En terminant, il est important de faire le suivi de vos traitements d’éclaircissage et de réagir rapidement si des traitements supplémentaires sont nécessaires. Philipp Schwalier de l’université du Michigan a développé un modèle de prédiction de la nouaison. Les outils sont disponibles en ligne ICI.   

  1. Sazo, M.M., Francescatto, P., Sanahuja,J.L., Robinson, T. L. , <Mechanical Blossom Thinning followed by 6-BA Shows promise as an alternative to thinning without carbaryl.pdf>.New York Fruit Quaterly, 2016. 24(4): p. 6.

 

  1. Dennis, F.G.J., The history of fruit thinning.Plant Growth Regulation, 2000. 31(1): p. 1-16.
  2. Costa, G., M.M. Blanke, and A. Widmer, Principles of thinning in fruit tree crops – needs and novelties.Acta Horticulturae, 2013. 998: p. 17-26.
  3. Wildmer, A.M., Gölles, R. Leumann, Éclaircissage mécanique en arboriculture.Station de recherche Agrosope Changins-Wädenswil ACW. Fiche technique 1-02-001, 2012: p. 4p.
  4. Schupp, J.R. and T.M. Kon, Mechanical Blossom Thinning of ‘GoldRush’/M.9 Apple Trees with Two String Types and Two Timings.Journal of the American Pomological Society, 2014. 68(1): p. 24-31.
  5. Veal, D., L. Damerow, and M.M. Blanke, Selective Mechanical Thinning to Regulate Fruit Set, Improve Quality and Overcome Alternate Bearing in Fruit Crops, in Ix International Symposium on Integrating Canopy, Rootstock and Environmental Physiology in Orchard Systems, T.L. Robinson, Editor. 2011, Int Soc Horticultural Science: Leuven 1. p. 775-781.
  6. Solomakhin, A.A. and M.M. Blanke, Mechanical flower thinning improves the fruit quality of apples.Journal of the Science of Food and Agriculture, 2010. 90(5): p. 735-741.
  7. Schupp, J.R., et al., Mechanical thinning of peach and apple trees reduces labor input and increases fruit size.HortTechnology, 2008. 18(4): p. 660-670.
  8. Lakso, A.N., Early Fruit Growth and Drop – the Role of Carbon Balance in the Apple Tree, in Ix International Symposium on Integrating Canopy, Rootstock and Environmental Physiology in Orchard Systems, T.L. Robinson, Editor. 2011, Int Soc Horticultural Science: Leuven 1. p. 733-742.
  9. Barriault, E., Yelle, P E., Stratégie d’éclaircissage sans carbaryl-volet éclaircissage mécanique.2014-2017.
  10. Roche, L., S. Codarin et V. Mathieu, Le point sur l’éclaircissage mécanique préfloral du pommier.CTIFL, 2016. Feuillet technique(38): p. 11.
  11. Bodiou, D., L. Roche, and S. Cadarin, Prebloom mechanical thinning of apple tree: the effectiveness depends on the leaf area removed.Arboriculture Fruitiere, 2015. 694: p. 22-24.
  12. Ferree, D.C. and I.J. Warrington, Apples botany, production and uses. 2003, CABI Pub: Wallingford, Oxon, UK.
  13. Roche, L.S.C., V. Mathieu, C. Saffray L’écalircissage mécanique pour réduire l’utilisation de substances chimiques.Infos CTIFL, 2010. 261: p. 45-49.
  14. FruitTec, Manuel d’utilisation, Darwin 150 à 300.2018.
  15. Ngugi, H.K. and J.R. Schupp, Evaluation of the Risk of Spreading Fire Blight in Apple Orchards with a Mechanical String Blossom Thinner.Hortscience, 2009. 44(3): p. 862-865.
  16. Sazo, M.M., Francescatto, P., Sanahuja,J.L., Robinson, T. L. , <Mechanical Blossom Thinning followed by 6-BA Shows promise as an alternative to thinning without carbaryl.pdf>.New York Fruit Quaterly, 2016. 24(4): p. 6.
  17. Damerow, L., A. Kunz, and M. Blanke, Regulation of fruit set by mechanical flower thinning.Erwerbs-Obstbau, 2007. 49(1): p. 1-9.
  18. Bertschinger, L., et al., New methods of environmentally safe regulation of flower and fruit set and of alternate rearing of the apple crop, in Proceedings of the Second Workshop on Pome Fruit Quality, M. Blanke, Editor. 1998, International Society Horticultural Science: Leuven 1. p. 65-70.

L’éclaircissage est une étape importante de la production de pommes qui consiste à éliminer une partie de la charge potentielle en fruit afin de garantir la qualité (calibre et couleur de fruits, etc.) et la stabilité de la production année après année. Pour plusieurs pomiculteurs, cette tâche  est un véritable casse-tête. Ceci n’est pas étonnant quand on sait que plus de 15 facteurs influencent l’efficacité d’un traitement d’éclaircissage dont les principaux sont : le cultivar, les conditions météo (température et luminosité) avant et au moment du traitement, le produit utilisé et la période d’intervention. La plateforme RIMpro utilisée depuis plusieurs années au Québec pour la gestion de la tavelure et plus récemment pour le feu bactérien, propose maintenant un nouveau modèle pour l’éclaircissage des fleurs et des fruits qui intègre certains de ces facteurs.

Comme pour les ravageurs et les maladies, le modèle d’éclaircissage RIMpro ne peut prévoir l’intensité de l’éclaircissage qui doit être appliquée à une parcelle en particulier. Il permet toutefois d’illustrer à quel moment les pommiers seront plus sensibles à l’éclaircissage chimique.

Comment fonctionne le modèle RIMpro pour l’éclaircissage floral

Le modèle d’éclaircissage floral de RIMpro s’appuie sur le concept de période de pollinisation efficace (Sanzol, J. et M. Herrero, 2000) et d’un modèle de sur la croissance des tubes polliniques développé aux États-Unis (Yoder et al. 2012).

À partir de la date de début de floraison, le modèle simule l’ouverture de nouvelles fleurs tous les jours. Dès que la température du jour atteint 10 ° C, ces fleurs sont considérées comme pollinisées. C’est-à-dire qu’on suppose que les insectes polinisateurs sont présents dans le verger et qu’ils vont transporter le pollen de l’organe mâle d’une fleur (anthère au sommet des étamines) vers l’organe femelle d’une autre fleur (le style au sommet du pistil). Il faut ensuite une période plus ou moins longue, selon la température et les variétés, pour la formation et la croissance d’un tube pollinique qui déposera le grain de pollen dans l’ovaire pour qu’il y ait fécondation (figure 1).

Figure 1. La croissance du tube pollinique permet le transport du grain de pollen jusqu’à l’ovule. Cliquez pour grossir

La figure 2 montre un exemple du graphique de RIMpro éclaircissage avec la croissance des tubes polliniques représentée par des lignes descendantes bleues.  Le modèle indique quand 10, 50 et 90% du pollen a atteint et fécondé les graines dans l’ovaire. Si la température est trop froide, la croissance des tubes polliniques sera trop lente et toutes les graines ne pourront pas être atteintes à temps. Ces fruits ne seront donc pas fécondés ou de façon incomplète et auront plus de chance de tomber, comme dans l’exemple de la figure entre le début et la pleine floraison.

Figure 2. Exemple du graphique Rimpro éclaircissage traduit en français. Cliquez pour grossir

Comment utiliser le modèle pour l’éclaircissage des fleurs

Pour planifier un éclaircissage floral, il faut avant tout évaluer la charge optimale en fruits des arbres d’une parcelle. La méthode TCA (Trunck Cross-sectional Area) ou le gabarit Équili-fruit expliqués en détail dans la fiche 43 du guide PFI peuvent être utilisés pour déterminer le nombre de fruits visé par arbre. À titre indicatif, dans les vergers de pommier nains en haute densité elle devrait se situer autour de 150 fruits par arbre(un peu plus ou moins selon les variétés et le gabarit des arbres).

Un suivi méticuleux de la floraison est ensuite important. Il faut tout d’abord indiquer au modèle la date d’ouverture de la première fleur. Ensuite, on fera une estimation de la date à laquelle le nombre de fleurs souhaitées par arbre sont ouvertes (exemple environ 150 fleurs ouvertes ou toutes les fleurs reines).  À partir du moment où le nombre de fleurs visées sont ouvertes, on peut suivre la ligne bleue qui indique la croissance des tubes polliniques des fleurs qui sont ouvertes ce jour-là. Lorsque celle-ci atteint la ligne de 50%, vous devriez avoir assez de fruits pour une récolte optimale. À cette date, vous pouvez commencer à appliquer des produits pour l’éclaircissage des fleurs, tels que le thiosulfate d’ammonium (ATS) ou la bouillie soufrée, afin d’éliminer toutes les fleurs excédentaires.

Dans l’exemple de la Figure 3, la floraison a débuté le 29 mars. Le 1eravril, plus de 150 fleurs étaient ouvertes. Le 4 avril les tubes polliniques de ces fleurs ont atteint la ligne de 50% floraison (flèche jaune). La fécondation est considérée comme complétée et le traitement d’éclaircissage chimique sur les fleurs peut être appliqué dès le 4.

Figure 3. Exemple du modèle RIMpro éclaircissage pour la station de Pradacci-Trentino en Italie en 2017. Cliquez pour grossir

La figure 4 montre un exemple différent où la floraison a commencé le 13 avril. Le développement des tubes polliniques a été retardé par les basses températures et des gelées nocturnes. Plusieurs jours ne convenaient pas à la pollinisation par les insectes et la croissance des tubes polliniques était au ralenti. Dans cette situation, l’éclaircissage des fleurs n’est pas conseillé.

Figure 4. Exemple du modèle RIMpro éclaircissage pour la station de Randwijk aux Pays-Bas. Cliquez pour grossir.

Comment fonctionne le modèle RIMpro pour l’éclaircissage des fruits
La partie du modèle RIMpro sur l’éclaircissage des fruits s’inspire du modèle de prédiction de la réponse aux éclaircissants chimiques en fonction du bilan glucidique MaluSim, développé par Alan Lakso aux États-Unis (Lakso, N.A, 2011 et  Robinson et Lakso 2011). Le modèle RIMpro intègre également la sensibilité des fruits selon leur calibre.

  • Sensibilité aux agents éclaircissants en fonction du calibre des fruits :

Les fruits sont sensibles aux produits éclaircissants environ 6 à 35 jours après la pleine floraison. Les étiquettes des produits d’éclaircissage des fruits indiquent le moment optimal en fonction du nombre de jours après la pleine floraison ou en mm de la taille du fruit. RIMpro considère que les fruits entre 8 et 14 mm sont les plus sensibles aux agents éclaircissants avec un maximum entre 10 et 12mm, après quoi elle diminue (Trapman, M. 2018). Il est donc important de tenir compte de la taille des fruits pour effectuer son traitement d’éclaircissage. Toutefois, si on se fie seulement au calibre des fruits, la réponse au traitement d’éclaircissage est imprévisible et peut être plus ou moins importante en raison du bilan des glucides.

  • Sensibilité selon le bilan des glucides :

Depuis quelques années nous savons également que la sensibilité des fruits aux traitements d’éclaircissage chimique est influencée par le bilan des glucides. Durant le jour, les feuilles utilisent l’énergie lumineuse pour produire des sucres (glucides) via la photosynthèse. Les arbres utilisent ces sucres pour la respiration cellulaire (particulièrement la nuit) et leur croissance. La température et la lumière influencent la quantité de sucres produits (via la photosynthèse) tandis que la consommation en sucredépend de la température et de la charge en fruits. Ainsi, des températures élevées durant la nuit (respiration élevée des bouquets) une faible luminosité le jour et une nouaison élevée provoqueront une demande élevée en glucides, qui rend les pommes plus sensibles à l’éclaircissage (elles tomberont plus facilement). À l’inverse, des températures fraîches durant la nuit (faible respiration), des journées ensoleillées et une faible nouaison sont des conditions qui favorisent la production de glucides (faible demande) et rendent les arbres plus difficiles à éclaircir (les pommes seront plus fortement accrochées). Étant données que les conditions météo (température, luminosité) varie tous les jours, le bilan de glucide peut être positif (surplus de glucide) ou négatif (déficit de glucide) et c’est ce bilan qui influencera la sensibilité des fruits aux éclaircissants chimiques.

RIMpro considère le calibre des fruits et le bilan des glucides

RIMpro calcule et prévoit la croissance des fruits en fonction de la température de l’air. Celle-ci est représentée par une ligne noire fine et une zone rose dans la partie supérieure du graphique (figure 4). La sensibilité des fruits en fonction de leur calibre est représentée par une ligne noire plus large dans cette même partie du graphique avec un maximum lorsque les fruits ont un diamètre de 10 à 12 mm.

La partie inférieure du graphique illustre la production nette de glucides durant le jour en vert et la consommation nette de glucides durant la nuit en rouge. Une ligne noire indique le bilan net de glucides pour les prochaines 96 heures.

RIMpro illustre l’effet combiné de la sensibilité en fonction du calibre et du bilan de glucides par la zone en rouge sous la courbe dans la partie supérieure du graphique.

Comment utiliser le modèle pour l’éclaircissage des fruits

Lors de journées indiqués par le modèle comme étant très sensibles à l’éclaircissage des fruits, on peut s’attendre à ce que l’effet des agents éclaircissants soit important. À l’opposé, dans les parcelles qui nécessitent peu d’éclaircissage, il faudrait éviter d’intervenir lors de ces journées à moins de réduire la dose de produit.

Les agents traditionnels d’éclaircissage des fruits augmentent la compétition entre les fruits et les pousses pour les glucides et favorisent ainsi la chute des fruits. Lorsqu’ils sont appliqués les jours où la sensibilité à l’éclaircissage est très élevée et que les conditions météorologiques sont favorables à l’absorption des produits (conditions de séchage lentes: température supérieures à 15C, humidité relative élevée, vent faible ou absence de vent, soirée ou faible luminosité), l’éclaircissage est très efficace. Lorsque les applications doivent être effectuées les jours où la sensibilité à l’éclaircissage est plus faible et / ou les conditions météorologiques moins favorables, la dose de produit doit être augmentée afin d’assurer l’efficacité du traitement.

Exemple de Pradacci, Italie (figure 3): 
La courbe de sensibilité à l’éclaircissage en fonction du calibre montre une sensibilité élevée à l’éclaircissage entre le 14 et le 25 avril. Durant cette période, la sensibilité la plus élevée en fonction du bilan de glucides se produit le 16 avril et le 25 avril.

Exemple de Randwijk, Pays-Bas (figure 4):
La période de sensibilité la plus élevée en raison du calibre et du bilan de glucides est le 16 mai. Si le traitement est effectué entre le 12 et le 18 mai il faudrait réduire la dose.

Saison d’éclaircissage 2018 :

Les habitués du bilan glucides qui était publié suite au travail acharné de l’agronome Paul Émile Yelle pourront le consulter en continu sur le  modèle RIMpro éclaircissage sur le site internet du réseau pommier (reseaupommier.irda.qc.ca). Nous en profitons pour le remercier pour ce travail. Étant donné que les stations météorologiques ne sont pas toutes munies de capteurs de rayonnement global, les données sur le rayonnement sont tirées des prévisions à court terme de MeteoBlue pour les stations de Franklin, Mont Saint-Grégoire, Frelighsburg, St-Paul d’Abbotsford, Compton, Ste-Famille et Saint-Antoine-de-Tilly.

Un suivi du modèle sera effectué à l’aide d’essais comparés qui vous seront  communiqués dans les prochaines années.

Si vous avez des questions ou des commentaires vous pouvez me contacter :

Evelyne Barriault, agr.
evelyne.barriault@mapaq.gouv.qc.ca
MAPAQ St-Jean sur Richelieu 450-347-8341 poste 4286

 

Références:

Lakso, A.N. 2011. Early fruit growthand drop. The role of carbon balance in the apple tree. Proc. IX th IS on Orchard Systems. Acta Hort. 903. ISHS 2011.

Robinson, T.L. et A. Lakso, 2011. Predicting Chemical thinner response with a carbohydrate model. Proc. IX th IS on Orchard Systems. Acta Hort. 903. ISHS 2011.

Sansol, J. M, Herrero. 2001. The effective pollination period in fruit trees. Scientia Horticulturae 90 (1-17)

Trapman, M. 2018. The RIMpro Fruit Thinner. A practical tool to optimize fruit and flower thinning. Bulletin aux abonnés.

Yoder, K.S., G.M. Peck, L.D. Combs et R.E. Byers. 2012.  Using a pollen tube growth model to improve apple bloom thinning for organic production . Acta Hort.1001.23.

Les apports d’engrais sont essentiels pour obtenir des rendements optimums de qualité. Une fertilisation déficiente diminue les rendements, mais des apports trop importants et mal ciblés peuvent aussi débalancer les arbres en faveur de la croissance au lieu de nourrir les fruits. L’atteinte d’un optimum entre les feuilles et les fruits pour l’interception de la lumière sans trop ombrager la culture est déterminant1. La fertilisation des arbres peut aussi compliquer la gestion des ravageurs et en particulier des maladies. Ce bulletin a pour but de présenter une approche de fertilisation qui répond à la fois aux impératifs physiologiques des arbres, sans pour autant augmenter les problèmes de maladies et des insectes. Ce bulletin centré sur l’azote, le calcium et le bore est complémentaire à la fiche 37 du guide PFI et ne traite pas d’aspects fondamentaux de la nutrition des arbres comme le pH des sols, le drainage et l’oxygène au niveau des racines, ou les besoins des autres éléments (ex. : phosphore, potassium, magnésium). Notez que les besoins en fertilisation varient selon le cultivar, la charge des arbres et d’autres facteurs2 qui débordent du cadre de cette fiche. En pomiculture, une analyse foliaire annuelle standardisée environ 60 jours après la chute des pétales3 est essentielle pour établir un diagnostic précis qui servira à assurer que les apports soient en équilibre et mieux cibler le moment de vos interventions. Dans les vergers en production, les analyses de sol sont complémentaires aux analyses foliaires4.

Présence de feu bactérien et pucerons, favorisée par une croissance excessive

La croissance excessive retarde la formation du bourgeon terminal, ce qui favorise les ravageurs comme les pucerons et le feu bactérien.

 

Azote (N)

Quand l’azote du sol est limitatif, les apports aident à maintenir la vigueur des arbres, le calibre des fruits, limitent la bisannualité2, etc. Cependant, quand les réserves de l’arbre excèdent les besoins, les apports additionnels peuvent être nuisibles. Puisque l’azote interfère avec l’absorption du calcium (Ca) et du potassium (K), les apports doivent en tenir compte pour éviter une perte de rendement par manque de potassium5 ou les conséquences du manque de calcium (voir la section sur le calcium) qui s’ajouteraient aux problèmes que peuvent engendrer l’azote directement.

L’azote doit être disponible à l’arbre très tôt pendant la période de croissance, à la floraison et pendant la multiplication cellulaire dans les fruits. En dehors de cette période les excès d’azote peuvent avoir des effets néfastes sur l’environnement (pollution), mais aussi sur l’arbre et les fruits.

Les excès d’azote ont des effets physiologiques néfastes connus depuis très longtemps6 sur la coloration, la fermeté5, la chute prématurée et plusieurs désordres de conservation des fruits (liège, point amer, scald, brunissement vasculaire, sénescence)7,8. Les arbres en excès sont aussi plus sensibles au gel hivernal9.

L’effet d’un excès d’azote sur l’augmentation du point amer n’est pas nécessairement corrigé par des traitements répétés de calcium10,11. L’excès d’azote peut aussi causer des effets dominos : le retard dans l’apparition de la couleur force une date de récolte plus tardive, mais comme la maturation est aussi accélérée par l’excès d’azote, il s’en suit davantage de désordres de conservation et de pourriture en entrepôt5.

Les effets négatifs d’un excès d’azote peuvent débuter tout de suite après la floraison. Par exemple, l’azote pendant le mois suivant la floraison peut contribuer à la roussissure sur fruits12. Pendant l’été, les effets négatifs de l’azote sont souvent plus importants que les effets positifs. Par exemple, l’azote disponible à l’arbre tardivement retarde la formation du bourgeon terminal, ce qui augmente les problèmes de tavelure13, de feu bactérien14–16 et de pucerons notamment. Les risques de pourriture amère augmentent aussi avec la concentration en azote des fruits17. Les arbres en excès produisent aussi moins de composés phénoliques et répondent donc moins bien aux traitements d’éliciteurs (ex. : Apogee) qui visent à augmenter leurs défenses contre les maladies18. Finalement, l’azote après la récolte peut aggraver les problèmes de chancre européen19.

Pour optimiser la disponibilité de l’azote au bon moment, il faut tenir compte des réserves de l’arbre et fertiliser en conséquence, au moment opportun20. L’objectif est d’assurer un maximum d’azote dans l’arbre en début de saison et laisser le niveau décliner naturellement2,3,21,22. À cause de notre climat, l’azote appliqué au sol au printemps est souvent disponible trop tard et n’est utile que pour l’année suivante quand il n’est pas simplement perdu. L’azote appliqué au sol tardivement entre juin et septembre est toujours une nuisance pendant la saison de croissance. Les applications foliaires après la récolte sont possibles, mais les applications tôt au printemps sont les plus efficaces et correspondent au moment où l’arbre en a besoin23. Les applications d’azote sous forme d’urée foliaire sont aussi efficaces que le même apport d’azote au sol24. En fait, l’urée foliaire est probablement plus efficace25.

Azote au sol

Les engrais à base d’ammonium devraient être évités parce qu’ils acidifient le sol9 et nuisent à l’absorption du calcium7. Les fruits des parcelles traitées au sol avec du nitrate9 ou du sulfate6 d’ammonium sont généralement moins colorés et moins fermes.

Cependant, une application au sol très tôt en saison (avant le débourrement) d’urée (qui libère de l’ammoniaque) est encouragée pour combattre la tavelure (voir fiche 101). L’application en solution de 50 kg/ha d’urée au sol (23 unités d’azote par hectare) remplace le DAP (diammonium phosphate), pour la même quantité d’azote.

La balance de l’apport d’azote au sol devrait être fournie préférablement sous forme de nitrate (ex. : nitrate de calcium), ou une combinaison (ex. : nitrate d’ammonium calcique, 24,5-0-0). En général, le nitrate de calcium est préférable au nitrate d’ammonium parce que l’apport de calcium au sol réduit l’incidence de point amer, améliore la qualité générale des fruits11, et augmente la résistance des arbres au gel d’hiver26. Le calcium peut cependant être fourni à l’automne par chaulage. N’appliquez que l’azote qui est nécessaire. Une partie des excès d’azote au sol nourrit le gazon et non l’arbre2,9, l’apport dirigé vers la zone désherbée autour des arbres est recommandé2.

Azote foliaire

L’urée foliaire (et probablement toutes les sources d’azote) ne devrait pas être appliqué sur les arbres déjà en excès d’azote. Cependant, l’urée foliaire appliqué tôt en saison (entre le stade débourrement et le stade calice) est utile à l’arbre et aide même à réprimer la tavelure27,28. Lorsqu’appliqué au moment de la floraison, l’urée a aussi un léger effet d’éclaircissage29. Même si l’arbre absorbe l’urée encore plus efficacement lors des applications plus tardives24, le bénéfice n’est pas toujours mesurable24 et c’est lors des applications tardives que les problèmes commencent. Les applications foliaires d’azote sous toutes ses formes ne devraient pas être faites plus de 10-14 jours après le stade calice2, de sorte que l’azote commence à chuter après la multiplication cellulaire dans les fruits qui se termine environ 28 jours après la pleine fleur1.

Les problèmes de l’azote en été ne sont pas seulement reliés à l’urée tardif. Même si la quantité d’azote appliquée en été lors des traitements de nitrate de calcium ou de nitrate de zinc est généralement faible, les effets négatifs de l’azote tardif restent mesurables. Suite aux traitements de nitrate de calcium, la quantité d’azote dans la pelure et la chair des fruits augmente30 et a pour effet une dégradation de la couleur31 et la qualité des fruits32. La quantité d’azote dans la pelure des fruits est d’ailleurs un excellent paramètre pour prédire le point amer dans la Honeycrisp10. Les fertilisants à base de calcium, zinc ou autres appliqués en été n’ont pas besoin de contenir de l’azote. Privilégiez les formulations sans azote (voir la section sur le chlorure de calcium).

Dans les vergers où le chancre européen n’est pas un problème, l’urée foliaire à l’automne (post récolte) nourrit les bourgeons et constitue une réserve pour l’arbre qui est disponible au moment où ils en ont besoin, soit au moment du débourrement pour l’année suivante. Ce traitement inhibe aussi partiellement la tavelure (voir fiche 101).

Directives pour les traitements foliaires d’azote : La stratégie proposée pour optimiser les bénéfices de l’azote consiste à appliquer de l’urée à répétition entre le stade du débourrement avancé21 et maximum 10-14 jours après la chute des pétales2 à raison de 3 kg/ha par application pour un total d’environ 5 passages (15 kg/ha d’urée donnent environ 7 unités d’azote). Mélanger l’urée à vos traitements fongicides est probablement la meilleure approche pour y arriver. En outre, l’urée  est compatible en mélange avec le Solubor, avec le zinc (Zn-EDTA)21 et avec le chlorure de calcium. Le calcium peut même favoriser l’absorption de l’azote33. En principe, l’urée est aussi compatible avec le sel d’Epsom21, mais ce mélange cause parfois du dommage au feuillage jeune2. Un traitement d’urée au stade calice en mélange avec le Solubor et le chlorure de calcium est une avenue intéressante34, mais il est préférable d’appliquer le sel d’Epsom séparément. Aucune forme d’azote ne devrait être appliquée sur les arbres entre le 1er juin33 (environ 10 jours après calice) et la fin de la récolte. Lors des traitements, l’urée prend plusieurs heures après séchage avant d’être entièrement absorbé par l’arbre et le volume de bouillie n’a pas d’effet sur la quantité finale d’azote absorbée par la feuille. Par exemple, jusqu’à 6 kg d’urée dans 150 L/ha d’eau35.

 

Calcium (Ca)

Le niveau de calcium dans les arbres et dans les fruits est tributaire de la disponibilité du calcium dans le sol et de la charge fruitière. Les apports de calcium devraient être faits en considérant la cause de la carence. Par exemple, les carences (bore, zinc)2 ou certains excès (azote, magnésium)36 et un pH de sol trop faible36 peuvent expliquer le problème. Les arbres peu chargés37 et donc avec des fruits plus gros38 sont plus sujets aux désordres comme le point amer (bitter pit).

Plus la croissance est importante, pire sont les problèmes de point amer et ce, peu importe le calcium disponible. La croissance est même utilisée pour prédire le point amer sur Honeycrisp10. Favoriser la formation rapide d’un bourgeon terminal (éviter l’azote et la taille, régulateur de croissance, etc.) augmente donc l’absorption du calcium.

Le chaulage, les apports calciques au sol (ex. : nitrate de calcium), les paillis de bois39 (ex. : bois raméal) contribuent à la fertilisation en calcium, mais ne sont pas toujours efficaces pour augmenter la concentration en calcium des fruits358 et réprimer le point amer40. Les applications foliaires de calcium durant l’été sont souvent essentielles pour prévenir le point amer, mais aussi d’autres désordres physiologiques (ex. : scald30,41, cork spot du poirier42), notamment sur des cultivars comme Cortland36, Spartan7 et Honeycrisp40. Les apports de calcium peuvent contribuer aussi à prévenir les dommages liés au gel hivernal26. Pour des pommes au même niveau de maturité, les apports foliaires de calcium peuvent aussi améliorer la grosseur, densité, fermeté, couleur et l’apparence générale des fruits30,41.

De plus, le calcium a aussi un effet contre les maladies44,45. Les arbres bien fournis en calcium sont moins affectés par le feu bactérien16. Le chlorure de calcium (mais pas les autres formes de calcium) réprime en partie la tavelure (feuilles et fruits)46, le blanc47, la suie-moucheture48-50, la pourriture amère48,51, la rouille44 et les pourritures d’entreposage52. La seule exception est la pourriture blanche associée à Botryosphaeria dothidea qui pourrait être amplifiée par le chlorure de calcium53 mais cette maladie est à peu près absente au Québec. Par ailleurs, le chlorure de calcium inhiberait cette maladie dans la poire sauf quand la dose est excessive54.

Cependant, l’ensemble des bénéfices des traitements foliaires de calcium ne sont pas toujours mesurables. Une faible quantité peut suffire à réprimer le point amer, alors que la fermeté et la résistance aux maladies ne sont mesurables qu’avec des apports plus importants5.

Pour assurer un usage optimal et une pénétration suffisante de calcium, des applications répétées sont requises et les traitements doivent généralement commencer avant la mi-juin55. Cependant, l’absorption par les jeunes fruits est variable et la date optimale de début des traitements pourrait varier selon le cultivar56. Steve Hoying (Cornell) recommandait en fait de débuter les traitements de calcium dès la chute des pétales57. Plus de 6 traitements par année peuvent être nécessaire pour en bénéficier41 (ex. : aux 2 semaines), mais la fréquence optimale peut être encore plus élevée. Il est possible d’obtenir un effet positif du calcium avec un seul traitement à deux semaines de la récolte, mais cette pratique est en général risquée (phytotoxicité, maturation plus rapide des fruits, etc.)7 La pénétration du calcium peut être bonne lors des applications tardives de calcium, mais les bénéfices pour réprimer le point amer seront moindres40.

Lors des traitements foliaires, la vitesse de pénétration du calcium dans les fruits est assez constante entre 15-30 °C58, mais relativement lente. Il est donc important de choisir un sel avec la pénétration la plus rapide pour éviter les pertes à cause du lessivage par la pluie.

Chlorure de calcium (CaCl2)

De toutes les formulations de calcium, le chlorure (CaCl2) vendu sous forme de flocons (77 % CaCl2, soit 28 % Ca) est la plus efficace, la moins chère et son usage est permis en production biologique59. En laboratoire, la vitesse de pénétration du CaCl2 est supérieure à la vitesse de pénétration de la plupart des autres formulations de calcium, incluant les formulations commerciales plus complexes, parfois appelées « organiques » (acétate, carbonate, lactate, proprionate, nitrate)38,40,60. Cette observation s’explique par le fait que le chlorure de calcium a un point de déliquescence très faible. Autrement dit, le chlorure est très hygroscopique. En présence d’humidité il revient rapidement en solution, ce qui permet son absorption par la plante. Ces résultats ont été confirmés en verger30; les fruits traités avec le chlorure sont plus fermes qu’avec les autres sources de calcium. Aucune autre source de calcium n’est supérieure au chlorure pour réduire le point amer sur Honeycrisp10,43,61. Les formes chélatées de calcium contiennent trop peu de calcium pour être efficaces et ne sont pas recommandées2. Les spécialistes de la fertilisation n’hésitent pas à recommander le chlorure, plus que tout autre produit36.

Malgré ses qualités, le chlorure de calcium peut devenir problématique quand la vitesse de pénétration dépasse la capacité de la plante. Le chlorure de calcium devient alors phytotoxique et cause une brûlure du feuillage. La sévérité de la brûlure est variable et ne porte pas toujours à conséquence. Cet effet est observé notamment lorsque la dose par hectare est excessive et que le produit est appliqué lors de conditions de séchage très lentes, lorsque la température dépasse 26-27 °C, que le feuillage est très jeune et sensible à cause du temps très nuageux36, qu’il est déjà fragilisé par des ravageurs (ex. : acariens), ou en fin de saison30. Certains cultivars sont aussi plus sensibles (ex. : Empire36,62). Néanmoins, il est possible d’utiliser le chlorure de calcium de façon sécuritaire : la clef est d’ajuster la dose de chlorure de calcium à la baisse et/ou s’ajuster aux circonstances. Par exemple, attendre la baisse de la température en soirée avant de traiter. L’ajout d’adjuvants et d’agents mouillants (ex. : LI-700, vinaigre) pour ajuster le pH (pH = 6) et limiter l’accumulation de grosses gouttes sur le bout des feuilles peuvent aider36, mais seulement lorsque le chlorure de calcium est appliqué seul. Ces produits ne sont pas nécessaires pour l’absorption du chlorure de calcium, mais bien pour éviter une accumulation locale de la bouillie caustique. Lorsque le chlorure de calcium est utilisé en mélange avec des pesticides commerciaux, les adjuvants additionnels ne sont pas nécessaires et peuvent causer des problèmes.

Pour « clore » le sujet, certains produits à base de calcium indiquent que les formulations à base de chlore sont à proscrire en lien avec les risques décrits précédemment, et d’autres risques non spécifiés. Tant que les précautions sont suivies, le chlorure de calcium est efficace, sécuritaire et avantageux. Aucune justification environnementale ou agronomique fondamentale qui pourrait justifier son abandon n’a été trouvée dans le cadre de cette revue de la littérature scientifique.

Directives pour les traitements foliaires de chlorure de calcium : Débuter les applications entre la fin mai et le début juin et continuez jusqu’à la récolte en baissant graduellement la fréquence. Par exemple, chaque semaine en juin (4 applications), chaque 10 jours en juillet (3 applications) et aux deux semaines par la suite (3 applications). Les applications hâtives sont les plus efficaces contre le point amer et les applications tardives apportent les autres bénéfices40. La dose usuelle de chlorure de calcium varie selon le moment de l’application et débute à 4 kg/ha36,57 monte à 7 kg/ha56, 9 kg/ha41 et même plus40,57 par traitement. Il est toujours préférable d’augmenter le nombre de traitements et diminuer la dose que l’inverse. Un programme entre 30 et 72 kg/ha par saison de la formulation est recommandé (8 à 10 applications)36,63 pour un total approximatif entre 8 et 20 kg/ha de calcium par année. Sur des petits arbres (TRV faible), les programmes avec moins de 3,25 kg/ha de calcium élémentaire, soit environ 12 kg/ha de formulation pendant la saison, n’ont aucun effet mesurable61. En absence de pluie il n’est pas utile de renouveler un traitement encore en place.

La quantité à appliquer doit être ajustée à la dimension des arbres (ex. : TRV). Cependant, le volume de bouillie n’a pas d’impact sur l’absorption. Pour une même quantité par hectare, les traitements en concentré (ex. : 250 L/ha ou même moins) sont aussi efficaces que les traitements en dilué56,64. Les traitements avec un volume réduit sont souvent moins phytotoxiques qu’en dilué62, mais la phytotoxicité peut être aggravée si le pulvérisateur est mal calibré36. À raison de 1 $/kg pour le chlorure de calcium, le coût des traitements (ex. : 10 applications à 4-10 kg/ha ≃ 70 $/ha) est très faible.

Notes additionnelles pour les traitements foliaires de chlorure de calcium : Si une application de chlorure de calcium coïncide avec un traitement de APOGEE ou de KUDOS, ne pas mélanger les produits65. Traiter APOGEE ou KUDOS au moins deux ou trois jours avant le calcium pour assurer l’efficacité du régulateur de croissance66. L’hormone sera moins efficace si elle est appliquée sur des résidus de calcium65. Si possible, attendez qu’une pluie lessive un peu le calcium avant d’appliquer l’hormone.

Le chlorure de calcium est incompatible57 avec le sel d’Epsom21,36 et génère un précipité d sulfate de calcium2 (plâtre de Paris) qui peut bloquer les buses. En absence de blocage, ce mélange fonctionne.

Le mélange du chlorure de calcium et du bicarbonate de potassium produit une suspension de carbonate de calcium qui est très peu efficace comme source de calcium40 et annule l’effet fongicide du bicarbonate67.

Selon certaines sources non vérifiables, le chlorure de calcium est incompatible avec le soufre de type « poudre mouillable ». Autrement, le chlorure de calcium peut être ajouté en mélange avec la plupart des pesticides utilisés en été36, incluant le soufre68. Par exemple, il est possible de mélanger le chlorure de calcium et le Captan, tant qu’un surfactant n’est pas ajouté au mélange36. Au stade calice, le mélange de Solubor et de chlorure de calcium améliore la pénétration du bore69.

Après la récolte : Le trempage des fruits dans le chlorure de calcium après récolte a peu d’efficacité contre le point amer, mais peut réduire une partie des problèmes de sénescence7. C’est une solution de dernier recours36.

Autres formulations de calcium :

D’autres produits à base de calcium existent, mais ont des lacunes importantes. La plupart contiennent très peu de calcium et sont chers, et/ou contiennent de l’azote. Ils sont aussi responsables de phytotoxicité. Par exemple, le nitrate de calcium est plus souvent sujet à la phytotoxicité sur poiriers42 à causer des dommages aux lenticelles des fruits (Idared, Spartan)63 et un liège sur des cultivars comme la délicieuse2. Le nitrate de calcium et les formulations de chélatés de tous les minéraux70 pourraient même favoriser d’autres maladies à la surface des fruits71. Le chlorure de calcium a donc graduellement remplacé le nitrate qui était recommandé avant 19607. Par ailleurs, le phosphite de calcium (aussi appelé phosphonate), laisse des résidus très persistants dans les arbres pendant des années (voir fiche 49).

 

Bore (B)

Le bore sous forme d’acide borique (H3BO3, 17,5 % bore) ou de solubor (Etidot-67 EP) (disodium octaborate tetrahydrate, Na2B8O13.4 H20, 20 % bore) est essentiel à la floraison de l’année en cours, la nouaison72 et la formation des bourgeons pour l’année suivante. Le bore prévient aussi une partie des dommages de gel durant la fleur73, la roussissure sur les jeunes fruits12 et le cœur liégeux en été. Les carences en bore sont fréquentes en verger69, notamment en période de sécheresse2 et affectent (entre autres) l’absorption du calcium et du potassium72. Des applications au sol sont nécessaires puisque les traitements exclusivement foliaires ne peuvent fournir de bore aux racines2. Cependant, les applications foliaires sont utiles pour les fruits.

Dans le contexte de la phytoprotection, le bore a un effet reconnu pour inhiber les champignons, dont la tavelure du pommier74,75, au point où une application foliaire de bore pourrait remplacer un traitement fongicide74. À la dose de 2 kg/ha d’acide borique (350 g/ha B), le bore serait aussi efficace que des traitements de référence autant en protection qu’en post-infection75. Le bore foliaire réduit aussi les risques de pourriture amère17. Les excès de bore sont rares, mais peuvent augmenter la sensibilité au feu bactérien16. Les traitements foliaires sont recommandés avant la floraison, au stade calice et en post-récolte73. Cependant, le bore est reconnu phytotoxique durant la floraison74.

Directives pour les traitements foliaires de bore

L’apport annuel de 0,56 kg/ha de bore recommandé69 est obtenu par l’application annuelle minimale de 2,8 kg/ha de formulation (20 % bore) qui peut être fractionné et appliqué au bouton rose69 et après la floraison, en mélange avec le chlorure de calcium. En cas de carence, le Solubor est recommandé parfois dès le stade du débourrement avancé21 et jusqu’à un mois après la chute des pétales2,72. Les applications plus tard en saison (juillet et août) ne sont pas recommandées et pourraient provoquer un mûrissement hâtif2. Cependant, une application foliaire après récolte sur du feuillage encore fonctionnel est bénéfique pour mieux passer l’hiver2. La dose foliaire totale suggérée varie selon l’apport au sol et peut facilement atteindre 9 kg/ha de formulation par année. Le fractionnement en plusieurs doses pourrait permettre de mieux profiter de l’action fongicide (ex. : 5 applications de 0,6 à 1 kg de formulation par hectare) mais cette dose est peut-être insuffisante comme fongicide.

 

Calendrier de fertilisation foliaire (azote, bore, calcium)

Les apports de magnésium et de zinc débordent de cette fiche mais sont inclus dans le calendrier, parce que les carences de ces minéraux sont fréquentes dans le Nord-Est de l’Amérique2. Les apports de magnésium peuvent être faits au sol (chaux dolomitique), mais pour le zinc, les applications foliaires sont plus fiables et plus rentables que les apports au sol ou par fertigation72.

Exemple de calendrier

Préfloral :

  • Débourrement avancé : Urée (3 kg/ha) + Zinc-EDTA
  • Bouton rose : Urée (3 kg/ha) + 0,6 kg/ha de formulation bore (Solubor, 20 %)
  • Bouton rose avancé : même recette

Floraison :

  • Urée (3 kg/ha)

Stade calice (chute des pétales) :

  • Trio du calice ABC (Azote, Bore, Calcium) : Urée (3 kg/ha) + Solubor (0,6 kg/ha) + Chlorure de calcium (4 kg/ha)

Nouaison :

  • Urée (3 kg/ha) (dernier) + Sel d’Epsom (magnésium) (45 kg/ha)2
  • Traitement séparé si du magnésium est appliqué : Solubor (0,6 kg/ha) + Chlorure de calcium (4 kg/ha) (par exemple avec un fongicide)
  • Fin de l’azote : Pour un total de 6 applications d’urée.

Mi-juin :

  • Sel d’Epsom (magnésium) + Zinc-EDTA
  • Solubor (0,6 kg/ha) + Chlorure de calcium (4 kg/ha) (par exemple avec un fongicide)
    (Pour un total de 5 applications de bore en fractionnement)

Fin juin :

  • Sel d’Epsom (magnésium) + Zinc-EDTA
  • Traitement séparé : Chlorure de calcium (par exemple avec un fongicide)

Été :

  • Chlorure de calcium à intervalle régulier (ex. : chaque deux semaines)

Post récolte (sur les arbres encore verts) :

  • Solubor (0,6 kg/ha) + Urée (jusqu’à 50 kg/ha, en absence de chancre européen)

 

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La version 2018 de l’affiche Production fruitière intégrée sera distribuée au début avril à tous les producteurs membres via un envoi postal des Producteurs de pommes du Québec. Nouveautés cette année dans l’affiche :

 

  • elle tient sur une seule page
  • les produits « rouges », « jaunes » et « verts » ont été révisés et sont bien identifiés partout dans l’affiche;
  • Les produits admissibles en bio sont identifiés
  • la taille des caractères a été augmentée
  • une nouvelle section sur les équipements de protection est présentée au somment de l’affiche.

La version PDF est déjà disponible sur le site web de l‘IRDA, et une version consultable sur ordinateur est aussi disponible dans le Guide de PFI, associée aux fiches 45, 4648,  122 et 123.

Les options de traitement du feu bactérien en été sont limitées et d’efficacité variable. Le cuivre est parfois bénéfique, mais il peut altérer l’apparence des fruits. Certaines précautions et quelques mélanges peuvent néanmoins réduire les risques liés au cuivre.

Efficacité

Plusieurs tests rapportent aucune efficacité1–5 du cuivre utilisé seul en été alors que d’autres tests démontrent que le cuivre peut parfois aider à diminuer la propagation de la maladie5–7. Le cuivre offre probablement peu ou pas de protection des pousses quand la bactérie arrive de l’extérieur de la parcelle2. Cependant, il a probablement une efficacité partielle quand le cuivre rentre en contact direct avec l’exsudat déjà présent dans la parcelle.

Phytotoxicité

En plus de l’efficacité limitée, les traitements au cuivre ne sont jamais entièrement sécuritaires.  Le cuivre peut affecter les fruits à différents moments et provoquer différents symptômes. Les lenticelles noircis ou rougis est le symptôme principal associé à la phytotoxicité du cuivre en été. La roussissure (rugosité) est un autre symptôme qui est surtout problématique lorsque le cuivre est appliqué au printemps et jusqu’à 6 semaines après la floraison. Cependant, la roussissure reste parfois possible en cours d’été quoique son apparition est assez aléatoire. Finalement, les fruits des cultivars sensibles prennent aussi parfois une apparence plus “matte”. Les fruits traités régulièrement au cuivre ne sont pas aussi luisants que les fruits non traités. La tolérance de vos clients pour des fruits moins parfaits est donc un facteur majeur à considérer avant d’envisager un traitement au cuivre.

Formulation, dose et fréquence des traitements.

Le Cueva8 comme l’oxychlorure peuvent affecter l’apparence des fruits. Les autres formulations de cuivre (ex: hydroxide, bouillie bordelaise2), ne sont pas homologuées et sont encore plus phytotoxiques en été.

La dose et la fréquence des traitements recommandée est un compromis entre l’efficacité et la phytotoxicité. Les traitements  à dose forte n’apportent pas nécessairement d’avantage d’efficacité et sont nécessairement plus phytotoxiques. Il est probablement préférable d’appliquer le cuivre régulièrement (ex: aux 2 semaines en juin et juillet, soit 5 traitements), à une dose relativement faible. Selon diverses sources, la dose optimale serait d’environ 100g de métal par ha (ex: oxychlorure 50% = 200g/ha, mais non prévu pour cet usage). Le Cueva (homologué) avec la même dose de métal (5.6 L/ha) est aussi une possibilité, quoique plus chère.

Précautions avec le cuivre

Pour éviter d’endommager les fruits et parfois même les arbres, certaines précautions avec le cuivre sont essentielles. Comme pour tous les traitements, la phytotoxicité sur fruits dépend de l’état de la cuticule. Des conditions sèches, ensoleillées et une température élevée favorisent la formation d’une cuticule plus résistante qui réduit considérablement les dommages9. À l’inverse, les problèmes de phytotoxicité sont beaucoup plus fréquents suivants des conditions fraiches et nuageuses.

Dans le cas du cuivre, d’autres recommandations spécifiques s’appliquent :

  • Éviter les applications sur Empire, Golden1,9, Mac, Pinova9. Le cuivre en été peut parfois défolier les Golden9. Certains cultivars comme Fuji9, Idared6, Rome1 ont probablement une tolérance intermédiaire.
  • Cependant, les applications de cuivre ne causent pas de problèmes sur Gala9, Red Delicious et Topaz. Les différences de sensibilité entre cultivars sont assez marquées. Ces résultats ont été maintes fois confirmés en pratique (Trapman, comm. pers.).
  • Visez des conditions de séchage rapide. Par exemple, limiter le volume de bouillie (moins de 450 L/ha) et ne jamais appliquer sur du feuillage humide ou pendant des conditions favorables à la rosée.
  • Limitez la quantité de cuivre métallique appliqué. Les doses qui apparaissent sur les étiquettes ne sont pas appropriées.
  • Les variations de pH sont à éviter. Par exemple, ne jamais mélanger avec du LI700 ou du phosphonate et ne jamais mélanger ou alterner avec du bicarbonate. Une défoliation est parfois observée.
  • Certains mélanges ajoutent aux risques de phytotoxicité. Les traitements avec Captan ou les traitements insecticides devraient être faits dans l’interval entre les traitements au cuivre.

Mélanges bénéfiques

Double Nickel

Le Double Nickel (Bacillus amyloliquefaciens) est parfois efficace comme traitement d’été, notamment lorsqu’il est en mélange avec le cuivre4. Le mélange serait aussi moins phytotoxique sur les fruits que le cuivre seul4. Cependant, ce mélange est couteux et le produit à base de Bacillus est disponible en quantités très limitées en 2016. Il est possible que le Serenade (Bacillus subtilis) puisse être substitué au Double Nickel dans le mélange, mais d’autres essais seraient nécessaires pour confirmer cette proposition.

Soufre ou Argile

Depuis quelques années, le groupe européen des maladies du pommier recommande avec le cuivre l’ajout en mélange de soufre (3 kg/ha) ou une argile de type kaolin (3 kg/ha) . L’argile utilisée est similaire au Surround, mais plus abordable. Dans les deux cas, le mélange réduirait les dommages aux fruits par rapport au cuivre utilisé seul10. Le soufre est cependant réputé phytotoxique à température élevée et le mélange avec soufre n’est donc pas recommandé par temps chaud.

Priorisation des blocs et fin des traitements

Il est possible de prioriser les traitements au cuivre selon les blocs. Par exemple, traiter les arbres malades en amont d’un bloc sain pourrait limiter la propagation de la maladie vers ce bloc. Dans tous les cas, la propagation du feu cesse subitement avec la formation du bourgeon terminal. Les interventions de taille et les traitements au cuivre peuvent donc cesser à ce moment.

 

Les informations de ce bulletin ont été rendues possibles grâce à Michel Giraud, Luisa Mattedi, David Rosenberger, Marc Trapman et différents membres du groupe européen des maladies du pommier.

  1. Hickey, K. D., May, J., Halbrendt, N. O. & McGlaughlin, E. Fire blight incidence and fruit russet on apple trees sprayed with copper compounds, 1999. Fungic Nematic Test Result Am Phytopathol Soc 55, PF14 (2000).
  2. Hickey, K. D., May, J., Halbrendt, N. O. & Anderson, E. Fire blight incidence and fruit russet on apple treated with dilute sprays of copper compounds, 2000. Fungic Nematic Test Result Am Phytopathol Soc 56, PF8 (2001).
  3. Yoder, K. S. et al. Evaluation of shoot blight suppression, summer disease control, and fruit finish by post-bloom copper applications on Gala apple, 2015. Plant Dis. Manag. Rep. 10, PF008 (2016).
  4. Yoder, K. S. et al. Shoot blight suppression, fruit finish, and summer disease control by Cueva and Double Nickel on Gala apple, 2013. Plant Dis. Manag. Rep. 8, PF023 (2014).
  5. Clarke, G. G., Hickey, K. D. & Travis, J. W. Efficacy of phosetyl-aluminum and copper for control of fire blight on blossoms and shoots of apple. Acta Horticulturae 281–288 (1993). doi:10.17660/ActaHortic.1993.338.43
  6. Bhaskara Reddy, Norelli, J. L. & Aldwinckle, H. S. Evaluation of copper compounds, an sar inducer and a growth regulator for shoot blight control on apple, 2000. Fungic Nematic Test Result Am Phytopathol Soc 56, PF35 (2001).
  7. Yoder, K. S., Cochran, A. E., Royston, W. S. & Kilmer, S. W. Shoot blight suppression, summer disease control, and fruit finish by post-bloom applications on Gala apple, 2014. Plant Dis. Manag. Rep. 9, PF018 (2015).
  8. Sundin, G. W. & Outwater, C. . Evaluation of Blossom Protect, Fire Quencher, BloomTime and Cueva for control of fire blight on McIntosh apples, 2015. Plant Dis. Manag. Rep. 10, PF021 (2016).
  9. Rizzolli, W. & Acler, A. Einsatz von Kupfer gegen Feuerbrand. Obstbau Weinbau 42, 73–75 (2005).
  10. Lešnik, M., Vajs, S., Gaberšek, V., Kurnik, V. & others. Investigation of phytotoxicity regarding copper fungicides applied to apples. Agricultura (Slovenia) 10, 55–59 (2013).

 

La version papier de l’affiche Production fruitière intégrée a été distribuée au cours du mois d’avril à tous les producteurs et intervenants de la pomme, via un envoi postal. Pour ceux qui n’ont pas accès à cette affiche, qui n’ont pas l’espace nécessaire, ou qui préfèrent simplement accéder à l’information de façon électronique, vous pouvez maintenant accéder au contenu de l’affiche sur notre site, dans la section “Guide de PFI”. Les cinq tableaux de l’affiche sont ainsi disponibles:

Ces tableaux déroulants sont conçus pour être consultables facilement sur ordinateur, tablette et téléphone intelligent. La version PDF est également disponible.

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Guide d'identification des maladies, insectes et acariens nuisibles et utiles des arbres fruitiers de l'Est de l'Amérique du Nord (couverture)Nous sommes heureux d’annoncer que le Guide 2016 est disponible sur le site! La version de l’an passé a été mise à jour et un nouveau guide d’identification a été ajouté. Plus d’une centaine de nouvelles fiches sont donc disponibles en 2016!

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Merci aux Producteurs de pommes du Québec et au Programme d’appui financier aux regroupements et aux associations de producteurs désignés du MAPAQ pour leur soutien à la production de la version originale de ce document.

La pourriture des fruits en été, à réprimer sans amertume

Vincent Philion

 

Depuis quelques années, on aperçoit dans quelques vergers de pommiers une pourriture surprenante des fruits qui apparaît en plein été. La pourriture amère (« bitter rot ») est une maladie sporadique au Québec mais qui est rapportée aux États-Unis depuis plus d’un siècle1–4 et peut malheureusement prendre des proportions importantes certaines années. Cette maladie est parfois considérée comme la plus dommageable sur pommiers5 parce qu’elle peut causer la perte entière de la récolte. La pourriture amère est présente dans plusieurs pays producteurs de pommes1, mais en Amérique la maladie était jadis confinée aux régions au sud des États-Unis6 où elle est contrôlée par l’élimination des symptômes et des applications répétées de fongicides en été7. Au cours du temps, la maladie est devenue de plus en plus fréquente au nord8 et est même devenue une maladie prioritaire en Ontario9. Au Québec, la maladie n’était pas mentionnée dans les guides de production avant 2015 et est passée rapidement d’anecdotique, à préoccupante dans des vergers sous régie biologique mais aussi en PFI.

 

Étiologie (cause)

La pourriture amère est causée par différentes espèces de champignons microscopiques appartenant au genre Colletotrichum. Ces champignons qui sont très fréquents en nature causent une maladie qui s’appelle l’anthracnose sur la plupart des plantes (à l’exception du pommier) qui peut prendre différentes formes. L’épidémiologie diffère considérablement d’une plante à l’autre pour un même champignon et selon le climat. Les différentes espèces de Colletotrichum ne sont pas très spécifiques à leur hôte et coexistent sur les plantes. Le genre Colletotrichum est complexe et évolutif; conséquemment la taxonomie et la gamme d’hôtes par espèce ne sont donc pas entièrement résolues10,11.

Néanmoins, plusieurs espèces sur pommiers sont maintenant bien connues et regroupés à l’intérieur de deux complexes d’espèces; C. acutatum10 et C. gloeosporioides11 mais qui sont variables selon les pays (tableau) et difficilement différentiables sans outils moléculaires. L’espèce ou les espèces impliquées au Québec ne sont pas connues, mais se limitent probablement aux espèces de C. acutatum et incluent probablement C. fioriniae. Même si C. acutatum et C. gloeosporioides partagent certains traits, leurs différences notamment pour leur température préférentielle et leur sensibilité aux fongicides pourraient avoir un impact pour la lutte, par exemple pour établir le meilleur moment des traitements12 et le choix des produits13.

Les espèces présentes sur pommier s’attaquent à différentes plantes cultivées tant localement (bleuets, fraises, etc.) qu’à l’étranger (amandes, avocats, pêches, etc.) Sur poiriers, la maladie est moins fréquente en Amérique3,10 mais est rapportée en Chine14. À part les plantes cultivées, les espèces de Colletotrichum présentes sur pommiers s’attaquent à une gamme variée de plantes indigènes et introduites et aussi parfois à des insectes15 et à d’autres organismes16. Par contre, il semble acquis qu’elles ne s’attaquent pas aux graminées16,17.

Les espèces impliquées sont plus ou moins spécialisées selon les symptômes qu’elles provoquent. Par exemple, C. acutatum ne produit jamais de symptômes sur le feuillage des pommiers alors que c’est le cas pour C. gloeosporioides dans certains pays. Les espèces de C. gloeosporioides sont aussi plus agressives sur fruits13. Sur les fruits, la pourriture amère apparaît avant entreposage sous nos conditions, mais en Europe la maladie se déclare surtout lors de l’entreposage18 et est parfois associée à d’autres maladies appelées collectivement Gloéosporioses. Les gloéosporioses sont fréquentes en Europe19 et dans l’Ouest américain (Bull’s-eye rot) mais sont probablement absentes au Québec. Les gloéosporioses sont généralement associées à d’autres champignons (surtout Neofabraea sp.)19 et ne sont pas traitées ici. De plus, la pourriture amère d’entreposage européenne est peut-être liée à d’autres espèces du groupe Colletotrichum que celles présentes au Québec (voir Tableau 1). Malheureusement, toutes ces maladies peuvent être facilement confondues sur la base des symptômes.

Tableau 1. Champignons du genre Colletotrichum associés à la pourriture amère du pommier

Symptômes sur pommiers Groupe (sensu lato) Champignon Pays rapportés pour les espèces sur pommiers Autres hôtes cultivés atteints (exemples)
Fruits seulement C. acutatum
(CASC)
C. acerbum Nouvelle-Zélande, Norvège18
C. fioriniae (Glomerella acutata) Corée, Italie, Nouvelle-Zélande, Pays-Bas, USA (espèce probable au Québec) Amandier, avocatier, bleuet, fraisier, framboisier, manguier, pêcher, olivier, poirier, tomate
C. chrysophilum USA21 Cacao, avocats, pêches, bananes
C. noveboracense USA21
C. godetiae Pays-Bas Amandier, fraisier, framboisier, merisier, olivier, noyer, tamarillo
C. nymphaeae Brésil, Corée, USA Fraisier, olivier
C. pyricola Nouvelle-Zélande Poirier
C. salicis Allemagne, Nouvelle-Zélande, Croatie22 Fraisier, tomate, saule
C. gloeosporioides (Musae clade)
(CGSC)
C. alienum Nouvelle-Zélande Avocatier
Fruits et parfois feuillage (Glomerella leaf spot, GLS23) CASC C. limetticola, C. paranaense, C. melonis
CGSC C. aenigma
C. fructicola (Glomerella cingulata) Australie, Brésil, Chine, USA Avocatier, caféier, fraisier, nachi, poirier
C. siamense USA Avocatier, caféier, fraisier, pistachier, poivron, vigne
C. theobromicola USA13

 

Apparition des symptômes

La pourriture amère sous nos latitudes n’apparaît que sur les fruits, il n’y a pas de symptôme foliaire pour les espèces présentes au Québec. La pourriture des fruits est favorisée par les étés chauds, humides et pluvieux. Les fruits peuvent être infectés tout au long de la saison, de la floraison24 à la récolte. Cependant, la plupart des symptômes apparaissent en cours d’été souvent à la suite de conditions chaudes et orageuses. Les premiers symptômes sont assez discrets. Au début, de petites taches circulaires grises ou brunes et peu distinctives apparaissent sur les fruits1, mais pas nécessairement en lien avec les lenticelles. Ces premiers symptômes peuvent être facilement confondus avec d’autres dommages comme la cochenille de San José20 ou même une phytotoxicité au cuivre.

Par la suite, des lésions circulaires beiges superficielles se forment et s’agrandissent à mesure que le champignon cause une pourriture de la chair du fruit. Le nombre de lésions par fruits peut être très variable. Dans certains cas, le fruit peut être couvert de petites lésions qui progressent peu, mais la plupart du temps le fruit est atteint de quelques lésions qui progressent rapidement3, pouvant atteindre 3 cm en moins d’une semaine4. Quand la pomme est tranchée, la progression de la pourriture vers le cœur est souvent en forme de « V » (conique). Quoique caractéristique, ce symptôme n’est pas universel.

Quand la température est très élevée, les fruits peuvent se ratatiner, pourrir entièrement et tomber au sol ou alors se momifier et rester collés sur l’arbre3. Quand la progression est retardée par du temps plus froid, une marge pourpre apparaît à la marge des symptômes.

À la surface des lésions, des cercles concentriques formés de petites structures appelées acervules apparaissent assez tôt pendant la progression des symptômes1. Parfois, les acervules ne suivent pas ce patron et sont plutôt aléatoires3. Lorsque les conditions sont très favorables à la sporulation, soit une humidité très élevée et une température entre 20 °C et 30 °C, une masse gélatineuse rose-orangé ou saumon peut être libérée par les acervules à la surface des fruits.

Cette masse de spores (conidies) prend rapidement une allure plus croûtée et racornie par temps sec.

La sporulation est un signe caractéristique pour un diagnostic fiable de l’infection par Colletotrichum. Cette maladie est la seule à produire une sporulation aussi colorée8. Il est souvent possible de confirmer le diagnostic en laissant les fruits 48 h à température pièce26 dans un sac de plastique. La sporulation est favorisée dans ces conditions. La pourriture noire des fruits (Botryosphaeria sp.) cause des symptômes similaires sur fruits, incluant une structure noire (pycnide) mais ne sporule pas comme Colletotrichum. Les symptômes plus âgés des deux maladies sont noirs et impossibles à différencier. Sur le bois, les symptômes sont difficiles à distinguer. De plus le champignon colonise souvent des branches affectées par d’autres maladies.

 

Épidémiologie
Survie hivernale au verger

Les fruits infectés laissés au sol, tous les fruits momifiés et restés dans l’arbre2 ou tombés au sol1, les pédoncules accrochés aux arbres1, les bourgeons à fruit18,19, les chancres associés à plusieurs maladies (ex. : feu bactérien1,6,27, pourriture noire, chancre européen, dépérissement nectrien) et les diverses branches mortes laissées dans les arbres1,2 peuvent héberger Colletotrichum et maintenir des sources de spores résidentes du verger, parfois pendant plusieurs années. Comme les sources au sol peuvent se décomposer et ne permettent pas des éclaboussements de spores aussi importants que les sources dans les arbres, elles sont moins inquiétantes.

Pourriture amère

Dépérissement nectrien dans l’arbre hébergeant Colletotrichum, à l’origine de la pourriture amère sur le fruit à proximité. (crédit photo : Yvon Morin)

Bourgeon de pommier hébergeant Colletotrichum (sporulation après incubation au laboratoire) (crédit photo : Arne Stensvand, NIBIO)

Autres modes de survie

Sur les feuilles mortes et sur le sol, le champignon peut survivre assez longtemps quand les conditions sont sèches, mais meurt rapidement dès que le sol ou la litière sont humidifiés et colonisés par d’autres micro-organismes. Ce n’est donc pas un mode de survie significatif pour passer l’hiver. De plus, même si certaines espèces du champignon (Glomerella acutata, G. cingulata) peuvent produire à l’occasion des ascospores à l’intérieur de périthèces sur les surfaces atteintes (reproduction sexuée, stade parfait), cette phase de la maladie est rarement rapportée en nature pour G. acutata13 et ne contribue probablement pas non plus de façon significative à l’épidémiologie de la maladie sous nos conditions2,16. Finalement, C. fioriniae qui est probablement l’espèce la plus fréquente sur pommiers21 peut aussi infecter et tuer la cochenille de la pruche15. Son association à des écosystèmes forestiers via des insectes laisse donc présager d’autres modes de survie.

Dissémination et survie estivale.

Les spores produites sur les différents hôtes de ce champignon, incluant les pommes affectées, peuvent se propager par éclaboussement, la plupart du temps à la faveur des pluies. Lors d’orages violents, la pluie entraînée par le vent peut disséminer les spores sur d’assez grandes distances et coloniser d’autres cultures incluant les vergers où la maladie était absente. Les insectes attirés par la masse gélatineuse de spores sur les fruits peuvent aussi accidentellement aussi transporter les spores4.

Les spores qui sont disséminées en cours de saison peuvent survivre assez longtemps sur les surfaces où elles atterrissent sans nécessairement provoquer de symptômes. Il faut donc distinguer la contamination (arrivée des spores) de l’infection. On parle alors d’infections quiescentes ou latentes qui peuvent par la suite se développer (ou non) si les conditions sont favorables. Parfois le champignon produit même des spores sans passer par une infection et survit donc discrètement, le plus souvent sur des feuilles (épiphyte)16. Le champignon se nourrit alors sans nuire à la plante qui l’héberge (biotrophe). Ainsi, d’autres plantes malades ou non comme les pommiers pollinisateurs, les champs de fraisiers avoisinants, des arbres comme le marronnier28 et même les mauvaises herbes peuvent être impliquées et servir en tant que réservoirs d’inoculum en cours de saison sans qu’il n’y paraisse.

Infection des fruits

Comme l’agent pathogène est endémique dans plusieurs vergers et que la maladie est sporadique6, il faut conclure que l’arrivée des spores de ce champignon à la surface d’un fruit sain suite à une pluie ne suffit pas pour provoquer la pourriture des pommes. Pour que la maladie se déclare, le champignon doit changer de personnalité sur le fruit et passer d’un état bénin (biotrophe) à malin pour entamer l’infection des tissus et causer la pourriture (nécrotrophe). Cette double identité (hémibiotrophe) est complexe et les conditions qui favorisent le passage d’un état à l’autre sont assez mal connues. Dans les régions où la maladie est sporadique, les années favorables à la maladie sont caractérisées par des étés anormalement chauds6. La pourriture commence à apparaître quand la température moyenne est au dessus des normales pour plusieurs jours. Les symptômes sont beaucoup plus fréquents (18x) sur la face exposée des fruits que sur la face ombragée et les fruits au pourtour des arbres sont plus infectés que les fruits au centre des arbres29. Quand la température extérieure monte à 35 °C, la température à la surface des fruits peut facilement atteindre 50 °C, soit proche de la température mortelle des cellules30. Or, les spores survivent très bien à l’exposition au soleil31. Il est donc possible que le stress hydrique, l’insolation (échaudure) et globalement les dommages liés à la chaleur28 rendent les fruits plus sensibles à l’infection30 et que les spores présentes soient activées dans ces conditions.

Ainsi, une taille estivale alliée à un déficit d’irrigation qui précéderait immédiatement une vague de chaleur pourraient stresser la peau des fruits et permettre l’infection par le champignon, alors les fruits non stressés peuvent demeurer exempts de maladie. D’autres stress comme les applications répétées de certaines formulations de calcium ou de soufre à dose élevée pendant les périodes de chaleur sont possiblement impliqués.

Suite à un premier stress, les infections subséquentes seraient favorisées par l’augmentation des sources de spores28. Les spores déposées sur des fruits abîmés par des insectes, la grêle ou autrement provoquent rapidement des infections. En absence de stress, de très longues périodes d’humectation des fruits (plus de 24 h à 21 °C) sont requises pour provoquer la maladie29.

Mécanismes de défense et nutrition des fruits

Le calcium interagit avec les mécanismes de défense de la plante et inhibe l’activité enzymatique de dégradation du champignon32. Les fruits en déficit de calcium et sujets au point amer (bitter bit) seraient également plus sujets à la pourriture amère, ou du moins à la variante européenne de la maladie33. Pour éviter les infections, des applications de calcium7,32 en dehors des périodes de stress sont reconnues bénéfiques pour réduire la maladie.

Mécanismes d’infection

Au moment de la transition de biotrophe inoffensif à nécrotrophe agressif, le champignon augmente localement le pH en produisant de l’ammoniaque, d’où vient probablement le goût « amer » parfois associé à la chair pourrie par le champignon4. Comme le changement de pH intervient après l’infection, il est peu probable que des traitements acidifiants puissent réduire l’incidence de la pourriture amère. En fait, réduire le pH pourrait même accélérer l’infection34 puisque le champignon réagit aux changements dans son environnement.

Cultivars et moment de l’infection

La plupart des cultivars sont sensibles à cette maladie. La Rome Beauty, la Délicieuse rouge et Fuji seraient tolérants2,35 alors que la Ariane26, Golden26, Ginger Gold et la Honeycrisp36 seraient particulièrement sensibles35. Les attaques qui semblent plus fréquentes sur les cultivars hâtifs (ex. : Paulared), ne seraient pas liées à la maturité des fruits il fait chaud35. D’autres facteurs comme l’abondance des momies, ou les blessures d’insectes préférentielles sur certains cultivars qui facilitent l’infection peuvent influencer la sensibilité apparente des cultivars35. La baisse de la température à l’approche de la récolte est habituellement un frein important pour la propagation de la maladie. Des problèmes de pourriture amère sont parfois rapportés dans les cultivars tardifs (ex. : Empire), mais le plus souvent dans des secteurs de vergers déjà affaiblis par d’autres facteurs (ex. : gel hivernal). Lors d’automnes chauds les infections à la veille de la récolte peuvent provoquer l’apparition de symptômes qui n’apparaîtront que quelques jours après la sortie de l’entreposage. En Europe du Nord, l’apparition des symptômes suite à l’entreposage est plus grave lorsque les fruits sont conservés à des températures plus élevées (ex. : 3-4 °C) par rapport aux entrepôts plus froids (ex. : 1 °C)18. La maladie ne serait pas transmise pendant l’entreposage.

 

Moyens de lutte

Dans la plupart des vergers cette maladie est absente et aucune mesure particulière n’est nécessaire. Cependant, une fois la maladie présente et que les conditions sont favorables à l’infection elle peut rapidement prendre des proportions importantes et des mesures strictes sont requises pour l’enrayer. En régie biologique, les pourritures d’été incluant la pourriture amère sont reconnues comme une limite à l’adoption de ce mode de production parce que les outils disponibles ne suffisent pas toujours à contenir la maladie.

Assainissement

Même si le champignon est souvent présent dans l’environnement, l’élimination des sources d’inoculum (chancres, branches mortes, fruits au sol et momifiés, etc.) demeure la méthode privilégiée pour réprimer cette maladie et son efficacité est reconnue depuis très longtemps4. L’assainissement en verger est efficace parce que les spores sont normalement éclaboussées sur de courtes distances. Les sources les plus à risque et qui doivent être priorisées pendant l’hiver sont les branches mortes, notamment celles affectées par le feu bactérien36, et les momies dans les arbres. L’enlèvement des fruits pourris à mesure qu’ils apparaissent peut aider quand les symptômes sont visibles tôt en saison (juin ou juillet) mais comme les spores peuvent perdurer sur les autres fruits à l’état quiescent, cette mesure n’est probablement pas rentable plus tard en cours d’été. De même, l’enlèvement rapide des branches récemment affectées par le feu bactérien aura un avantage double en diminuant la propagation du feu et en minimisant la propagation de Colletotrichum. Après la récolte, l’enlèvement26 des fruits pourris au sol ou au minimum leur destruction par fauchage est essentielle. Maintenir un couvre sol de graminées sans mauvaises herbes à feuilles larges pourrait aussi réduire la possibilité d’établissement du champignon pathogène. Éliminer toutes les sources d’inoculum n’est pas possible, mais réprimer la maladie sans réduire les sources locales de spores est très difficile36.

Atténuation des stress

Avant les périodes de chaleur intense, la réduction du stress hydrique (irrigation), des stress chimiques (bouillies pesticides) et éviter la taille des cultivars à maturité pourraient aussi diminuer les problèmes. Bien que ces facteurs ne soient pas confirmés, il est possible que l’utilisation de filets (ex. : anti-grêle) qui limitent aussi les risques d’échaudure ou des applications de Kaolin ou d’autres écrans solaires appliqués avant les épisodes de stress puissent réduire la sévérité des attaques. En présence de stress hydrique, même les meilleurs traitements fongicides ne sont pas efficaces pour réprimer la pourriture amère30.

Fertilisation

Les risques de pourriture amère augmentent avec la concentration en azote des fruits37. Évitez les apports d’azote après la nouaison. À l’inverse, les risques diminuent avec la concentration en bore37. Des applications régulières de bore pourraient donc inhiber la maladie. En dehors des périodes de stress, des applications régulières de chlorure de calcium (CaCl2) à un taux faible (environ 5 kg/ha) se sont avérées aussi efficaces que des traitements fongicides38 pour réprimer la pourriture amère. Les traitements durant la saison peuvent aussi diminuer la sortie des symptômes durant l’entreposage39. Dans certaines études, on note moins de dommage de brûlure sur les arbres traités au chlorure de calcium40 et il est possible que cet effet soit responsable de la protection contre la pourriture amère. Le nitrate de calcium ne serait pas efficace41. Le nitrate de calcium et les formulations de chélatés pourraient même favoriser d’autres maladies à la surface des fruits42.

Traitements fongicides

Comme la pourriture amère est pratiquement la seule pourriture rapportée et que nos conditions sont moins propices que celles rencontrées plus au sud, les applications de fongicides « mur à mur » préconisées chez nos voisins immédiats43 ne sont pas utiles sous nos conditions.

Les traitements fongicides appliqués pour réprimer la tavelure en été réduisent partiellement la pourriture amère. Cependant quand les conditions climatiques favorisent la maladie, l’intervalle entre les applications est souvent trop important pour ralentir l’épidémie. Quand tous les facteurs sont réunis, des traitements aux deux semaines à partir du début juin jusque pendant la récolte peuvent être nécessaires, toutes chimies confondues. En absence d’autres mesures de contrôle, des traitements plus fréquents pourraient être requis.

Différents produits sont efficaces contre la pourriture amère, incluant les EBDC (mancozeb, metiram, ferbam), le Captan44, les strobilurines (QoI)36, les SDHI36 (Aprovia, Fontelis, Luna, Sercadis) etc. Certains fongicides (Allegro et Pristine) sont spécifiquement homologués pour des traitements estivaux contre cette maladie. Cependant, ces deux produits sont proscrits en production PFI. De plus, selon le moment de l’application ils ne sont pas nécessairement plus efficaces que les produits à moindre coût12. Le phosphonate, le pyrimethanil26 (Scala) et les inhibiteurs d’ergostérols44 ne sont pas très efficaces.

En production biologique, le cuivre2,4 (oxychlorure seulement) est efficace. Le soufre26 incluant la bouillie soufrée4, le fongicide biologique Serenade Max (Bacillus subtilis) ont une efficacité variable12,45.

La meilleure option fongicide en PFI demeure les applications ciblées de Captan à la veille des périodes de grande chaleur et renouvelées aux 10-14 jours selon le risque. Aucun traitement n’est efficace contre cette maladie après 55 mm de pluie8. Lorsque les conditions pour l’infection sont présentes, des traitements peuvent être nécessaires assez tard pendant la récolte8. Les traitements en post récolte (fludioxonil, Scholar) n’ont qu’un effet limité si l’infection a eu lieu plusieurs jours avant la récolte8.

Aucun traitement fongicide ne peut arrêter le développement des symptômes déjà visibles. Comme la pourriture amère observée en Amérique ne se déclare que rarement en entrepôt, les traitements en dehors des périodes de risque à la veille de la récolte ou en post récolte ne sont donc pas généralement utiles. En absence de symptômes au moment de la récolte, il est possible de traiter les pommes à l’eau chaude dès la sortie des chambres et éviter l’apparition des symptômes. Cette approche est fréquente en production biologique en Europe46.

Stress associés aux bouillies pesticides

À l’inverse du cuivre usuel (oxychlorure), l’hydroxyde de cuivre appliqué au cours de l’été même à dose relativement faible (environ 500 g métal/ha) peut augmenter l’incidence de la pourriture amère, probablement parce que cette formulation est trop agressive sur les fruits12.

 
* La taxonomie de ce genre de champignon est complexe et les noms d’espèces rapportés dans la littérature ne sont pas toujours fiables. Certains auteurs réfèrent à C. acutatum et C. gloeosporioides sensu lato qui sont inclusifs de plusieurs espèces. Des noms d’espèces plus anciens comme Gloeosporium fructigenum sont aussi rapportés dans les articles.

 

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Cette fiche est une mise à jour de la fiche originale du Guide de référence en production fruitière intégrée à l’intention des producteurs de pommes du Québec 2015. © Institut de recherche et de développement en agroenvironnement. Reproduction interdite sans autorisation.

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Depuis quelques années, on aperçoit dans quelques vergers de pommiers une pourriture surprenante des fruits qui apparaît en plein été. La pourriture amère (bitter rot) est une maladie sporadique mais qui est rapportée depuis plus d’un siècle1–4 et qui peut malheureusement prendre des proportions importantes certaines années. Cette maladie est parfois considérée comme la plus dommageable sur pommiers parce qu’elle peut causer la perte entière de la récolte. La pourriture amère est présente dans plusieurs pays producteurs de pommes1, mais en Amérique la maladie était jadis confinée aux régions au sud des Etats-Unis5 où elle est contrôlée par l’élimination des symptômes et des applications répétées de fongicides en été6. Au cours du temps, la maladie est devenue de plus en plus fréquente au nord et est même devenue une maladie prioritaire en Ontario7. Au Québec, elle est passée rapidement d’anecdotique, à préoccupante dans des vergers sous régie biologique mais aussi en PFI.

Étiologie (cause)

La pourriture amère est causée par différentes espèces de champignons microscopiques appartenant au genre Colletotrichum. Ces champignons qui sont très fréquents en nature causent une maladie qui s’appelle l’anthracnose sur la plupart des plantes (à l’exception du pommier) qui peut prendre différentes formes. L’épidémiologie diffère considérablement d’une plante à l’autre pour un même champignon. Les différentes espèces de Colletotrichum ne sont pas très spécifiques à leur hôte et coexistent sur les plantes. Le genre Colletotrichum est complexe et évolutif ; conséquemment la taxonomie et la gamme d’hôtes par espèce ne sont donc pas entièrement résolus8,9.

Néanmoins, plusieurs espèces sur pommiers sont maintenant bien connues et regroupés à l’intérieur de deux complexes d’espèces; C. acutatum8 et C. gloeosporiodes9 mais qui sont variables selon les pays (Tableau) et difficilement différentiables sans outils moléculaires. L’espèce ou les espèces impliquées au Québec ne sont pas connues, mais incluent probablement C. fioriniae. Même si C. acutatum et C. gloeosporioides partagent certains traits, leurs différences notamment pour leur température préférentielle et leur sensibilité aux fongicides pourraient avoir un impact pour la lutte, par exemple pour établir le meilleur moment des traitements10 et le choix des produits11.

Les espèces sur pommier s’attaquent à une gamme variée de plantes cultivées tant localement (bleuets, fraises, pommiers, etc.) qu’à l’étranger (amandes, avocats, pêches, etc). Sur poiriers, la maladie est moins fréquente en Amérique3,8 mais est rapportée en Chine12. À part les plantes cultivées, les espèces sur pommiers s’attaquent à une gamme variée de plantes indigènes et introduites et aussi parfois à des insectes13 et à d’autres organismes14. Par contre, il semble acquis qu’elles ne s’attaquent pas aux graminées14,15.

Les espèces impliquées sont plus ou moins spécialisées selon les symptômes qu’elles provoquent. Par exemple, C. acutatum ne produit jamais de symptômes sur le feuillage des pommiers alors que c’est le cas dans certains pays pour C. gloeosporioides. Les espèces de C. gloeosporioides sont aussi plus agressives sur fruits11. Sur les fruits, on distingue la pourriture amère qui apparait généralement avant la récolte, des pourritures qui se déclarent durant l’entreposage, appelées aussi Gloéosporioses. Les gloeosporioses sont fréquentes en Europe16 mais assez rares au Québec et sont généralement associées à d’autres champignons.17 Toutes ces maladies peuvent être facilement confondues sur la base des symptômes, mais la pourriture amère se distingue par une apparition avant récolte.

 

 

Symptômes sur pommiers Groupe (sensu lato) Champignon Pays rapportés pour les espèces sur pommiers Autres hôtes cultivés atteints (exemples)
Fruits seulement C. acutatum C. acerbum Nouvelle Zélande
  C. fioriniae (Glomerella acutata) Corée, Italie, Nouvelle-Zélande, Pays-Bas, USA amandier, avocatier, bleuet, fraisier, framboisier, manguier, pêcher, olivier, poirier, tomate
  C. godetiae Pays-Bas amandier, fraisier, framboisier, merisier, olivier, noyer, tamarillo
C. nymphaeae Brésil, Corée, USA fraisier, olivier
  C. pyricola Nouvelle Zélande poirier
C. salicis Allemagne, Nouvelle Zélande fraisier, tomate, saule
C.gloeosporioides(Musae clade) C. alienum Nouvelle Zélande avocatier
Fruits et parfois feuillage (Glomerella leaf spot, GLS18)   C. fructicola(Glomerella cingulata) Australie, Brésil, Chine, USA avocatier, caféier, fraisier, nachi, poirier
  C. siamense USA avocatier, caféier, fraisier, pistachier, poivron, vigne
  C. theobromicola USA11

Apparition des symptômes

La pourriture des fruits est favorisée par les étés chauds, humides et pluvieux. Les fruits peuvent être infectés tout au long de la saison, de la floraison19 à la récolte. Cependant, la plupart des symptômes apparaissent en cours d’été souvent à la suite de conditions chaudes et orageuses. Les premiers symptômes sont assez discrets. Au début, de petites taches circulaires grises ou brunes et peu distinctives apparaissent sur les fruits,1 mais pas nécessairement en lien avec les lenticelles. Ces premiers symptômes peuvent être facilement confondus avec d’autres dommages comme la cochenille de San Jose20 ou même une phytotoxicité au cuivre.

 

Par la suite, des lésions circulaires beiges superficielles se forment et s’agrandissent à mesure que le champignon cause une pourriture de la chair du fruit. Le nombre de lésions par fruits peut être très variable. Dans certains cas, le fruit peut être couvert de petites lésions qui progressent peu, mais la plupart du temps le fruit est atteint de quelques lésions qui progressent rapidement3, pouvant atteindre 3cm en moins d’une semaine.4 Quand la pomme est tranchée, la progression de la pourriture vers le cœur est souvent en forme de « V » (conique). Quoique caractéristique, ce symptôme n’est pas universel. Quand la température est très élevée, les fruits peuvent se ratatiner, pourrir entièrement et tomber au sol ou alors se momifier et rester collés sur l’arbre3. Quand la progression est retardée par du temps plus froid, une marge pourpre apparaît à la marge des symptômes.

 

À la surface des lésions, des cercles concentriques formés de petites structures appelées acervules apparaissent assez tôt pendant la progression des symptômes1. Parfois, les acervules ne suivent pas ce patron et sont plutôt aléatoires3. Lorsque les conditions sont très favorables à la sporulation, soit une humidité très élevée et une température entre 20° et 30°C, une masse gélatineuse rose-orangée ou saumon peut être libérée par les acervules à la surface des fruits. Cette masse de spores (conidies) prend rapidement une allure plus croûtée et racornie par temps sec. La sporulation est un signe caractéristique fiable de l’infection par Colletotrichum. La pourriture noire des fruits (Botryosphaeria sp.) cause des symptômes similaires, mais sans cette sporulation particulière. Les symptômes plus âgés des 2 maladies sont noirs et impossibles à différencier. Sur le bois, les symptômes sont difficiles à distinguer. De plus le champignon colonise souvent des branches affectées par d’autres maladies.

 

Épidémiologie

Survie hivernale au verger

Les fruits infectés laissés au sol, tous les fruits momifiés et restés dans l’arbre 2 ou tombés au sol1, les pédoncules accrochés aux arbres1, les bourgeons à fruit16, les chancres associés à plusieurs maladies (ex :feu bactérien1,5, pourriture noire, chancre européen, dépérissement nectrien) et les diverses branches mortes laissées dans les arbres1,2 peuvent héberger Colletotrichum et maintenir des sources de spores résidentes du verger, parfois pendant plusieurs années. Comme les sources au sol peuvent se décomposer et ne permettent pas des éclaboussements de spores aussi importants que les sources dans les arbres, elles sont moins inquiétantes.

 

photo = Dépérissement nectrien dans l’arbre hébergeant Colletotrichum, à l’origine de la pourriture amère sur le fruit à proximité (Y. Morin).

Autres modes de survie.

Sur les feuilles mortes et sur le sol, le champignon peut survivre assez longtemps quand les conditions sont sèches, mais meurt rapidement dès que le sol ou la litière sont humidifiés et colonisés par d’autres micro organismes. Ce n’est donc pas un mode de survie significatif pour passer l’hiver. De plus, même si certaines espèces du champignon (Glomerella acutata, G. cingulata) peuvent produire à l’occasion des ascospores à l’intérieur de périthèces sur les surfaces atteintes (reproduction sexuée, stade parfait), cette phase de la maladie est rarement rapportée en nature pour G. acutata11 et ne contribue probablement pas non plus de façon significative à l’épidémiologie de la maladie sous nos conditions2,14. Finalement, C. fioriniae qui est probablement l’espèce la plus fréquente sur pommiers peut aussi infecter et tuer la cochenille de la pruche13. Son association à des écosystèmes forestiers via des insectes laisse donc présager d’autres modes de survie.

 

Dissémination et survie estivale

Les spores produites sur les différents hôtes de ce champignon, incluant les pommes affectées, peuvent se propager par éclaboussement, la plupart du temps à la faveur des pluies. Lors d’orages violents, la pluie entrainée par le vent peut disséminer les spores sur d’assez grandes distances et coloniser d’autres cultures incluant les vergers où la maladie était absente. Les insectes attirés par la masse gélatineuse de spores sur les fruits peuvent aussi accidentellement aussi transporter les spores4.

Les spores qui sont disséminées en cours de saison peuvent survivre assez longtemps sur les surfaces où elles atterrissent sans nécessairement provoquer de symptômes. On parle alors d’infections quiescentes ou latentes qui peuvent par la suite se développer (ou non) si les conditions sont favorables. Parfois le champignon produit même des spores sans passer par une infection et survit donc discrètement, le plus souvent sur des feuilles (épiphyte).14 Le champignon se nourrit alors sans nuire à la plante qui l’héberge (biotrophe). Ainsi, d’autres plantes malades ou non comme les pommiers pollinisateurs, les champs de fraisiers avoisinants, des arbres comme le marronnier21 et même les mauvaises herbes peuvent être impliquées et servir en tant que réservoirs d’inoculum en cours de saison.

 

Infection des fruits

Comme l’agent pathogène est endémique dans plusieurs vergers et que la maladie est sporadique5, il faut conclure que l’arrivée des spores de ce champignon à la surface d’un fruit sain suite à une pluie ne suffit pas pour provoquer la pourriture des pommes. Pour que la maladie se déclare, le champignon doit changer de personnalité sur le fruit et passer d’un état bénin (biotrophe) à malin pour entamer l’infection des tissus et causer la pourriture (nécrotrophe). Cette double identité (hémibiotrophe) est complexe et les conditions qui favorisent le passage d’un état à l’autre sont assez mal connues. Dans les régions où la maladie est sporadique, les années favorables à la maladie sont caractérisées par des étés anormalement chauds5. La pourriture commence à apparaître quand la température moyenne est au dessus des normales pour plusieurs jours. Les symptômes sont beaucoup plus fréquents (18x) sur la face exposée des fruits que sur la face ombragée et les fruits au pourtour des arbres sont plus infectés que les arbres au centre des arbres22. Or, les spores survivent très bien à l’exposition au soleil23. Par ailleurs, la température à la surface des fruits peut facilement atteindre 50°C quand la température extérieure monte à 35°C. Il est donc possible que le stress hydrique, l’insolation (échaudure) et globalement les dommages liés à la chaleur21 rendent les fruits plus sensibles à l’infection et que les spores présentes soient activées dans ces conditions.

Ainsi, une taille estivale alliée à un déficit d’irrigation qui précéderait immédiatement une vague de chaleur pourraient stresser la peau des fruits et permettre l’infection par le champignon, alors les fruits non stressés peuvent demeurer exempts de maladie. D’autres stress comme les applications répétées de certaines formulations de calcium ou de soufre pendant les périodes de chaleur sont possiblement impliqués, quoique les applications de calcium6,24 en dehors de ces périodes sont reconnues bénéfiques pour réduire la maladie. Le calcium interagit avec les mécanismes de défense de la plante et inhibe l’activité enzymatique de dégradation du champignon24.

Suite à un premier stress, les infections subséquentes seraient favorisées par l’augmentation des sources de spores21. Les spores déposées sur des fruits abimés par des insectes, la grêle ou autrement provoquent rapidement des infections. En absence de stress, de très longues périodes d’humectation des fruits (plus de 24 h à 21°C) sont requises pour provoquer l’infection22.

 

 

Cultivars et moment de l’infection

La plupart des cultivars sont sensibles à cette maladie. La Rome Beauty, la Délicieuse rouge et Fuji seraient tolérants2,25 alors que la Ginger Gold et la Honeycrisp26 seraient particulièrement sensibles25. Cependant, les attaques sont plus fréquentes sur les cultivars hâtifs (ex : Paulared), probablement parce que les fruits qui gagnent en maturité sont plus sensibles quand il fait chaud. La baisse de la température à l’approche de la récolte est habituellement un frein important pour la propagation de la maladie. Des problèmes de pourriture amère sont parfois rapportés dans les cultivars tardifs (ex : Empire), mais le plus souvent dans des secteurs de vergers déjà affaiblis par d’autres facteurs (ex : gel hivernal). Lors d’automnes chauds les infections à la veille de la récolte peuvent provoquer l’apparition de symptômes qui n’apparaitront que quelques jours après la sortie de l’entreposage. Cependant, la maladie ne serait pas transmise pendant l’entreposage.

 

Mécanismes d’infection

Au moment de la transition de biotrophe inoffensif à nécrotrophe aggressif, le champignon augmente localement le pH en produisant de l’ammoniaque, d’où le goût « amer » parfois associé à la chair pourrie par le champignon. Comme le changement de pH intervient après l’infection, il est peu probable que des traitements acidifiants puissent à eux seuls réduire l’incidence de la pourriture amère.

 

Moyens de lutte :

Dans la plupart des vergers cette maladie est absente et aucune mesure particulière n’est nécessaire. Cependant, une fois la maladie présente et que les conditions sont favorables à l’infection elle peut rapidement prendre des proportions importantes et des mesures strictes sont requises pour l’enrayer.

Assainissement

Même si le champignon est souvent présent dans l’environnement, l’élimination des sources d’inoculum (chancres, branches mortes, fruits au sol et momifiés, etc) demeure la méthode privilégiée pour réprimer cette maladie et son efficacité est reconnue depuis très longtemps4. L’assainissement en verger est efficace parce que les spores sont normalement éclaboussées sur de courtes distances. Les sources les plus à risque et qui doivent être priorisées pendant l’hiver sont les branches affectées par le feu bactérien26 et les momies dans les arbres. L’enlèvement des fruits pourris à mesure qu’ils apparaissent peut aider quand les symptômes sont visibles tôt en saison (juin ou juillet) mais comme les spores peuvent perdurer sur les autres fruits à l’état quiescent, cette mesure n’est probablement pas rentable plus tard en cours d’été. De même, l’enlèvement rapide des branches récemment affectées par le feu bactérien aura un avantage double en diminuant la propagation du feu et en minimisant la propagation de Colletotrichum. Après la récolte, l’enlèvement des fruits pourris au sol ou au minimum leur destruction par fauchage est essentielle. Maintenir un couvre sol de graminées sans mauvaises herbes à feuilles larges pourrait aussi réduire la possibilité d’établissement du champignon pathogène. Éliminer toutes les sources d’inoculum n’est pas possible, mais réprimer la maladie sans réduire les sources locales de spores est très difficile26.

 

Atténuation des stress

Avant les périodes de chaleur intense, la réduction du stress hydrique (irrigation), des stress chimiques (bouillies pesticides) et éviter la taille des cultivars à maturité pourraient aussi diminuer les problèmes. Bien que ces facteurs ne soient pas confirmés, il est possible que l’utilisation de filets (ex : anti-grêle) qui limitent aussi les risques d’échaudure ou des applications de Kaolin ou d’autres écrans solaires appliqués avant les épisodes de stress puissent réduire la sévérité des attaques.

 

Traitements réguliers de calcium

En dehors des périodes de stress, des applications régulières de chlorure de calcium (CaCl2) à un taux faible (0,33kg /100 L au fusil soit environ 5kg/ha) se sont avérées aussi efficaces que des traitements fongicides28 pour réprimer la maladie. Le nitrate de calcium ne serait pas efficace27.

 

Traitements fongicides

Les traitements fongicides appliqués pour réprimer la tavelure en été réduisent partiellement la pourriture amère. Cependant quand les conditions climatiques favorisent la maladie, l’intervalle entre les applications est souvent trop important pour ralentir l’épidémie. Quand tous les facteurs sont réunis, des traitements aux deux semaines à partir du début juin jusqu’à la récolte peuvent être nécessaires, toutes chimies confondues. En absence d’autres mesures de contrôle, des traitements plus fréquents pourraient être requis.

 

Différents produits sont efficaces contre la pourriture amère, incluant le cuivre2,4 les EBDC (mancozeb, metiram, ferbam), le Captan29, les strobilurines (QoI)26, les SDHI26 (Luna, Merivon) etc. Certains fongicides plus récents (Allegro et Pristine) sont spécifiquement homologués pour des traitements estivaux contre cette maladie, mais en l’absence de balises les traitements ne sont pas toujours plus efficaces que les produits à moindre cout10. De plus, ces deux produits sont proscrits en production PFI. La bouillie soufrée4, les inhibiteurs d’ergostérols29 ne sont pas très efficaces. Le fongicide biologique Serenade Max (Bacillus subtilis) a une efficacité variable10,30.

La meilleure option fongicide en PFI demeure les applications ciblées de Captan à la veille des périodes de grande chaleur et renouvelées aux 10-14 jours.

Aucun traitement fongicide ne peut arrêter le développement des symptômes déjà visibles. Les traitements à la veille de la récolte ou en post récole ne sont donc pas généralement utiles contre la pourriture amère. Cependant, en absence de symptômes au moment de la récolte il est possible de traiter les pommes à l’eau chaude dès la sortie des chambres et éviter l’apparition des symptômes. Cette approche est fréquente en production biologique en Europe31.

 

Stress associés aux bouillies pesticides

Le cuivre (hydroxide) appliqué à dose faible (environ 500g métal/ha) au cours de l’été peut augmenter l’incidence de la pourriture amère10.

 

* La taxonomie de ce genre de champignon est complexe et les noms d’espèces rapportés dans la littérature ne sont pas toujours fiables. Certains auteurs réfèrent à C. acutatum et C. gloeosporioides sensu lato qui sont inclusifs de plusieurs espèces. Des noms d’espèces plus anciens comme Gloeosporium fructigenum sont aussi rapportés dans les articles.

Références

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