RIMpro éclaircissage : un nouvel outil pour planifier l’éclaircissage

L’éclaircissage est une étape importante de la production de pommes qui consiste à éliminer une partie de la charge potentielle en fruit afin de garantir la qualité (calibre et couleur de fruits, etc.) et la stabilité de la production année après année. Pour plusieurs pomiculteurs, cette tâche  est un véritable casse-tête. Ceci n’est pas étonnant quand on sait que plus de 15 facteurs influencent l’efficacité d’un traitement d’éclaircissage dont les principaux sont : le cultivar, les conditions météo (température et luminosité) avant et au moment du traitement, le produit utilisé et la période d’intervention. La plateforme RIMpro utilisée depuis plusieurs années au Québec pour la gestion de la tavelure et plus récemment pour le feu bactérien, propose maintenant un nouveau modèle pour l’éclaircissage des fleurs et des fruits qui intègre certains de ces facteurs.

Comme pour les ravageurs et les maladies, le modèle d’éclaircissage RIMpro ne peut prévoir l’intensité de l’éclaircissage qui doit être appliquée à une parcelle en particulier. Il permet toutefois d’illustrer à quel moment les pommiers seront plus sensibles à l’éclaircissage chimique.

Comment fonctionne le modèle RIMpro pour l’éclaircissage floral

Le modèle d’éclaircissage floral de RIMpro s’appuie sur le concept de période de pollinisation efficace (Sanzol, J. et M. Herrero, 2000) et d’un modèle de sur la croissance des tubes polliniques développé aux États-Unis (Yoder et al. 2012).

À partir de la date de début de floraison, le modèle simule l’ouverture de nouvelles fleurs tous les jours. Dès que la température du jour atteint 10 ° C, ces fleurs sont considérées comme pollinisées. C’est-à-dire qu’on suppose que les insectes polinisateurs sont présents dans le verger et qu’ils vont transporter le pollen de l’organe mâle d’une fleur (anthère au sommet des étamines) vers l’organe femelle d’une autre fleur (le style au sommet du pistil). Il faut ensuite une période plus ou moins longue, selon la température et les variétés, pour la formation et la croissance d’un tube pollinique qui déposera le grain de pollen dans l’ovaire pour qu’il y ait fécondation (figure 1).

Figure 1. La croissance du tube pollinique permet le transport du grain de pollen jusqu’à l’ovule. Cliquez pour grossir

La figure 2 montre un exemple du graphique de RIMpro éclaircissage avec la croissance des tubes polliniques représentée par des lignes descendantes bleues.  Le modèle indique quand 10, 50 et 90% du pollen a atteint et fécondé les graines dans l’ovaire. Si la température est trop froide, la croissance des tubes polliniques sera trop lente et toutes les graines ne pourront pas être atteintes à temps. Ces fruits ne seront donc pas fécondés ou de façon incomplète et auront plus de chance de tomber, comme dans l’exemple de la figure entre le début et la pleine floraison.

Figure 2. Exemple du graphique Rimpro éclaircissage traduit en français. Cliquez pour grossir

Comment utiliser le modèle pour l’éclaircissage des fleurs

Pour planifier un éclaircissage floral, il faut avant tout évaluer la charge optimale en fruits des arbres d’une parcelle. La méthode TCA (Trunck Cross-sectional Area) ou le gabarit Équili-fruit expliqués en détail dans la fiche 43 du guide PFI peuvent être utilisés pour déterminer le nombre de fruits visé par arbre. À titre indicatif, dans les vergers de pommier nains en haute densité elle devrait se situer autour de 150 fruits par arbre(un peu plus ou moins selon les variétés et le gabarit des arbres).

Un suivi méticuleux de la floraison est ensuite important. Il faut tout d’abord indiquer au modèle la date d’ouverture de la première fleur. Ensuite, on fera une estimation de la date à laquelle le nombre de fleurs souhaitées par arbre sont ouvertes (exemple environ 150 fleurs ouvertes ou toutes les fleurs reines).  À partir du moment où le nombre de fleurs visées sont ouvertes, on peut suivre la ligne bleue qui indique la croissance des tubes polliniques des fleurs qui sont ouvertes ce jour-là. Lorsque celle-ci atteint la ligne de 50%, vous devriez avoir assez de fruits pour une récolte optimale. À cette date, vous pouvez commencer à appliquer des produits pour l’éclaircissage des fleurs, tels que le thiosulfate d’ammonium (ATS) ou la bouillie soufrée, afin d’éliminer toutes les fleurs excédentaires.

Dans l’exemple de la Figure 3, la floraison a débuté le 29 mars. Le 1eravril, plus de 150 fleurs étaient ouvertes. Le 4 avril les tubes polliniques de ces fleurs ont atteint la ligne de 50% floraison (flèche jaune). La fécondation est considérée comme complétée et le traitement d’éclaircissage chimique sur les fleurs peut être appliqué dès le 4.

Figure 3. Exemple du modèle RIMpro éclaircissage pour la station de Pradacci-Trentino en Italie en 2017. Cliquez pour grossir

La figure 4 montre un exemple différent où la floraison a commencé le 13 avril. Le développement des tubes polliniques a été retardé par les basses températures et des gelées nocturnes. Plusieurs jours ne convenaient pas à la pollinisation par les insectes et la croissance des tubes polliniques était au ralenti. Dans cette situation, l’éclaircissage des fleurs n’est pas conseillé.

Figure 4. Exemple du modèle RIMpro éclaircissage pour la station de Randwijk aux Pays-Bas. Cliquez pour grossir.

Comment fonctionne le modèle RIMpro pour l’éclaircissage des fruits
La partie du modèle RIMpro sur l’éclaircissage des fruits s’inspire du modèle de prédiction de la réponse aux éclaircissants chimiques en fonction du bilan glucidique MaluSim, développé par Alan Lakso aux États-Unis (Lakso, N.A, 2011 et  Robinson et Lakso 2011). Le modèle RIMpro intègre également la sensibilité des fruits selon leur calibre.

  • Sensibilité aux agents éclaircissants en fonction du calibre des fruits :

Les fruits sont sensibles aux produits éclaircissants environ 6 à 35 jours après la pleine floraison. Les étiquettes des produits d’éclaircissage des fruits indiquent le moment optimal en fonction du nombre de jours après la pleine floraison ou en mm de la taille du fruit. RIMpro considère que les fruits entre 8 et 14 mm sont les plus sensibles aux agents éclaircissants avec un maximum entre 10 et 12mm, après quoi elle diminue (Trapman, M. 2018). Il est donc important de tenir compte de la taille des fruits pour effectuer son traitement d’éclaircissage. Toutefois, si on se fie seulement au calibre des fruits, la réponse au traitement d’éclaircissage est imprévisible et peut être plus ou moins importante en raison du bilan des glucides.

  • Sensibilité selon le bilan des glucides :

Depuis quelques années nous savons également que la sensibilité des fruits aux traitements d’éclaircissage chimique est influencée par le bilan des glucides. Durant le jour, les feuilles utilisent l’énergie lumineuse pour produire des sucres (glucides) via la photosynthèse. Les arbres utilisent ces sucres pour la respiration cellulaire (particulièrement la nuit) et leur croissance. La température et la lumière influencent la quantité de sucres produits (via la photosynthèse) tandis que la consommation en sucredépend de la température et de la charge en fruits. Ainsi, des températures élevées durant la nuit (respiration élevée des bouquets) une faible luminosité le jour et une nouaison élevée provoqueront une demande élevée en glucides, qui rend les pommes plus sensibles à l’éclaircissage (elles tomberont plus facilement). À l’inverse, des températures fraîches durant la nuit (faible respiration), des journées ensoleillées et une faible nouaison sont des conditions qui favorisent la production de glucides (faible demande) et rendent les arbres plus difficiles à éclaircir (les pommes seront plus fortement accrochées). Étant données que les conditions météo (température, luminosité) varie tous les jours, le bilan de glucide peut être positif (surplus de glucide) ou négatif (déficit de glucide) et c’est ce bilan qui influencera la sensibilité des fruits aux éclaircissants chimiques.

RIMpro considère le calibre des fruits et le bilan des glucides

RIMpro calcule et prévoit la croissance des fruits en fonction de la température de l’air. Celle-ci est représentée par une ligne noire fine et une zone rose dans la partie supérieure du graphique (figure 4). La sensibilité des fruits en fonction de leur calibre est représentée par une ligne noire plus large dans cette même partie du graphique avec un maximum lorsque les fruits ont un diamètre de 10 à 12 mm.

La partie inférieure du graphique illustre la production nette de glucides durant le jour en vert et la consommation nette de glucides durant la nuit en rouge. Une ligne noire indique le bilan net de glucides pour les prochaines 96 heures.

RIMpro illustre l’effet combiné de la sensibilité en fonction du calibre et du bilan de glucides par la zone en rouge sous la courbe dans la partie supérieure du graphique.

Comment utiliser le modèle pour l’éclaircissage des fruits

Lors de journées indiqués par le modèle comme étant très sensibles à l’éclaircissage des fruits, on peut s’attendre à ce que l’effet des agents éclaircissants soit important. À l’opposé, dans les parcelles qui nécessitent peu d’éclaircissage, il faudrait éviter d’intervenir lors de ces journées à moins de réduire la dose de produit.

Les agents traditionnels d’éclaircissage des fruits augmentent la compétition entre les fruits et les pousses pour les glucides et favorisent ainsi la chute des fruits. Lorsqu’ils sont appliqués les jours où la sensibilité à l’éclaircissage est très élevée et que les conditions météorologiques sont favorables à l’absorption des produits (conditions de séchage lentes: température supérieures à 15C, humidité relative élevée, vent faible ou absence de vent, soirée ou faible luminosité), l’éclaircissage est très efficace. Lorsque les applications doivent être effectuées les jours où la sensibilité à l’éclaircissage est plus faible et / ou les conditions météorologiques moins favorables, la dose de produit doit être augmentée afin d’assurer l’efficacité du traitement.

Exemple de Pradacci, Italie (figure 3): 
La courbe de sensibilité à l’éclaircissage en fonction du calibre montre une sensibilité élevée à l’éclaircissage entre le 14 et le 25 avril. Durant cette période, la sensibilité la plus élevée en fonction du bilan de glucides se produit le 16 avril et le 25 avril.

Exemple de Randwijk, Pays-Bas (figure 4):
La période de sensibilité la plus élevée en raison du calibre et du bilan de glucides est le 16 mai. Si le traitement est effectué entre le 12 et le 18 mai il faudrait réduire la dose.

Saison d’éclaircissage 2018 :

Les habitués du bilan glucides qui était publié suite au travail acharné de l’agronome Paul Émile Yelle pourront le consulter en continu sur le  modèle RIMpro éclaircissage sur le site internet du réseau pommier (reseaupommier.irda.qc.ca). Nous en profitons pour le remercier pour ce travail. Étant donné que les stations météorologiques ne sont pas toutes munies de capteurs de rayonnement global, les données sur le rayonnement sont tirées des prévisions à court terme de MeteoBlue pour les stations de Franklin, Mont Saint-Grégoire, Frelighsburg, St-Paul d’Abbotsford, Compton, Ste-Famille et Saint-Antoine-de-Tilly.

Un suivi du modèle sera effectué à l’aide d’essais comparés qui vous seront  communiqués dans les prochaines années.

Si vous avez des questions ou des commentaires vous pouvez me contacter :

Evelyne Barriault, agr.
evelyne.barriault@mapaq.gouv.qc.ca
MAPAQ St-Jean sur Richelieu 450-347-8341 poste 4286

 

Références:

Lakso, A.N. 2011. Early fruit growthand drop. The role of carbon balance in the apple tree. Proc. IX th IS on Orchard Systems. Acta Hort. 903. ISHS 2011.

Robinson, T.L. et A. Lakso, 2011. Predicting Chemical thinner response with a carbohydrate model. Proc. IX th IS on Orchard Systems. Acta Hort. 903. ISHS 2011.

Sansol, J. M, Herrero. 2001. The effective pollination period in fruit trees. Scientia Horticulturae 90 (1-17)

Trapman, M. 2018. The RIMpro Fruit Thinner. A practical tool to optimize fruit and flower thinning. Bulletin aux abonnés.

Yoder, K.S., G.M. Peck, L.D. Combs et R.E. Byers. 2012.  Using a pollen tube growth model to improve apple bloom thinning for organic production . Acta Hort.1001.23.

La fertilisation sans nuire à la phytoprotection

Les apports requis d’azote et de calcium sont essentiels pour obtenir des rendements de qualité. Cependant, la fertilisation des arbres peut compliquer la gestion des ravageurs et en particulier des maladies. Ce bulletin sur l’azote et le calcium a pour but de présenter une approche de fertilisation qui répond à la fois aux impératifs physiologiques des arbres, sans pour autant augmenter les problèmes de maladies et des insectes. Ce bulletin est complémentaire à la fiche 37du guide PFI.

Azote (N)

L’azote doit être disponible à l’arbre au moment de la floraison et très tôt pendant la période de croissance. Pendant l’été, les effets négatifs de l’azote sont plus importants que les effets positifs. Par exemple, l’azote disponible à l’arbre tardivement retarde la formation du bourgeon terminal, ce qui augmente les problèmes de tavelure secondaire, de feu bactérien et de pucerons notamment. Les excès d’azote en été ont également des effets physiologiques néfastes connus depuis très longtemps1sur la coloration, la fermeté, la chute prématurée et plusieurs désordres de conservation des fruits (liège, point amer, scald, brunissement vasculaire, sénescence)2,3. Les vergers en excès d’azote sont plus souvent affectés par des problèmes comme le point amer et ce malgré des traitements répétés de calcium4. De plus les arbres en excès d’azote sont plus sensibles au gel hivernal5. Pour optimiser la disponibilité de l’azote au bon moment, il faut tenir compte des réserves de l’arbre et fertiliser en conséquence, au moment opportun6. Par exemple, l’azote appliqué au sol au printemps est souvent disponible trop tard et n’est utile que pour l’année suivante. L’azote appliqué tardivement au sol est donc toujours une nuisance pendant toute la saison de croissance. Les applications foliaires tôt au printemps sont les plus efficaces au moment où l’arbre en a besoin7.

Azote au sol

En général, le nitrate de calcium est préférable au nitrate d’ammonium parce que l’apport de calcium au sol réduit l’incidence de point amer et améliore la qualité générale des fruits.4En fait, les engrais à base d’ammonium devraient être évités parce qu’ils nuisent à l’absorption du calcium2. Les fruits des parcelles traitées avec du nitrate5ou du sulfate1d’ammonium sont généralement moins colorés et moins fermes. Cependant, une application au sol très tôt en saison (avant le débourrement) d’urée (qui libère de l’ammoniaque) est encouragée pour combattre la tavelure (voir fiche 101). L’application d’une solution de 5% d’urée au sol (10 d’azote par ha pour 400L de bouillie) remplace le DAP (diammonium phosphate, environ 20 unités d’azote) et la balance requise devrait être fournie par du nitrate de calcium.

Azote foliaire

L’urée foliaire (et probablement toutes les sources d’azote) ne devrait pas être appliqué sur les arbres déjà en excès d’azote. Cependant, l’urée foliaire appliqué tôt en saison (entre le stade débourrement et la floraison) est utile à l’arbre et aide à réprimer la tavelure8,9.Lorsqu’appliqué au moment de la floraison, l’urée a aussi un léger effet d’éclaircissage10. Plus tard en saison, l’azote devrait être proscrit. Les problèmes de l’azote en été ne sont pas seulement reliés à l’urée tardif. Les applications foliaires d’azote sous toutes ses formes ne devraient pas être faites entre le stade calice et la récolte. Ainsi, même si la quantité d’azote appliquée lors des traitements de nitrate de calcium est généralement faible, les effets négatifs de l’azote restent mesurables. Suite aux traitements de nitrate de calcium, la quantité d’azote dans la pelure et la chair des fruits augmente11et a pour effet une dégradation de la couleur12et la qualité des fruits13. Par ailleurs, l’urée foliaire post récolte nourrit les bourgeons et est probablement la stratégie optimale pour fournir de l’azote aux arbres au moment où ils en ont besoin, soit au moment du débourrement pour l’année suivante.

Directives pour les traitements foliaires d’azote:

La stratégie proposée au printemps pour optimiser les bénéfices de l’azote consiste à appliquer de l’urée à répétition entre le stade pré bouton rose et le stade calice à raison de 3 kg/ha par application pour un total d’environ 5 passages (15 kg/ha d’urée donnent environ 7 unités d’azote). Mélanger l’urée à vos traitements fongicides est probablement la meilleure approche pour y arriver. Le Solubor qui est recommandé dès le stade bouton rose14est compatible en mélange avec l’urée15.

Calcium (Ca)

Le chaulage et les apports calciques au sol (ex : chaulage et nitrate de calcium) ne sont pas toujours efficaces pour augmenter la concentration en calcium des fruits16et réprimer le point amer17. Les applications foliaires de calcium durant l’été sont souvent essentielles pour prévenir le point amer (bitter pit) et d’autres désordres physiologiques (ex : scald11,18), notamment sur des cultivars comme Spartan2et HoneyCrisp19. Les apports de calcium peuvent aussi améliorer la grosseur, densité, fermeté, couleur et l’apparence générale des fruits11,18. De plus, les traitements de calcium ont aussi un effet contre les maladies. Le chlorure de calcium (mais pas les autres formes de calcium) réprime en partie la tavelure (feuilles et fruits)20, le blanc21, la suie-moucheture22et la pourriture amère22,23.

Cependant, les bénéfices des traitements de calcium ne sont pas toujours mesurables parfois parce que les apports ne sont pas optimaux. Par exemple, le calcium est mieux absorbé quand l’humidité relative est élevée et qu’il ne fait pas trop chaud. Les fruits les plus exposés aux températures élevées (évaporation élevée) absorbent moins de calcium. La dimension des fruits affecte aussi l’absorption, les fruits les plus gros absorbent moins de calcium16. Il est donc préférable de commencer les apports tôt en saison. Finalement, toute croissance végétative en été nuit à l’absorption du calcium. Favoriser la formation rapide d’un bourgeon terminal (éviter l’azote et la taille, régulateur de croissance, etc) augmente donc l’absorption du calcium.

Pour assurer un usage optimal et une pénétration suffisante de calcium, des applications répétées sont requises et les traitements doivent généralement commencer à la mi juin24. Cependant, l’absorption par les jeunes fruits est variable et la date optimale de début des traitements pourrait varier selon le cultivar25. Steve Hoying (Cornell)recommande en fait de débuter les traitements de calcium dès la chute des pétales26. Plus de 6 traitements par année peuvent être nécessaire pour en bénéficier18(ex : aux 2 semaines), mais la fréquence optimale peut être plus élevée. Il est possible d’obtenir un effet positif du calcium avec un seul traitement à deux semaines de la récolte, mais cette pratique est en général risquée (phytotoxicité, maturation plus rapide des fruits, etc)2. La pénétration du calcium peut être bonne lors des applications tardives de calcium, mais les bénéfices pour réprimer le point amer seront moindres17.

Lors des traitements foliaires, la vitesse de pénétration du calcium dans les fruits est assez constante entre 15-30°C27, mais relativement lente. Il est donc important de choisir un sel avec la pénétration la plus rapide pour éviter les pertes à cause du lessivage par la pluie.

Chlorure de calcium (CaCl2) :De toutes les formulations de calcium, le chlorure (CaCl2) vendu sous forme de flocons (77% CaCl2, soit 28-29% Ca) est la plus efficace, la moins chère et son usage est permis en production biologique28. En laboratoire, la vitesse de pénétration du CaCl2est supérieure à la vitesse de pénétration de la plupart des autres formulations de calcium, incluant les formulations commerciales plus complexes, parfois appelées « organiques » (acétate, carbonate, lactate, proprionate, nitrate)17,29,16. Cette observation s’explique par le fait que le chlorure de calcium a un point de déliquescence très faible. Autrement dit, le chlorure est très hygroscopique. En présence d’humidité il revient rapidement en solution, ce qui permet son absorption par la plante. Ces résultats ont été confirmés en verger11 ; les fruits traités avec le chlorure sont plus fermes qu’avec les autres sources de calcium. Finalement, le nitrate de calcium est plus souvent sujet à causer des dommages aux lenticelles des fruits30que le chlorure (Idared, Spartan). Pour toutes ces raisons, le chlorure de calcium a graduellement remplacé le nitrate qui était recommandé avant 19602.

Cependant, cet atout du chlorure de calcium peut devenir problématique quand la vitesse de pénétration dépasse la capacité de la plante. Le chlorure de calcium devient alors phytotoxique et cause une brulure du feuillage. La sévérité de la brulure est variable et ne porte pas toujours à conséquence. Cet effet est observé notamment lorsque la dose par hectare est excessive et que le produit est appliqué lors de conditions de séchage très lentes, lorsque la température dépasse 26-27°C, que le feuillage est déjà fragilisé par des ravageurs (ex : acariens), ou en fin de saison.11 Il faut alors ajuster la dose de chlorure de calcium à la baisse et attendre la baisse de la température en soirée avant de traiter. L’ajout de conditionneurs, adjuvants et agents mouillants peuvent également aggraver les problèmes. Ces produits ne sont pas nécessaires pour l’absorption du chlorure de calcium.

Autres formulations de calcium :Le phosphite de calcium (aussi appelé phosphonate) est une possibilité, mais tous les phosphonates laissent des résidus très persistants dans les arbres pendant des années (Voir fiche 49).

Directives pour les traitements foliaires de chlorure de calcium:

Débuter les applications entre la fin mai et la mi-juin et continuez jusqu’à la récolte en baissant graduellement la fréquence. Par exemple, chaque semaine en juin (4 applications), chaque 10 jours en juillet (3 applications) et aux deux semaines par la suite (3 applications). Les applications hâtives sont les plus efficaces contre le point amer et les applications tardives apportent les autres bénéfices17. La dose usuelle de chlorure de calcium varie selon le moment de l’application et débute à 4 kg/ha26monte à 7 kg/ha25, 9 kg/ha18et même plus17,26par traitement. Il est toujours préférable d’augmenter le nombre de traitements et diminuer la dose que l’inverse. Un programme de 72 kg/ha par saison de la formulation est recommandé (8 à 10 applications)30pour un total approximatif de 20 kg/ha de calcium par année. Par contre, en absence de pluie il n’est pas utile de renouveler un traitement encore en place. La quantité à appliquer doit être ajustée à la dimension des arbres (ex : TRV). Cependant, le volume de bouillie n’a pas d’impact sur l’absorption. Pour une même quantité par hectare, les traitements en concentré (ex : 250 L/ha) sont aussi efficaces que les traitements en dilué25,31. À raison de 1$/kg pour le chlorure de calcium, le cout des traitements (ex : 10 applications @ 4-10 kg/ha = 70$/ha) est très faible.

Notes additionnelles pour les traitements foliaires de chlorure de calcium:

Si une application de chlorure de calcium coïncide avec un traitement de APOGEE ou de KUDOS, ne pas mélanger les produits32. Traiter APOGEE ou KUDOS au moins deux ou 3 jours avant le calcium pour assurer l’efficacité du régulateur de croissance33. L’hormone sera moins efficace si elle est appliqué sur des résidus de calcium32. Le chlorure de calcium est incompatible26avec le sel d’Epsom, le Polyram et le soufre de type « poudre mouillable ». Le mélange du chlorure de calcium et du bicarbonate de potassium produit une suspension de carbonate de calcium qui est peu efficace comme source de calcium17et annule l’effet fongicide du bicarbonate34. Autrement, le chlorure de calcium peut être ajouté en mélange avec la plupart des pesticides utilisés en été. Le mélange de Solubor et de chlorure de calcium améliore la pénétration du bore30.

 

Pour terminer: Le trempage des fruits dans le chlorure de calcium après récolte a peu d’efficacité contre le point amer, mais peut réduire une partie des problèmes de sénescence2.

Références

  1. Hill, H. Foliage analysis as a means of determining orchard fertilizer requirements. Rep XIIIth Int Hort Congr Lond(1952).
  2. Bramlage, W. J., Drake, M. & Lord, W. J. The influence of mineral nutrition on the quality and storage performance of pome fruits grown in north america. Acta Hortic.29–40 (1980). doi:10.17660/ActaHortic.1980.92.4
  3. Sharples, R. O. The influence of orchard nutrition on the storage quality of apples and pears grown in the United Kingdom. Acta Hortic.17–28 (1980). doi:10.17660/ActaHortic.1980.92.3
  4. Raese, J. T., Staiff, D. C. & others. Fruit calcium, quality and disorders of apples (Malus domestica) and pears (Pyrus communis) influenced by fertilizers. Plant Nutr. Tree Physiol. Appl. Kluwer Acad. Publ. Dordr.619–623 (1990).
  5. Raese, J. T., Drake, S. R. & Curry, E. A. Nitrogen Fertilizer Influences Fruit Quality, Soil Nutrients and Cover Crops, Leaf Color and Nitrogen Content, Biennial Bearing and Cold Hardiness of ‘Golden Delicious’. J. Plant Nutr.30,1585–1604 (2007).
  6. Sugar, D., Righetti, T. L., Sanchez, E. E. & Khemira, H. Management of Nitrogen and Calcium in Pear Trees for Enhancement of Fruit Resistance to Postharvest Decay. HortTechnology2,382–387 (1992).
  7. Dong, S., Cheng, L., Scagel, C. F. & Fuchigami, L. H. Timing of urea application affects leaf and root N uptake in young Fuji/M. 9 apple trees. J. Hortic. Sci. Biotechnol.80,116–120 (2005).
  8. Stoddard, E. M. Fungicidal synergism between urea and sulfur. Phytopathology40,(1950).
  9. Palmiter, D. H. & Hamilton, J. M. Influence of Certain Nitrogen and Fungicide Applications on Yield and Quality of Apples. (1954).
  10. Basak, A. The search for safer technologies of apple fruitlets thinning. in VII International Symposium on Plant Growth Regulators in Fruit Production 329240–242 (1992).
  11. Raese, J. T. & Drake, S. R. Effect of calcium spray materials, rate, time of spray application, and rootstocks on fruit quality of ‘red’ and ‘golden delicious’ apples. J. Plant Nutr.23,1435–1447 (2000).
  12. Sharples, R. O. & Little, R. C. Experiments on the use of calcium sprays for bitter pit control in apples. J. Hortic. Sci.45,49–56 (1970).
  13. Meheriuk, M. Skin color in `Newtown’ apples treated with calcium nitrate, urea, `diphenylamine, and a film coating. HortScience25,775–776 (1990).
  14. Peryea, F. J., Neilsen, D. & Neilsen, G. Boron Maintenance Sprays for Apple: Early-season Applications and Tank-mixing with Calcium Chloride. HortScience38,542–546 (2003).
  15. Stover, E., Fargione, M., Risio, R., Stiles, W. & Iungerman, K. Prebloom Foliar Boron, Zinc, and Urea Applications Enhance Cropping of Some `Empire’ and `McIntosh’ Apple Orchards in New York. HortScience34,210–214 (1999).
  16. Yamane, T. Foliar Calcium Applications for Controlling Fruit Disorders and Storage Life in Deciduous Fruit Trees. Jpn. Agric. Res. Q. JARQ48,29–33 (2014).
  17. Neilsen, G., Neilsen, D., Dong, S., Toivonen, P. & Peryea, F. Application of CaCl2 sprays earlier in the season may reduce bitter pit incidence in’Braeburn’apple. HortScience40,1850–1853 (2005).
  18. Kadir, S. A. Fruit Quality at Harvest of “Jonathan” Apple Treated with Foliarly-Applied Calcium Chloride. J. Plant Nutr.27,1991–2006 (2005).
  19. Biggs, A. R. & Peck, G. M. Managing bitter pit in ‘honeycrisp’ apples grown in the mid-atlantic united states with foliar-applied calcium chloride and some alternatives. HortTechnology25,385–391 (2015).
  20. Percival, G. C. & Haynes, I. The influence of calcium sprays to reduce fungicide inputs against apple scab (Venturia inaequalis(Cooke) G. Wint.). Arboric. Urban For.35,263–270 (2009).
  21. Al-Rawashd, Z. Ability of Mineral Salts and Some Fungicides to Suppress Apple Powdery Mildew Caused by the Fungus Podosphaera leucotricha. Asian J. Plant Pathol.7,54–59 (2013).
  22. Biggs, A. R. Effects of Calcium Salts on Apple Bitter Rot Caused by Two Colletotrichumspp. Plant Dis.83,1001–1005 (1999).
  23. Boyd-Wilson, K. S. H. et al.Compounds alone and in combination with yeasts to control Colletotrichum acutatum in apples. Australas. Plant Pathol.43,703–714 (2014).
  24. Peryea, F. J., Neilsen, G. H. & Faubion, D. Start-timing for calcium chloride spray programs influences fruit calcium and bitter pit in ‘Braeburn’ and ‘Honeycrisp’ apples. J. Plant Nutr.30,1213–1227 (2007).
  25. Wojcik, P. Effect of calcium chloride sprays at different water volumes on “Szampion” apple calcium concentration. J. Plant Nutr.24,639–650 (2001).
  26. Calcium sprays for bitter pit should start at petal fall. Good Fruit Grower(2013). Available at: https://www.goodfruit.com/calcium-sprays-for-bitter-pit-should-start-at-petal-fall/. (Accessed: 11th May 2018)
  27. Schönherr, J. Characterization of aqueous pores in plant cuticles and permeation of ionic solutes. J. Exp. Bot.57,2471–2491 (2006).
  28. Organic production systems Permitted substances lists. Canadian General Standards BoardCAN/CGSB-32.311-2015,
  29. Schönherr, J. Foliar nutrition using inorganic salts: laws of cuticular penetration. in International Symposium on Foliar Nutrition of Perennial Fruit Plants 59477–84 (2001).
  30. Apple Best Practice Guide. Defra and AHDB (Agriculture and Horticulture Development BoardAvailable at: http://apples.ahdb.org.uk.
  31. Greene, G. M. & Smith, C. B. The influence of calcium chloride rate and spray method on the calcium concentration of apple fruits. Acta Hortic.316–317 (1980). doi:10.17660/ActaHortic.1980.92.49
  32. Greene, D. W. & Autio, W. R. Apogee®-a new growth retardant for apples. Univ Mass Ext Factsheet F-127R(2002).
  33. Rademacher, W. & Kober, R. Efficient Use of Prohexadione-Ca in Pome Fruits. Eur. J. Hortic. Sci.68,101–107 (2003).
  34. Montag, J., Schreiber, L. & Schönherr, J. An in vitro study on the postinfection activities of hydrated lime and lime sulphur against apple scab (Venturia inaequalis). J. Phytopathol.153,485–491 (2005).

L’affiche 2018 « Production fruitière intégrée » est disponible

La version 2018 de l’affiche Production fruitière intégrée sera distribuée au début avril à tous les producteurs membres via un envoi postal des Producteurs de pommes du Québec. Nouveautés cette année dans l’affiche :

 

  • elle tient sur une seule page
  • les produits « rouges », « jaunes » et « verts » ont été révisés et sont bien identifiés partout dans l’affiche;
  • Les produits admissibles en bio sont identifiés
  • la taille des caractères a été augmentée
  • une nouvelle section sur les équipements de protection est présentée au somment de l’affiche.

La version PDF est déjà disponible sur le site web de l‘IRDA, et une version consultable sur ordinateur est aussi disponible dans le Guide de PFI, associée aux fiches 45, 4648,  122 et 123.

Le cuivre en été, un tour d’horizon plus complet

Les options de traitement du feu bactérien en été sont limitées et d’efficacité variable. Le cuivre est parfois bénéfique, mais il peut altérer l’apparence des fruits. Certaines précautions et quelques mélanges peuvent néanmoins réduire les risques liés au cuivre.

Efficacité

Plusieurs tests rapportent aucune efficacité1–5 du cuivre utilisé seul en été alors que d’autres tests démontrent que le cuivre peut parfois aider à diminuer la propagation de la maladie5–7. Le cuivre offre probablement peu ou pas de protection des pousses quand la bactérie arrive de l’extérieur de la parcelle2. Cependant, il a probablement une efficacité partielle quand le cuivre rentre en contact direct avec l’exsudat déjà présent dans la parcelle.

Phytotoxicité

En plus de l’efficacité limitée, les traitements au cuivre ne sont jamais entièrement sécuritaires.  Le cuivre peut affecter les fruits à différents moments et provoquer différents symptômes. Les lenticelles noircis ou rougis est le symptôme principal associé à la phytotoxicité du cuivre en été. La roussissure (rugosité) est un autre symptôme qui est surtout problématique lorsque le cuivre est appliqué au printemps et jusqu’à 6 semaines après la floraison. Cependant, la roussissure reste parfois possible en cours d’été quoique son apparition est assez aléatoire. Finalement, les fruits des cultivars sensibles prennent aussi parfois une apparence plus « matte ». Les fruits traités régulièrement au cuivre ne sont pas aussi luisants que les fruits non traités. La tolérance de vos clients pour des fruits moins parfaits est donc un facteur majeur à considérer avant d’envisager un traitement au cuivre.

Formulation, dose et fréquence des traitements.

Le Cueva8 comme l’oxychlorure peuvent affecter l’apparence des fruits. Les autres formulations de cuivre (ex: hydroxide, bouillie bordelaise2), ne sont pas homologuées et sont encore plus phytotoxiques en été.

La dose et la fréquence des traitements recommandée est un compromis entre l’efficacité et la phytotoxicité. Les traitements  à dose forte n’apportent pas nécessairement d’avantage d’efficacité et sont nécessairement plus phytotoxiques. Il est probablement préférable d’appliquer le cuivre régulièrement (ex: aux 2 semaines en juin et juillet, soit 5 traitements), à une dose relativement faible. Selon diverses sources, la dose optimale serait d’environ 100g de métal par ha (ex: oxychlorure 50% = 200g/ha, mais non prévu pour cet usage). Le Cueva (homologué) avec la même dose de métal (5.6 L/ha) est aussi une possibilité, quoique plus chère.

Précautions avec le cuivre

Pour éviter d’endommager les fruits et parfois même les arbres, certaines précautions avec le cuivre sont essentielles. Comme pour tous les traitements, la phytotoxicité sur fruits dépend de l’état de la cuticule. Des conditions sèches, ensoleillées et une température élevée favorisent la formation d’une cuticule plus résistante qui réduit considérablement les dommages9. À l’inverse, les problèmes de phytotoxicité sont beaucoup plus fréquents suivants des conditions fraiches et nuageuses.

Dans le cas du cuivre, d’autres recommandations spécifiques s’appliquent :

  • Éviter les applications sur Empire, Golden1,9, Mac, Pinova9. Le cuivre en été peut parfois défolier les Golden9. Certains cultivars comme Fuji9, Idared6, Rome1 ont probablement une tolérance intermédiaire.
  • Cependant, les applications de cuivre ne causent pas de problèmes sur Gala9, Red Delicious et Topaz. Les différences de sensibilité entre cultivars sont assez marquées. Ces résultats ont été maintes fois confirmés en pratique (Trapman, comm. pers.).
  • Visez des conditions de séchage rapide. Par exemple, limiter le volume de bouillie (moins de 450 L/ha) et ne jamais appliquer sur du feuillage humide ou pendant des conditions favorables à la rosée.
  • Limitez la quantité de cuivre métallique appliqué. Les doses qui apparaissent sur les étiquettes ne sont pas appropriées.
  • Les variations de pH sont à éviter. Par exemple, ne jamais mélanger avec du LI700 ou du phosphonate et ne jamais mélanger ou alterner avec du bicarbonate. Une défoliation est parfois observée.
  • Certains mélanges ajoutent aux risques de phytotoxicité. Les traitements avec Captan ou les traitements insecticides devraient être faits dans l’interval entre les traitements au cuivre.

Mélanges bénéfiques

Double Nickel

Le Double Nickel (Bacillus amyloliquefaciens) est parfois efficace comme traitement d’été, notamment lorsqu’il est en mélange avec le cuivre4. Le mélange serait aussi moins phytotoxique sur les fruits que le cuivre seul4. Cependant, ce mélange est couteux et le produit à base de Bacillus est disponible en quantités très limitées en 2016. Il est possible que le Serenade (Bacillus subtilis) puisse être substitué au Double Nickel dans le mélange, mais d’autres essais seraient nécessaires pour confirmer cette proposition.

Soufre ou Argile

Depuis quelques années, le groupe européen des maladies du pommier recommande avec le cuivre l’ajout en mélange de soufre (3 kg/ha) ou une argile de type kaolin (3 kg/ha) . L’argile utilisée est similaire au Surround, mais plus abordable. Dans les deux cas, le mélange réduirait les dommages aux fruits par rapport au cuivre utilisé seul10. Le soufre est cependant réputé phytotoxique à température élevée et le mélange avec soufre n’est donc pas recommandé par temps chaud.

Priorisation des blocs et fin des traitements

Il est possible de prioriser les traitements au cuivre selon les blocs. Par exemple, traiter les arbres malades en amont d’un bloc sain pourrait limiter la propagation de la maladie vers ce bloc. Dans tous les cas, la propagation du feu cesse subitement avec la formation du bourgeon terminal. Les interventions de taille et les traitements au cuivre peuvent donc cesser à ce moment.

 

Les informations de ce bulletin ont été rendues possibles grâce à Michel Giraud, Luisa Mattedi, David Rosenberger, Marc Trapman et différents membres du groupe européen des maladies du pommier.

  1. Hickey, K. D., May, J., Halbrendt, N. O. & McGlaughlin, E. Fire blight incidence and fruit russet on apple trees sprayed with copper compounds, 1999. Fungic Nematic Test Result Am Phytopathol Soc 55, PF14 (2000).
  2. Hickey, K. D., May, J., Halbrendt, N. O. & Anderson, E. Fire blight incidence and fruit russet on apple treated with dilute sprays of copper compounds, 2000. Fungic Nematic Test Result Am Phytopathol Soc 56, PF8 (2001).
  3. Yoder, K. S. et al. Evaluation of shoot blight suppression, summer disease control, and fruit finish by post-bloom copper applications on Gala apple, 2015. Plant Dis. Manag. Rep. 10, PF008 (2016).
  4. Yoder, K. S. et al. Shoot blight suppression, fruit finish, and summer disease control by Cueva and Double Nickel on Gala apple, 2013. Plant Dis. Manag. Rep. 8, PF023 (2014).
  5. Clarke, G. G., Hickey, K. D. & Travis, J. W. Efficacy of phosetyl-aluminum and copper for control of fire blight on blossoms and shoots of apple. Acta Horticulturae 281–288 (1993). doi:10.17660/ActaHortic.1993.338.43
  6. Bhaskara Reddy, Norelli, J. L. & Aldwinckle, H. S. Evaluation of copper compounds, an sar inducer and a growth regulator for shoot blight control on apple, 2000. Fungic Nematic Test Result Am Phytopathol Soc 56, PF35 (2001).
  7. Yoder, K. S., Cochran, A. E., Royston, W. S. & Kilmer, S. W. Shoot blight suppression, summer disease control, and fruit finish by post-bloom applications on Gala apple, 2014. Plant Dis. Manag. Rep. 9, PF018 (2015).
  8. Sundin, G. W. & Outwater, C. . Evaluation of Blossom Protect, Fire Quencher, BloomTime and Cueva for control of fire blight on McIntosh apples, 2015. Plant Dis. Manag. Rep. 10, PF021 (2016).
  9. Rizzolli, W. & Acler, A. Einsatz von Kupfer gegen Feuerbrand. Obstbau Weinbau 42, 73–75 (2005).
  10. Lešnik, M., Vajs, S., Gaberšek, V., Kurnik, V. & others. Investigation of phytotoxicity regarding copper fungicides applied to apples. Agricultura (Slovenia) 10, 55–59 (2013).

 

L’affiche « Production fruitière intégrée » disponible en version interactive sur la plateforme PFI

La version 2018 de l’affiche Production fruitière intégrée a été distribuée au cours du mois d’avril à tous les producteurs et intervenants de la pomme, via un envoi postal. Pour ceux qui n’ont pas accès à cette affiche, qui n’ont pas l’espace nécessaire, ou qui préfèrent simplement accéder à l’information de façon électronique, vous pouvez maintenant accéder au contenu de l’affiche sur notre site, dans la section « Guide de PFI ». Les cinq tableaux de l’affiche sont ainsi disponibles:

Ces tableaux déroulants sont conçus pour être consultables facilement sur ordinateur, tablette et téléphone intelligent. La version PDF est également disponible sur le site web de l’IRDA.

La version 2016 du Guide de référence en production fruitière intégrée est en ligne

Bienvenue sur la plateforme PFI du Réseau-pommier, qui héberge le Guide de référence en production fruitière intégrée ainsi que d’autres contenus exclusifs aux abonnés.

Guide d'identification des maladies, insectes et acariens nuisibles et utiles des arbres fruitiers de l'Est de l'Amérique du Nord (couverture)Nous sommes heureux d’annoncer que le Guide 2016 est disponible sur le site! La version de l’an passé a été mise à jour et un nouveau guide d’identification a été ajouté. Plus d’une centaine de nouvelles fiches sont donc disponibles en 2016!

pages du Guide de PFI 2015Pour accéder au contenu des 121 fiches du Guide de PFI traitant chacune d’un sujet relié à la production de pommes, consultez la table des matières. Notez qu’il est nécessaire de s’abonner au site pour avoir accès à l’ensemble des fiches de ce Guide.

Vous n’êtes pas abonné(e)? Visitez la section abonnement et si vous êtes membre des Producteurs de pommes du Québec, entrez votre code promotionnel pour obtenir un rabais de 60 % sur le prix annoncé (20 $ au lieu de 50 $).

Merci aux Producteurs de pommes du Québec et au Programme d’appui financier aux regroupements et aux associations de producteurs désignés du MAPAQ pour leur soutien à la production de la version originale de ce document.

Fiche 110a

La pourriture amère du pommier

Vincent Philion

 

Depuis quelques années, on aperçoit dans quelques vergers de pommiers une pourriture surprenante des fruits qui apparaît en plein été. La pourriture amère (« bitter rot ») est une maladie sporadique au Québec mais qui est rapportée aux États-Unis depuis plus d’un siècle1–4 et qui peut malheureusement prendre des proportions importantes certaines années. Cette maladie est parfois considérée comme la plus dommageable sur pommiers parce qu’elle peut causer la perte entière de la récolte. La pourriture amère est présente dans plusieurs pays producteurs de pommes1, mais en Amérique la maladie était jadis confinée aux régions au sud des États-Unis5 où elle est contrôlée par l’élimination des symptômes et des applications répétées de fongicides en été6. Au cours du temps, la maladie est devenue de plus en plus fréquente au nord et est même devenue une maladie prioritaire en Ontario7. Au Québec, la maladie n’était même pas mentionnée dans les guides de production avant 2015 et est passée rapidement d’anecdotique, à préoccupante dans des vergers sous régie biologique mais aussi en PFI.

Étiologie (cause)

La pourriture amère est causée par différentes espèces de champignons microscopiques appartenant au genre Colletotrichum. Ces champignons qui sont très fréquents en nature causent une maladie qui s’appelle l’anthracnose sur la plupart des plantes (à l’exception du pommier) qui peut prendre différentes formes. L’épidémiologie diffère considérablement d’une plante à l’autre pour un même champignon. Les différentes espèces de Colletotrichum ne sont pas très spécifiques à leur hôte et coexistent sur les plantes. Le genre Colletotrichum est complexe et évolutif; conséquemment la taxonomie et la gamme d’hôtes par espèce ne sont donc pas entièrement résolues8,9.

Néanmoins, plusieurs espèces sur pommiers sont maintenant bien connues et regroupés à l’intérieur de deux complexes d’espèces, C. acutatum8 et C. gloeosporiodes9, mais qui sont variables selon les pays (tableau) et difficilement différentiables sans outils moléculaires. L’espèce ou les espèces impliquées au Québec ne sont pas connues, mais incluent probablement C. fioriniae. Même si C. acutatum et C. gloeosporioides partagent certains traits, leurs différences notamment pour leur température préférentielle et leur sensibilité aux fongicides pourraient avoir un impact pour la lutte, par exemple pour établir le meilleur moment des traitements10 et le choix des produits11.

Les espèces sur pommier s’attaquent à une gamme variée de plantes cultivées tant localement (bleuets, fraises, pommiers, etc.) qu’à l’étranger (amandes, avocats, pêches, etc.) Sur poiriers, la maladie est moins fréquente en Amérique3,8 mais est rapportée en Chine12. À part les plantes cultivées, les espèces sur pommiers s’attaquent à une gamme variée de plantes indigènes et introduites et aussi parfois à des insectes13 et à d’autres organismes14. Par contre, il semble acquis qu’elles ne s’attaquent pas aux graminées14,15.

Les espèces impliquées sont plus ou moins spécialisées selon les symptômes qu’elles provoquent. Par exemple, C. acutatum ne produit jamais de symptômes sur le feuillage des pommiers alors que c’est le cas dans certains pays pour C. gloeosporioides. Les espèces de C. gloeosporioides sont aussi plus agressives sur fruits11. Sur les fruits, on distingue la pourriture amère, qui apparait généralement avant la récolte, des pourritures qui se déclarent durant l’entreposage, appelées aussi gloéosporioses. Les gloéosporioses sont fréquentes en Europe16 mais assez rares au Québec et sont généralement associées à d’autres champignons17. Toutes ces maladies peuvent être facilement confondues sur la base des symptômes, mais la pourriture amère se distingue par une apparition avant récolte.

Symptômes sur pommiers Groupe (sensu lato) Champignon Pays rapportés pour les espèces sur pommiers Autres hôtes cultivés atteints (exemples)
Fruits seulement C. acutatum C. acerbum Nouvelle-Zélande
C. fioriniae (Glomerella acutata) Corée, Italie, Nouvelle-Zélande, Pays-Bas, États-Unis Amandier, avocatier, bleuet, fraisier, framboisier, manguier, pêcher, olivier, poirier, tomate
C. godetiae Pays-Bas Amandier, fraisier, framboisier, merisier, olivier, noyer, tamarillo
C. nymphaeae Brésil, Corée, États-Unis Fraisier, olivier
C. pyricola Nouvelle-Zélande Poirier
C. salicis Allemagne, Nouvelle-Zélande Fraisier, tomate, saule
C. gloeosporioides (Musae clade) C. alienum Nouvelle-Zélande Avocatier
Fruits et parfois feuillage (« Glomerella leaf spot », GLS18) C. fructicola (Glomerella cingulata) Australie, Brésil, Chine, États-Unis Avocatier, caféier, fraisier, nachi, poirier
C. siamense États-Unis Avocatier, caféier, fraisier, pistachier, poivron, vigne
C. theobromicola États-Unis11
Apparition des symptômes

La pourriture des fruits est favorisée par les étés chauds, humides et pluvieux. Les fruits peuvent être infectés tout au long de la saison, de la floraison19 à la récolte. Cependant, la plupart des symptômes apparaissent en cours d’été souvent à la suite de conditions chaudes et orageuses. Les premiers symptômes sont assez discrets. Au début, de petites taches circulaires grises ou brunes et peu distinctives apparaissent sur les fruits1, mais pas nécessairement en lien avec les lenticelles. Ces premiers symptômes peuvent être facilement confondus avec d’autres dommages comme la cochenille de San José20 ou même une phytotoxicité au cuivre.

Par la suite, des lésions circulaires beiges superficielles se forment et s’agrandissent à mesure que le champignon cause une pourriture de la chair du fruit. Le nombre de lésions par fruits peut être très variable. Dans certains cas, le fruit peut être couvert de petites lésions qui progressent peu, mais la plupart du temps le fruit est atteint de quelques lésions qui progressent rapidement3, pouvant atteindre 3 cm en moins d’une semaine4. Quand la pomme est tranchée, la progression de la pourriture vers le cœur est souvent en forme de « V » (conique). Quoique caractéristique, ce symptôme n’est pas universel. Quand la température est très élevée, les fruits peuvent se ratatiner, pourrir entièrement et tomber au sol ou alors se momifier et rester collés sur l’arbre3. Quand la progression est retardée par du temps plus froid, une marge pourpre apparaît à la marge des symptômes.

À la surface des lésions, des cercles concentriques formés de petites structures appelées acervules apparaissent assez tôt pendant la progression des symptômes1. Parfois, les acervules ne suivent pas ce patron et sont plutôt aléatoires3. Lorsque les conditions sont très favorables à la sporulation, soit une humidité très élevée et une température entre 20 et 30 °C, une masse gélatineuse rose-orangé ou saumon peut être libérée par les acervules à la surface des fruits. Cette masse de spores (conidies) prend rapidement une allure plus croûtée et racornie par temps sec. La sporulation est un signe caractéristique fiable de l’infection par Colletotrichum. La pourriture noire des fruits (Botryosphaeria sp.) cause des symptômes similaires, mais sans cette sporulation particulière. Les symptômes plus âgés des deux maladies sont noirs et impossibles à différencier. Sur le bois, les symptômes sont difficiles à distinguer. De plus le champignon colonise souvent des branches affectées par d’autres maladies.

Épidémiologie

Survie hivernale au verger. Les fruits infectés laissés au sol, tous les fruits momifiés et restés dans l’arbre2 ou tombés au sol1, les pédoncules accrochés aux arbres1, les bourgeons à fruit16, les chancres associés à plusieurs maladies (ex. : feu bactérien1,5, pourriture noire, chancre européen, dépérissement nectrien) et les diverses branches mortes laissées dans les arbres1,2 peuvent héberger Colletotrichum et maintenir des sources de spores résidentes du verger, parfois pendant plusieurs années. Comme les sources au sol peuvent se décomposer et ne permettent pas des éclaboussements de spores aussi importants que les sources dans les arbres, elles sont moins inquiétantes.

Dépérissement nectrien dans l’arbre hébergeant Colletotrichum, à l’origine de la pourriture amère sur le fruit à proximité. (source : Y. Morin)

Autres modes de survie. Sur les feuilles mortes et sur le sol, le champignon peut survivre assez longtemps quand les conditions sont sèches, mais meurt rapidement dès que le sol ou la litière sont humidifiés et colonisés par d’autres micro-organismes. Ce n’est donc pas un mode de survie significatif pour passer l’hiver. De plus, même si certaines espèces du champignon (Glomerella acutata, G. cingulata) peuvent produire à l’occasion des ascospores à l’intérieur de périthèces sur les surfaces atteintes (reproduction sexuée, stade parfait), cette phase de la maladie est rarement rapportée en nature pour G. acutata11 et ne contribue probablement pas non plus de façon significative à l’épidémiologie de la maladie sous nos conditions2,14. Finalement, C. fioriniae qui est probablement l’espèce la plus fréquente sur pommiers peut aussi infecter et tuer la cochenille de la pruche13. Son association à des écosystèmes forestiers via des insectes laisse donc présager d’autres modes de survie.

Dissémination et survie estivale. Les spores produites sur les différents hôtes de ce champignon, incluant les pommes affectées, peuvent se propager par éclaboussement, la plupart du temps à la faveur des pluies. Lors d’orages violents, la pluie entrainée par le vent peut disséminer les spores sur d’assez grandes distances et coloniser d’autres cultures incluant les vergers où la maladie était absente. Les insectes attirés par la masse gélatineuse de spores sur les fruits peuvent aussi accidentellement aussi transporter les spores4.

Les spores qui sont disséminées en cours de saison peuvent survivre assez longtemps sur les surfaces où elles atterrissent sans nécessairement provoquer de symptômes. On parle alors d’infections quiescentes ou latentes qui peuvent par la suite se développer (ou non) si les conditions sont favorables. Parfois le champignon produit même des spores sans passer par une infection et survit donc discrètement, le plus souvent sur des feuilles (épiphyte)14. Le champignon se nourrit alors sans nuire à la plante qui l’héberge (biotrophe). Ainsi, d’autres plantes malades ou non comme les pommiers pollinisateurs, les champs de fraisiers avoisinants, des arbres comme le marronnier21 et même les mauvaises herbes peuvent être impliquées et servir en tant que réservoirs d’inoculum en cours de saison.

Infection des fruits. Comme l’agent pathogène est endémique dans plusieurs vergers et que la maladie est sporadique5, il faut conclure que l’arrivée des spores de ce champignon à la surface d’un fruit sain suite à une pluie ne suffit pas pour provoquer la pourriture des pommes. Pour que la maladie se déclare, le champignon doit changer de personnalité sur le fruit et passer d’un état bénin (biotrophe) à malin pour entamer l’infection des tissus et causer la pourriture (nécrotrophe). Cette double identité (hémibiotrophe) est complexe et les conditions qui favorisent le passage d’un état à l’autre sont assez mal connues. Dans les régions où la maladie est sporadique, les années favorables à la maladie sont caractérisées par des étés anormalement chauds5. La pourriture commence à apparaître quand la température moyenne est au dessus des normales pour plusieurs jours. Les symptômes sont beaucoup plus fréquents (18x) sur la face exposée des fruits que sur la face ombragée et les fruits au pourtour des arbres sont plus infectés que les arbres au centre des arbres22. Or, les spores survivent très bien à l’exposition au soleil23. Par ailleurs, la température à la surface des fruits peut facilement atteindre 50 °C quand la température extérieure monte à 35 °C. Il est donc possible que le stress hydrique, l’insolation (échaudure) et globalement les dommages liés à la chaleur21 rendent les fruits plus sensibles à l’infection et que les spores présentes soient activées dans ces conditions.

Ainsi, une taille estivale alliée à un déficit d’irrigation qui précéderait immédiatement une vague de chaleur pourraient stresser la peau des fruits et permettre l’infection par le champignon, alors les fruits non stressés peuvent demeurer exempts de maladie. D’autres stress comme les applications répétées de certaines formulations de calcium ou de soufre pendant les périodes de chaleur sont possiblement impliqués, quoique les applications de calcium6,24 en dehors de ces périodes sont reconnues bénéfiques pour réduire la maladie. Le calcium interagit avec les mécanismes de défense de la plante et inhibe l’activité enzymatique de dégradation du champignon24.

Suite à un premier stress, les infections subséquentes seraient favorisées par l’augmentation des sources de spores21. Les spores déposées sur des fruits abimés par des insectes, la grêle ou autrement provoquent rapidement des infections. En absence de stress, de très longues périodes d’humectation des fruits (plus de 24 h à 21 °C) sont requises pour provoquer l’infection22.

Cultivars et moment de l’infection. La plupart des cultivars sont sensibles à cette maladie. La Rome Beauty, la Délicieuse rouge et Fuji seraient tolérants2,25 alors que la Ginger Gold et la Honeycrisp26 seraient particulièrement sensibles25. Cependant, les attaques sont plus fréquentes sur les cultivars hâtifs (ex. : Paulared), probablement parce que les fruits qui gagnent en maturité sont plus sensibles quand il fait chaud. La baisse de la température à l’approche de la récolte est habituellement un frein important pour la propagation de la maladie. Des problèmes de pourriture amère sont parfois rapportés dans les cultivars tardifs (ex. : Empire), mais le plus souvent dans des secteurs de vergers déjà affaiblis par d’autres facteurs (ex. : gel hivernal). Lors d’automnes chauds les infections à la veille de la récolte peuvent provoquer l’apparition de symptômes qui n’apparaitront que quelques jours après la sortie de l’entreposage. Cependant, la maladie ne serait pas transmise pendant l’entreposage.

Mécanismes d’infection. Au moment de la transition de biotrophe inoffensif à nécrotrophe aggressif, le champignon augmente localement le pH en produisant de l’ammoniaque, d’où le goût « amer » parfois associé à la chair pourrie par le champignon. Comme le changement de pH intervient après l’infection, il est peu probable que des traitements acidifiants puissent à eux seuls réduire l’incidence de la pourriture amère.

Moyens de lutte :

Dans la plupart des vergers cette maladie est absente et aucune mesure particulière n’est nécessaire. Cependant, une fois la maladie présente et que les conditions sont favorables à l’infection elle peut rapidement prendre des proportions importantes et des mesures strictes sont requises pour l’enrayer. En régie biologique, les pourritures d’été incluant la pourriture amère sont reconnues comme une limite à l’adoption de ce mode de production parce que les outils disponibles ne suffisent pas toujours à contenir la maladie.

 

Assainissement

Même si le champignon est souvent présent dans l’environnement, l’élimination des sources d’inoculum (chancres, branches mortes, fruits au sol et momifiés, etc) demeure la méthode privilégiée pour réprimer cette maladie et son efficacité est reconnue depuis très longtemps4. L’assainissement en verger est efficace parce que les spores sont normalement éclaboussées sur de courtes distances. Les sources les plus à risque et qui doivent être priorisées pendant l’hiver sont les branches mortes, notamment celles affectées par le feu bactérien31, et les momies dans les arbres. L’enlèvement des fruits pourris à mesure qu’ils apparaissent peut aider quand les symptômes sont visibles tôt en saison (juin ou juillet) mais comme les spores peuvent perdurer sur les autres fruits à l’état quiescent, cette mesure n’est probablement pas rentable plus tard en cours d’été. De même, l’enlèvement rapide des branches récemment affectées par le feu bactérien aura un avantage double en diminuant la propagation du feu et en minimisant la propagation de Colletotrichum. Après la récolte, l’enlèvement des fruits pourris au sol ou au minimum leur destruction par fauchage est essentielle. Maintenir un couvre sol de graminées sans mauvaises herbes à feuilles larges pourrait aussi réduire la possibilité d’établissement du champignon pathogène. Éliminer toutes les sources d’inoculum n’est pas possible, mais réprimer la maladie sans réduire les sources locales de spores est très difficile31.

 

Atténuation des stress

Avant les périodes de chaleur intense, la réduction du stress hydrique (irrigation), des stress chimiques (bouillies pesticides) et éviter la taille des cultivars à maturité pourraient aussi diminuer les problèmes. Bien que ces facteurs ne soient pas confirmés, il est possible que l’utilisation de filets (ex : anti-grêle) qui limitent aussi les risques d’échaudure ou des applications de Kaolin ou d’autres écrans solaires appliqués avant les épisodes de stress puissent réduire la sévérité des attaques. En présence de stress hydrique, même les meilleurs traitements fongicides ne sont pas efficaces pour réprimer la pourriture amère25.

 

Traitements réguliers de calcium

En dehors des périodes de stress, des applications régulières de chlorure de calcium (CaCl2) à un taux faible (0,33kg /100 L au fusil soit environ 5kg/ha) se sont avérées aussi efficaces que des traitements fongicides32 pour réprimer la maladie. Le nitrate de calcium ne serait pas efficace33.

 

Traitements fongicides

Les traitements fongicides appliqués pour réprimer la tavelure en été réduisent partiellement la pourriture amère. Cependant quand les conditions climatiques favorisent la maladie, l’intervalle entre les applications est souvent trop important pour ralentir l’épidémie. Quand tous les facteurs sont réunis, des traitements aux deux semaines à partir du début juin jusqu’à la récolte peuvent être nécessaires, toutes chimies confondues. En absence d’autres mesures de contrôle, des traitements plus fréquents pourraient être requis.

 

Différents produits sont efficaces contre la pourriture amère, incluant les EBDC (mancozeb, metiram, ferbam), le Captan34, le cuivre2,4 (oxychlorure), les strobilurines (QoI)31, les SDHI31 (Aprovia, Fontelis, Luna, Sercadis)  etc. Certains fongicides (Allegro et Pristine) sont spécifiquement homologués pour des traitements estivaux contre cette maladie. Cependant, ces deux produits sont proscrits en production PFI. De plus, selon le moment de l’application ils ne sont pas nécessairement plus efficaces que les produits à moindre cout10

 

La bouillie soufrée4, le phosphonate et les inhibiteurs d’ergostérols34 ne sont pas très efficaces. Le fongicide biologique Serenade Max (Bacillus subtilis) a une efficacité variable10,35. Consultez le tableau sur l’efficacité des fongicides contre les maladies estivales.

 

La meilleure option fongicide en PFI demeure les applications ciblées de Captan à la veille des périodes de grande chaleur et renouvelées aux 10-14 jours. Comme la pourriture amère est pratiquement la seule pourriture rapportée et que nos conditions sont moins propices que celles rencontrées plus au sud, les applications de fongicides « mur à mur » préconisées chez nos voisins immédiats36 ne sont pas utiles sous nos conditions.

 

Aucun traitement fongicide ne peut arrêter le développement des symptômes déjà visibles. Les traitements à la veille de la récolte ou en post récole ne sont donc pas généralement utiles contre la pourriture amère observée en Amérique. Cependant, en absence de symptômes au moment de la récolte il est possible de traiter les pommes à l’eau chaude dès la sortie des chambres et éviter l’apparition des symptômes. Cette approche est fréquente en production biologique en Europe37.

 

Stress associés aux bouillies pesticides

À l’inverse du cuivre usuel, l’hydroxide de cuivre appliqué même à dose faible (environ 500g métal/ha) au cours de l’été peut augmenter l’incidence de la pourriture amère, probablement parce que cette formulation est trop agressive sur les fruits10.

* La taxonomie de ce genre de champignon est complexe et les noms d’espèces rapportés dans la littérature ne sont pas toujours fiables. Certains auteurs réfèrent à C. acutatum et C. gloeosporioides sensu lato qui sont inclusifs de plusieurs espèces. Des noms d’espèces plus anciens comme Gloeosporium fructigenum sont aussi rapportés dans les articles.

Références
  1. Jones, A. L. & Aldwinckle, H. S. Compendium of Apple and Pear Diseases. 1, (The American Phytopathological Society, 1990).
  2. Dunegan, J. C. Bitter Rot of Apples. Yearb. Agric. 655–657 (1953).
  3. Hesler, L. R. & Whetzel, H. H. Manual Of Fruit Diseases. (Kessinger Publishing, LLC, 1917).
  4. Roberts, J. W. & Pierce, L. Apple Bitter Rot and Its Control. (U.S. Department of Agriculture, 1935).
  5. Jones, A. L., Ehret, G. R., Meyer, M. P. & Shane, W. W. Occurrence of bitter rot on apple in Michigan. Plant Dis. 80, 1294–1297 (1996).
  6. Biggs, A. R. Effects of Calcium Salts on Apple Bitter Rot Caused by Two Colletotrichum spp. Plant Dis. 83, 1001–1005 (1999).
  7. Managing Bitter Rot in Apples. Available at: http://www.omafra.gov.on.ca/english/crops/hort/news/orchnews/2014/on-1214a5.htm. (Accessed: 3rd September 2015)
  8. Damm, U., Cannon, P. F., Woudenberg, J. H. C. & Crous, P. W. The Colletotrichum acutatum species complex. Stud. Mycol. 73, 37–113 (2012).
  9. Weir, B. S., Johnston, P. R. & Damm, U. The Colletotrichum gloeosporioides species complex. Stud. Mycol. 73, 115–180 (2012).
  10. Everett, K. R. et al. Evaluation of fungicides for control of bitter and sprinkler rots on apple fruit. N. Z. Plant Prot. 68, 264–274 (2015).
  11. Munir, M. Characterization of colletotrichum species causing bitter rot of apples in kentucky orchards. (2015).
  12. Jiang, J. et al. Identification and characterization of Colletotrichum fructicola causing black spots on young fruits related to bitter rot of pear (Pyrus bretschneideri Rehd.) in China. Crop Prot. 58, 41–48 (2014).
  13. Marcelino, J. et al. Colletotrichum acutatum var. fioriniae (teleomorph: Glomerella acutata var. fioriniae var. nov.) infection of a scale insect. Mycologia 100, 353–374 (2008).
  14. Peres, N. A., Timmer, L. W., Adaskaveg, J. E. & Correll, J. C. Lifestyles of Colletotrichum acutatum. Plant Dis. 89, 784–796 (2005).
  15. Cannon, P. F., Damm, U., Johnston, P. R. & Weir, B. S. Colletotrichum – current status and future directions. Stud. Mycol. 73, 181–213 (2012).
  16. Børve, J. & Stensvand, A. Colletotrichum acutatum on apple in Norway. IOBC-WPRS Bull. 110, 151–157 (2015).
  17. Stensvand. Colletotrichum acutatum Found on Apple Buds in Norway. Plant Manag. Netw. (2007). doi:10.1094/PHP-2007-0522-01-RS
  18. Giraud, Michel & Moronvalle, Aude. Biologie et épidémiologie des gloeosporioses. Infos CTIFL (2012).
  19. Ivic, D., Voncina, D., Sever, Z., Simon, S. & Pejic, I. Identification of Colletotrichum species causing bitter rot of apple and pear in Croatia. J. Phytopathol. 161, 284–286 (2013).
  20. González, E., Sutton, T. B. & Correll, J. C. Clarification of the etiology of Glomerella leaf spot and bitter rot of apple caused by Colletotrichum spp. based on morphology and genetic, molecular, and pathogenicity tests. Phytopathology 96, 982–992 (2006).
  21. Taylor, J. Epidemiology and symptomatology of apple bitter rot. Phytopathology (1971).
  22. Different Pests, Similar Damage. Available at: http://omafra.gov.on.ca/english/crops/hort/news/orchnews/2015/on-0815a4.htm. (Accessed: 3rd September 2015)
  23. Rosenberger, D. A. Controlling summer fruit rots in apples. (2015).
  24. Brook, P. J. Glomerella cingulata and bitter rot of apple. N. Z. J. Agric. Res. 20, 547–555 (1977).
  25. Rosenberger, D. Summer fungicides for apples where bitter rot is an issue. Scaffolds fruits journal 23, (2014).
  26. Brook, P. J. Protective function of an ultraviolet-absorbing compound associated with conidia of Glomerella cingulata. N. Z. J. Bot. 19, 299–304 (1981).
  27. Park, E., Solomos, T., McEvoy, J. L., Conway, W. S. & Sams, C. E. The effect of calcium on the expression of polygalacturonase activity by Colletotrichum acutatum in apple fruit. Plant Pathol. J. 5, 183–186 (2006).
  28. Baab, G. & Schmitz-Eiberger, M. The nutrient element calcium. European Fruitgrowers Magazine Best of EFM, 14–16 (2009).
  29. Alkan, N., Fluhr, R., Sherman, A. & Prusky, D. Role of Ammonia Secretion and pH Modulation on Pathogenicity of Colletotrichum coccodes on Tomato Fruit. Mol. Plant. Microbe Interact. 21, 1058–1066 (2008).
  30. Biggs, A. R. & Miller, S. S. Relative Susceptibility of Selected Apple Cultivars to Colletotrichum acutatum. Plant Dis. 85, 657–660 (2001).
  31. Lehnert, R. Those rotten Honeycrisp. Good Fruit Grower (2015).
  32. Boyd-Wilson, K. S. H. et al. Compounds alone and in combination with yeasts to control Colletotrichum acutatum in apples. Australas. Plant Pathol. 43, 703–714 (2014).
  33. Lanauskas, J. et al. The effect of calcium foliar fertilizers on cv. Ligol apples. Plant Soil Environ. 58, 465–470 (2012).
  34. Rosenberger, D., Cox, K., Rugh, A., Villani, S. & Fredericks, Z. A New Fungicide for Controlling Summer Diseases on Apples? N. Y. Fruit Q. 20, (2012).
  35. Rosenberger, D. A. Factors Limiting IPM-Compatibility of New Disease Control Tactics for Apples in Eastern United States. Plant Health Prog. (2003). doi:10.1094/PHP-2003-0826-01-RV
  36. Cox, K. D. & Rosenberger, D. End of season disease management in apples. Scaffolds fruits journal 24, (2015).
  37. Schloffer, K. & Trapman, M. Hot water shower against Gloeosporium fruit rot in organic apple production – how to introduce a new system from research to practice. IOBC-WPRS Bull. 110, 191–198 (2015).

 

Cette fiche est tirée du Guide de référence en production fruitière intégrée à l’intention des producteurs de pommes du Québec 2015. © Institut de recherche et de développement en agroenvironnement. Reproduction interdite sans autorisation écrite.

bannière des principaux partenaires de réalisation et commanditaires du Guide de PFI

La pourriture amère du pommier

Depuis quelques années, on aperçoit dans quelques vergers de pommiers une pourriture surprenante des fruits qui apparaît en plein été. La pourriture amère (bitter rot) est une maladie sporadique mais qui est rapportée depuis plus d’un siècle1–4 et qui peut malheureusement prendre des proportions importantes certaines années. Cette maladie est parfois considérée comme la plus dommageable sur pommiers parce qu’elle peut causer la perte entière de la récolte. La pourriture amère est présente dans plusieurs pays producteurs de pommes1, mais en Amérique la maladie était jadis confinée aux régions au sud des Etats-Unis5 où elle est contrôlée par l’élimination des symptômes et des applications répétées de fongicides en été6. Au cours du temps, la maladie est devenue de plus en plus fréquente au nord et est même devenue une maladie prioritaire en Ontario7. Au Québec, elle est passée rapidement d’anecdotique, à préoccupante dans des vergers sous régie biologique mais aussi en PFI.

Étiologie (cause)

La pourriture amère est causée par différentes espèces de champignons microscopiques appartenant au genre Colletotrichum. Ces champignons qui sont très fréquents en nature causent une maladie qui s’appelle l’anthracnose sur la plupart des plantes (à l’exception du pommier) qui peut prendre différentes formes. L’épidémiologie diffère considérablement d’une plante à l’autre pour un même champignon. Les différentes espèces de Colletotrichum ne sont pas très spécifiques à leur hôte et coexistent sur les plantes. Le genre Colletotrichum est complexe et évolutif ; conséquemment la taxonomie et la gamme d’hôtes par espèce ne sont donc pas entièrement résolus8,9.

Néanmoins, plusieurs espèces sur pommiers sont maintenant bien connues et regroupés à l’intérieur de deux complexes d’espèces; C. acutatum8 et C. gloeosporiodes9 mais qui sont variables selon les pays (Tableau) et difficilement différentiables sans outils moléculaires. L’espèce ou les espèces impliquées au Québec ne sont pas connues, mais incluent probablement C. fioriniae. Même si C. acutatum et C. gloeosporioides partagent certains traits, leurs différences notamment pour leur température préférentielle et leur sensibilité aux fongicides pourraient avoir un impact pour la lutte, par exemple pour établir le meilleur moment des traitements10 et le choix des produits11.

Les espèces sur pommier s’attaquent à une gamme variée de plantes cultivées tant localement (bleuets, fraises, pommiers, etc.) qu’à l’étranger (amandes, avocats, pêches, etc). Sur poiriers, la maladie est moins fréquente en Amérique3,8 mais est rapportée en Chine12. À part les plantes cultivées, les espèces sur pommiers s’attaquent à une gamme variée de plantes indigènes et introduites et aussi parfois à des insectes13 et à d’autres organismes14. Par contre, il semble acquis qu’elles ne s’attaquent pas aux graminées14,15.

Les espèces impliquées sont plus ou moins spécialisées selon les symptômes qu’elles provoquent. Par exemple, C. acutatum ne produit jamais de symptômes sur le feuillage des pommiers alors que c’est le cas dans certains pays pour C. gloeosporioides. Les espèces de C. gloeosporioides sont aussi plus agressives sur fruits11. Sur les fruits, on distingue la pourriture amère qui apparait généralement avant la récolte, des pourritures qui se déclarent durant l’entreposage, appelées aussi Gloéosporioses. Les gloeosporioses sont fréquentes en Europe16 mais assez rares au Québec et sont généralement associées à d’autres champignons.17 Toutes ces maladies peuvent être facilement confondues sur la base des symptômes, mais la pourriture amère se distingue par une apparition avant récolte.

 

 

Symptômes sur pommiers Groupe (sensu lato) Champignon Pays rapportés pour les espèces sur pommiers Autres hôtes cultivés atteints (exemples)
Fruits seulement C. acutatum C. acerbum Nouvelle Zélande
  C. fioriniae (Glomerella acutata) Corée, Italie, Nouvelle-Zélande, Pays-Bas, USA amandier, avocatier, bleuet, fraisier, framboisier, manguier, pêcher, olivier, poirier, tomate
  C. godetiae Pays-Bas amandier, fraisier, framboisier, merisier, olivier, noyer, tamarillo
C. nymphaeae Brésil, Corée, USA fraisier, olivier
  C. pyricola Nouvelle Zélande poirier
C. salicis Allemagne, Nouvelle Zélande fraisier, tomate, saule
C.gloeosporioides(Musae clade) C. alienum Nouvelle Zélande avocatier
Fruits et parfois feuillage (Glomerella leaf spot, GLS18)   C. fructicola(Glomerella cingulata) Australie, Brésil, Chine, USA avocatier, caféier, fraisier, nachi, poirier
  C. siamense USA avocatier, caféier, fraisier, pistachier, poivron, vigne
  C. theobromicola USA11

Apparition des symptômes

La pourriture des fruits est favorisée par les étés chauds, humides et pluvieux. Les fruits peuvent être infectés tout au long de la saison, de la floraison19 à la récolte. Cependant, la plupart des symptômes apparaissent en cours d’été souvent à la suite de conditions chaudes et orageuses. Les premiers symptômes sont assez discrets. Au début, de petites taches circulaires grises ou brunes et peu distinctives apparaissent sur les fruits,1 mais pas nécessairement en lien avec les lenticelles. Ces premiers symptômes peuvent être facilement confondus avec d’autres dommages comme la cochenille de San Jose20 ou même une phytotoxicité au cuivre.

 

Par la suite, des lésions circulaires beiges superficielles se forment et s’agrandissent à mesure que le champignon cause une pourriture de la chair du fruit. Le nombre de lésions par fruits peut être très variable. Dans certains cas, le fruit peut être couvert de petites lésions qui progressent peu, mais la plupart du temps le fruit est atteint de quelques lésions qui progressent rapidement3, pouvant atteindre 3cm en moins d’une semaine.4 Quand la pomme est tranchée, la progression de la pourriture vers le cœur est souvent en forme de « V » (conique). Quoique caractéristique, ce symptôme n’est pas universel. Quand la température est très élevée, les fruits peuvent se ratatiner, pourrir entièrement et tomber au sol ou alors se momifier et rester collés sur l’arbre3. Quand la progression est retardée par du temps plus froid, une marge pourpre apparaît à la marge des symptômes.

 

À la surface des lésions, des cercles concentriques formés de petites structures appelées acervules apparaissent assez tôt pendant la progression des symptômes1. Parfois, les acervules ne suivent pas ce patron et sont plutôt aléatoires3. Lorsque les conditions sont très favorables à la sporulation, soit une humidité très élevée et une température entre 20° et 30°C, une masse gélatineuse rose-orangée ou saumon peut être libérée par les acervules à la surface des fruits. Cette masse de spores (conidies) prend rapidement une allure plus croûtée et racornie par temps sec. La sporulation est un signe caractéristique fiable de l’infection par Colletotrichum. La pourriture noire des fruits (Botryosphaeria sp.) cause des symptômes similaires, mais sans cette sporulation particulière. Les symptômes plus âgés des 2 maladies sont noirs et impossibles à différencier. Sur le bois, les symptômes sont difficiles à distinguer. De plus le champignon colonise souvent des branches affectées par d’autres maladies.

 

Épidémiologie

Survie hivernale au verger

Les fruits infectés laissés au sol, tous les fruits momifiés et restés dans l’arbre 2 ou tombés au sol1, les pédoncules accrochés aux arbres1, les bourgeons à fruit16, les chancres associés à plusieurs maladies (ex :feu bactérien1,5, pourriture noire, chancre européen, dépérissement nectrien) et les diverses branches mortes laissées dans les arbres1,2 peuvent héberger Colletotrichum et maintenir des sources de spores résidentes du verger, parfois pendant plusieurs années. Comme les sources au sol peuvent se décomposer et ne permettent pas des éclaboussements de spores aussi importants que les sources dans les arbres, elles sont moins inquiétantes.

 

photo = Dépérissement nectrien dans l’arbre hébergeant Colletotrichum, à l’origine de la pourriture amère sur le fruit à proximité (Y. Morin).

Autres modes de survie.

Sur les feuilles mortes et sur le sol, le champignon peut survivre assez longtemps quand les conditions sont sèches, mais meurt rapidement dès que le sol ou la litière sont humidifiés et colonisés par d’autres micro organismes. Ce n’est donc pas un mode de survie significatif pour passer l’hiver. De plus, même si certaines espèces du champignon (Glomerella acutata, G. cingulata) peuvent produire à l’occasion des ascospores à l’intérieur de périthèces sur les surfaces atteintes (reproduction sexuée, stade parfait), cette phase de la maladie est rarement rapportée en nature pour G. acutata11 et ne contribue probablement pas non plus de façon significative à l’épidémiologie de la maladie sous nos conditions2,14. Finalement, C. fioriniae qui est probablement l’espèce la plus fréquente sur pommiers peut aussi infecter et tuer la cochenille de la pruche13. Son association à des écosystèmes forestiers via des insectes laisse donc présager d’autres modes de survie.

 

Dissémination et survie estivale

Les spores produites sur les différents hôtes de ce champignon, incluant les pommes affectées, peuvent se propager par éclaboussement, la plupart du temps à la faveur des pluies. Lors d’orages violents, la pluie entrainée par le vent peut disséminer les spores sur d’assez grandes distances et coloniser d’autres cultures incluant les vergers où la maladie était absente. Les insectes attirés par la masse gélatineuse de spores sur les fruits peuvent aussi accidentellement aussi transporter les spores4.

Les spores qui sont disséminées en cours de saison peuvent survivre assez longtemps sur les surfaces où elles atterrissent sans nécessairement provoquer de symptômes. On parle alors d’infections quiescentes ou latentes qui peuvent par la suite se développer (ou non) si les conditions sont favorables. Parfois le champignon produit même des spores sans passer par une infection et survit donc discrètement, le plus souvent sur des feuilles (épiphyte).14 Le champignon se nourrit alors sans nuire à la plante qui l’héberge (biotrophe). Ainsi, d’autres plantes malades ou non comme les pommiers pollinisateurs, les champs de fraisiers avoisinants, des arbres comme le marronnier21 et même les mauvaises herbes peuvent être impliquées et servir en tant que réservoirs d’inoculum en cours de saison.

 

Infection des fruits

Comme l’agent pathogène est endémique dans plusieurs vergers et que la maladie est sporadique5, il faut conclure que l’arrivée des spores de ce champignon à la surface d’un fruit sain suite à une pluie ne suffit pas pour provoquer la pourriture des pommes. Pour que la maladie se déclare, le champignon doit changer de personnalité sur le fruit et passer d’un état bénin (biotrophe) à malin pour entamer l’infection des tissus et causer la pourriture (nécrotrophe). Cette double identité (hémibiotrophe) est complexe et les conditions qui favorisent le passage d’un état à l’autre sont assez mal connues. Dans les régions où la maladie est sporadique, les années favorables à la maladie sont caractérisées par des étés anormalement chauds5. La pourriture commence à apparaître quand la température moyenne est au dessus des normales pour plusieurs jours. Les symptômes sont beaucoup plus fréquents (18x) sur la face exposée des fruits que sur la face ombragée et les fruits au pourtour des arbres sont plus infectés que les arbres au centre des arbres22. Or, les spores survivent très bien à l’exposition au soleil23. Par ailleurs, la température à la surface des fruits peut facilement atteindre 50°C quand la température extérieure monte à 35°C. Il est donc possible que le stress hydrique, l’insolation (échaudure) et globalement les dommages liés à la chaleur21 rendent les fruits plus sensibles à l’infection et que les spores présentes soient activées dans ces conditions.

Ainsi, une taille estivale alliée à un déficit d’irrigation qui précéderait immédiatement une vague de chaleur pourraient stresser la peau des fruits et permettre l’infection par le champignon, alors les fruits non stressés peuvent demeurer exempts de maladie. D’autres stress comme les applications répétées de certaines formulations de calcium ou de soufre pendant les périodes de chaleur sont possiblement impliqués, quoique les applications de calcium6,24 en dehors de ces périodes sont reconnues bénéfiques pour réduire la maladie. Le calcium interagit avec les mécanismes de défense de la plante et inhibe l’activité enzymatique de dégradation du champignon24.

Suite à un premier stress, les infections subséquentes seraient favorisées par l’augmentation des sources de spores21. Les spores déposées sur des fruits abimés par des insectes, la grêle ou autrement provoquent rapidement des infections. En absence de stress, de très longues périodes d’humectation des fruits (plus de 24 h à 21°C) sont requises pour provoquer l’infection22.

 

 

Cultivars et moment de l’infection

La plupart des cultivars sont sensibles à cette maladie. La Rome Beauty, la Délicieuse rouge et Fuji seraient tolérants2,25 alors que la Ginger Gold et la Honeycrisp26 seraient particulièrement sensibles25. Cependant, les attaques sont plus fréquentes sur les cultivars hâtifs (ex : Paulared), probablement parce que les fruits qui gagnent en maturité sont plus sensibles quand il fait chaud. La baisse de la température à l’approche de la récolte est habituellement un frein important pour la propagation de la maladie. Des problèmes de pourriture amère sont parfois rapportés dans les cultivars tardifs (ex : Empire), mais le plus souvent dans des secteurs de vergers déjà affaiblis par d’autres facteurs (ex : gel hivernal). Lors d’automnes chauds les infections à la veille de la récolte peuvent provoquer l’apparition de symptômes qui n’apparaitront que quelques jours après la sortie de l’entreposage. Cependant, la maladie ne serait pas transmise pendant l’entreposage.

 

Mécanismes d’infection

Au moment de la transition de biotrophe inoffensif à nécrotrophe aggressif, le champignon augmente localement le pH en produisant de l’ammoniaque, d’où le goût « amer » parfois associé à la chair pourrie par le champignon. Comme le changement de pH intervient après l’infection, il est peu probable que des traitements acidifiants puissent à eux seuls réduire l’incidence de la pourriture amère.

 

Moyens de lutte :

Dans la plupart des vergers cette maladie est absente et aucune mesure particulière n’est nécessaire. Cependant, une fois la maladie présente et que les conditions sont favorables à l’infection elle peut rapidement prendre des proportions importantes et des mesures strictes sont requises pour l’enrayer.

Assainissement

Même si le champignon est souvent présent dans l’environnement, l’élimination des sources d’inoculum (chancres, branches mortes, fruits au sol et momifiés, etc) demeure la méthode privilégiée pour réprimer cette maladie et son efficacité est reconnue depuis très longtemps4. L’assainissement en verger est efficace parce que les spores sont normalement éclaboussées sur de courtes distances. Les sources les plus à risque et qui doivent être priorisées pendant l’hiver sont les branches affectées par le feu bactérien26 et les momies dans les arbres. L’enlèvement des fruits pourris à mesure qu’ils apparaissent peut aider quand les symptômes sont visibles tôt en saison (juin ou juillet) mais comme les spores peuvent perdurer sur les autres fruits à l’état quiescent, cette mesure n’est probablement pas rentable plus tard en cours d’été. De même, l’enlèvement rapide des branches récemment affectées par le feu bactérien aura un avantage double en diminuant la propagation du feu et en minimisant la propagation de Colletotrichum. Après la récolte, l’enlèvement des fruits pourris au sol ou au minimum leur destruction par fauchage est essentielle. Maintenir un couvre sol de graminées sans mauvaises herbes à feuilles larges pourrait aussi réduire la possibilité d’établissement du champignon pathogène. Éliminer toutes les sources d’inoculum n’est pas possible, mais réprimer la maladie sans réduire les sources locales de spores est très difficile26.

 

Atténuation des stress

Avant les périodes de chaleur intense, la réduction du stress hydrique (irrigation), des stress chimiques (bouillies pesticides) et éviter la taille des cultivars à maturité pourraient aussi diminuer les problèmes. Bien que ces facteurs ne soient pas confirmés, il est possible que l’utilisation de filets (ex : anti-grêle) qui limitent aussi les risques d’échaudure ou des applications de Kaolin ou d’autres écrans solaires appliqués avant les épisodes de stress puissent réduire la sévérité des attaques.

 

Traitements réguliers de calcium

En dehors des périodes de stress, des applications régulières de chlorure de calcium (CaCl2) à un taux faible (0,33kg /100 L au fusil soit environ 5kg/ha) se sont avérées aussi efficaces que des traitements fongicides28 pour réprimer la maladie. Le nitrate de calcium ne serait pas efficace27.

 

Traitements fongicides

Les traitements fongicides appliqués pour réprimer la tavelure en été réduisent partiellement la pourriture amère. Cependant quand les conditions climatiques favorisent la maladie, l’intervalle entre les applications est souvent trop important pour ralentir l’épidémie. Quand tous les facteurs sont réunis, des traitements aux deux semaines à partir du début juin jusqu’à la récolte peuvent être nécessaires, toutes chimies confondues. En absence d’autres mesures de contrôle, des traitements plus fréquents pourraient être requis.

 

Différents produits sont efficaces contre la pourriture amère, incluant le cuivre2,4 les EBDC (mancozeb, metiram, ferbam), le Captan29, les strobilurines (QoI)26, les SDHI26 (Luna, Merivon) etc. Certains fongicides plus récents (Allegro et Pristine) sont spécifiquement homologués pour des traitements estivaux contre cette maladie, mais en l’absence de balises les traitements ne sont pas toujours plus efficaces que les produits à moindre cout10. De plus, ces deux produits sont proscrits en production PFI. La bouillie soufrée4, les inhibiteurs d’ergostérols29 ne sont pas très efficaces. Le fongicide biologique Serenade Max (Bacillus subtilis) a une efficacité variable10,30.

La meilleure option fongicide en PFI demeure les applications ciblées de Captan à la veille des périodes de grande chaleur et renouvelées aux 10-14 jours.

Aucun traitement fongicide ne peut arrêter le développement des symptômes déjà visibles. Les traitements à la veille de la récolte ou en post récole ne sont donc pas généralement utiles contre la pourriture amère. Cependant, en absence de symptômes au moment de la récolte il est possible de traiter les pommes à l’eau chaude dès la sortie des chambres et éviter l’apparition des symptômes. Cette approche est fréquente en production biologique en Europe31.

 

Stress associés aux bouillies pesticides

Le cuivre (hydroxide) appliqué à dose faible (environ 500g métal/ha) au cours de l’été peut augmenter l’incidence de la pourriture amère10.

 

* La taxonomie de ce genre de champignon est complexe et les noms d’espèces rapportés dans la littérature ne sont pas toujours fiables. Certains auteurs réfèrent à C. acutatum et C. gloeosporioides sensu lato qui sont inclusifs de plusieurs espèces. Des noms d’espèces plus anciens comme Gloeosporium fructigenum sont aussi rapportés dans les articles.

Références

  1. Jones, A. L. & Aldwinckle, H. S. Compendium of Apple and Pear Diseases. 1, (The American Phytopathological Society, 1990).
  2. Dunegan, J. C. Bitter Rot of Apples. Yearb. Agric. 655–657 (1953). at <http://naldc.nal.usda.gov/naldc/download.xhtml?id=IND43894396&content=PDF>
  3. Hesler, L. R. & Whetzel, H. H. Manual Of Fruit Diseases. (Kessinger Publishing, LLC, 1917).
  4. Roberts, J. W. & Pierce, L. Apple Bitter Rot and Its Control. (U.S. Department of Agriculture, 1935).
  5. Jones, A. L., Ehret, G. R., Meyer, M. P. & Shane, W. W. Occurrence of bitter rot on apple in Michigan. Plant Dis. 80, 1294–1297 (1996).
  6. Biggs, A. R. Effects of Calcium Salts on Apple Bitter Rot Caused by Two Colletotrichum spp. Plant Dis. 83, 1001–1005 (1999).
  7. Managing Bitter Rot in Apples. at <http://www.omafra.gov.on.ca/english/crops/hort/news/orchnews/2014/on-1214a5.htm>
  8. Damm, U., Cannon, P. F., Woudenberg, J. H. C. & Crous, P. W. The Colletotrichum acutatum species complex. Stud. Mycol. 73, 37–113 (2012).
  9. Weir, B. S., Johnston, P. R. & Damm, U. The Colletotrichum gloeosporioides species complex. Stud. Mycol. 73, 115–180 (2012).
  10. Everett, K. R. et al. Evaluation of fungicides for control of bitter and sprinkler rots on apple fruit. N. Z. Plant Prot. 68, 264–274 (2015).
  11. Munir, M. Characterization of colletotrichum species causing bitter rot of apples in kentucky orchards. (2015). at <http://uknowledge.uky.edu/plantpath_etds/18/>
  12. Jiang, J. et al. Identification and characterization of Colletotrichum fructicola causing black spots on young fruits related to bitter rot of pear (Pyrus bretschneideri Rehd.) in China. Crop Prot. 58, 41–48 (2014).
  13. Marcelino, J. et al. Colletotrichum acutatum var. fioriniae (teleomorph: Glomerella acutata var. fioriniae var. nov.) infection of a scale insect. Mycologia 100, 353–374 (2008).
  14. Peres, N. A., Timmer, L. W., Adaskaveg, J. E. & Correll, J. C. Lifestyles of Colletotrichum acutatum. Plant Dis. 89, 784–796 (2005).
  15. Cannon, P. F., Damm, U., Johnston, P. R. & Weir, B. S. Colletotrichum – current status and future directions. Stud. Mycol. 73, 181–213 (2012).
  16. Stensvand. Colletotrichum acutatum Found on Apple Buds in Norway. Plant Manag. Netw. (2007). doi:10.1094/PHP-2007-0522-01-RS
  17. Giraud, Michel & Moronvalle, Aude. Biologie et épidémiologie des gloeosporioses. Infos CTIFL (2012).
  18. González, E., Sutton, T. B. & Correll, J. C. Clarification of the etiology of Glomerella leaf spot and bitter rot of apple caused by Colletotrichum spp. based on morphology and genetic, molecular, and pathogenicity tests. Phytopathology 96, 982–992 (2006).
  19. Taylor, J. Epidemiology and symptomatology of apple bitter rot. Phytopathology (1971). at <http://agris.fao.org/agris-search/search.do?recordID=US201301126897>
  20. Different Pests, Similar Damage. at <http://omafra.gov.on.ca/english/crops/hort/news/orchnews/2015/on-0815a4.htm>
  21. Rosenberger, D. A. Controlling summer fruit rots in apples. (2015). at <http://rvpadmin.cce.cornell.edu/uploads/doc_258.pdf>
  22. Brook, P. J. Glomerella cingulata and bitter rot of apple. N. Z. J. Agric. Res. 20, 547–555 (1977).
  23. Brook, P. J. Protective function of an ultraviolet-absorbing compound associated with conidia of Glomerella cingulata. N. Z. J. Bot. 19, 299–304 (1981).
  24. Park, E., Solomos, T., McEvoy, J. L., Conway, W. S. & Sams, C. E. The effect of calcium on the expression of polygalacturonase activity by Colletotrichum acutatum in apple fruit. Plant Pathol. J. 5, 183–186 (2006).
  25. Biggs, A. R. & Miller, S. S. Relative Susceptibility of Selected Apple Cultivars to Colletotrichum acutatum. Plant Dis. 85, 657–660 (2001).
  26. Lehnert, R. Those rotten Honeycrisp. Good Fruit Grower (2015). at <http://www.goodfruit.com/those-rotten-honeycrisp/>
  27. Lanauskas, J. et al. The effect of calcium foliar fertilizers on cv. Ligol apples. Plant Soil Environ. 58, 465–470 (2012).
  28. Boyd-Wilson, K. S. H. et al. Compounds alone and in combination with yeasts to control Colletotrichum acutatum in apples. Australas. Plant Pathol. 43, 703–714 (2014).
  29. Rosenberger, D., Cox, K., Rugh, A., Villani, S. & Fredericks, Z. A New Fungicide for Controlling Summer Diseases on Apples? at <http://www.nyshs.org/pdf/-NYFQ%202012.CMC/-NYFQ%20WINTER%202012.CMC/2.A%20New%20Fungicide%20for%20Controlling%20Summer%20Diseases%20on%20Apples.pdf>
  30. Rosenberger, D. A. Factors Limiting IPM-Compatibility of New Disease Control Tactics for Apples in Eastern United States. Plant Health Prog. (2003). doi:10.1094/PHP-2003-0826-01-RV
  31. Schloffer, K. & Trapman, M. Hot water shower against Gloeosporium fruit rot in organic apple production – how to introduce a new system from research to practice. IOBC WPRS Bull. 110, 191–198 (2015).

 

L’affiche 2015 « Production fruitière intégrée » est disponible

La version 2015 de l’affiche Production fruitière intégrée sera distribuée au cours du mois de mars à tous les producteurs et intervenants de la pomme, via un envoi postal des Producteurs de pommes du Québec. Beaucoup de nouveautés cette année dans l’affiche :

thumb Affiche_PFI_2015

  • elle contient maintenant les recommandations de traitements du Comité (autrefois appelé le « calendrier des traitements »);
  • elle sera mise à jour et publiée chaque année;
  • les produits « rouges », « jaunes » et « verts » ont été révisés et sont bien identifiés partout dans l’affiche;
  • La version PDF est déjà disponible sur Agri-Réseau, et une version consultable sur ordinateur, tablette et téléphone intelligent sera disponible sous peu sur la plateforme web dynamique du Réseau-pommier.

La version 2015 du Guide de référence en production fruitière intégrée est en ligne

Bienvenue sur la plateforme PFI du Réseau-pommier, qui héberge le Guide de référence en production fruitière intégrée ainsi que d’autres contenus exclusifs aux abonnés.

pages du Guide de PFI 2015Nous sommes heureux d’annoncer que le Guide 2015 est disponible sur le site! La version 2014 a en effet subi une importante mise à jour et la version 2015 est maintenant accessible sans besoin de téléchargement, autant sur votre ordinateur que sur votre appareil mobile.

Pour accéder au contenu des 121 fiches traitant chacune d’un sujet relié à la production de pommes, consultez la table des matières. Notez qu’il est nécessaire de s’abonner au site pour avoir accès à l’ensemble des fiches.

Vous n’êtes pas abonné(e)? Visitez la section abonnement et si vous êtes membre des Producteurs de pommes du Québec, entrez votre code promotionnel pour obtenir un rabais de 60 % sur le prix annoncé (20 $ au lieu de 50 $) jusqu’en mai 2015.

Merci aux Producteurs de pommes du Québec et au Programme d’appui financier aux regroupements et aux associations de producteurs désignés du MAPAQ pour leur soutien à la production de la version originale de ce document.