Fiche 111

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Les mauvaises herbes

Daniel Cormier, Robert Maheux, Danielle Bernier, Gérald Chouinard et Yvon Morin

 

Les mauvaises herbes sont en compétition avec les pommiers pour l’eau et les éléments nutritifs. Elles peuvent ralentir la croissance de vos arbres et nuire à l’accumulation de leurs réserves énergétiques, lesquelles assurent normalement une meilleure résistance au froid hivernal. De plus, elles peuvent également servir de plante hôtes à certains ravageurs du pommier (punaise terne, cérèse buffle, nématodes) qui sont ensuite en bonne position pour s’attaquer à cette culture. Pour contrer ce problème, la répression de la végétation à la base des pommiers est la solution désignée. Cette pratique a plusieurs fonctions : en plus d’éliminer la compétition, elle diminue les risques de dégâts causés par les campagnols et elle facilite la cueillette des pommes.

 

Dépistage

Le dépistage des mauvaises herbes est très rentable, car il permet de les identifier et au besoin, d’intervenir localement, bien avant qu’elles ne se reproduisent (montée en graines). Il permet également de détecter une nouvelle espèce avant qu’elle ne se propage dans le verger. Pour les nouvelles plantations, le dépistage doit être effectué de la plantation jusqu’à la fin juillet. Pour les parcelles en production, il doit être fait du débourrement du pommier jusqu’à 30 jours après la floraison et complété par un suivi à la fin juillet.

 

Stratégies de lutte

La lutte aux mauvaises herbes doit s’effectuer pendant la période critique de croissance du pommier, qui se situe du mois de mai à la mi-juillet. Durant cette période, le pommier en production traverse quatre stades importants, soit la floraison, la nouaison, le grossissement des fruits et l’initiation des boutons floraux pour l’année suivante. La présence des mauvaises herbes doit être réduite pendant ces quatre stades afin d’éviter des pertes significatives à la récolte (baisse de rendement et diminution du calibre des fruits, entre autres). Pour de jeunes pommiers non en production, la mise à fruit sera retardée et la productivité de votre verger sera mise en péril.

En PFI, la lutte aux mauvaises herbes ne signifie pas leur éradication complète. Ainsi, un verger avec un bon programme de fertilisation et d’irrigation (fertigation) obtenant d’excellents rendements et des pommes de qualité pourra tolérer une plus grande compétition de la part des mauvaises herbes comparativement à un verger sans irrigation qui a des lacunes en fertilisation et de faibles rendements.

L’année avant l’implantation

L’utilisation d’un engrais vert associé à un désherbage chimique un an avant la plantation sur une future parcelle permet de limiter la croissance des mauvaises herbes vivaces et d’améliorer la structure du sol. Un engrais vert, par exemple le ray-grass (ivraie) ou l’herbe de Soudan, augmente le taux de la matière organique du sol, tandis que l’utilisation d’un herbicide systémique est efficace pour lutter contre les mauvaises herbes vivaces. Par contre, il faut éviter d’appliquer des herbicides dont les résidus seront encore présents durant l’année de la plantation (consultez la description des herbicides, rodenticides, régulateurs de croissance et autres produits phytosanitaires homologués en pomiculture au Québec (fiche 53)).

parcelle engazonnée

La future parcelle peut être engazonnée (après l’enfouissement de l’engrais vert) l’automne précédant la plantation afin de limiter la croissance des mauvaises herbes. Un herbicide homologué à cette fin pourra ensuite être utilisé sur le rang.

Une bonne préparation du site évitera beaucoup de problèmes, surtout dans le cas des mauvaises herbes vivaces. Ceci contribuera à une bonne croissance du pommier, absolument essentielle pendant les premières années de sa vie.

L’année après la plantation

Après avoir effectué la plantation des arbres en avril, un herbicide résiduel spécialement conçu pour une jeune plantation (fiche 53) peut être utilisé si aucun paillis (voir les méthodes culturales ci-après) n’a été mis en place. Au début de l’été (juillet), l’apparition de mauvaises herbes doit être surveillée et une intervention locale au besoin permettra de maintenir les rangs de pommiers libres de mauvaises herbes jusqu’en août.

Dans le verger non en production

Durant les trois années suivant la plantation d’un verger standard, semi-nain ou nain, une bonne gestion des mauvaises herbes favorisera la croissance des pommiers et le développement d’une bonne structure des arbres.

Dans le verger standard en production

Dans ce type de plantation, il peut être essentiel d’utiliser localement des herbicides pour lutter contre des mauvaises herbes vivaces très envahissantes. Le fauchage à l’aide d’un taille-bordure ainsi que le sarclage manuel peuvent aussi remplacer l’utilisation des herbicides.

Dans le verger semi-nain et nain en production

Les porte-greffes utilisés dans ces plantations sont très sensibles à la compétition par les mauvaises herbes. Les méthodes de lutte décrites ci-après peuvent être utlisées en PFI.

 

Méthodes culturales
Application d’un paillis

Les paillis de plastique ou de matière organique (comme le bois raméal fragmenté) sont des matériaux efficaces pour enrayer à court terme (1-3 ans) et à moyen terme (3-5 ans) la croissance des mauvaises herbes, de manière non sélective. Selon sa nature, le paillis pourra nécessiter d’être renouvelé pour maintenir son efficacité. De plus, d’autres bénéfices pourront être obtenus :

  • Contrôle de l’évaporation de l’eau du sol menant à la diminution des besoins en irrigation;
  • Enrichissement du sol en matière organique (lorsqu’il s’agit de paillis organiques);
  • Diminution de la température du sol en été et protection partielle contre le gel en hiver (lorsqu’il s’agit de paillis organiques).

Cependant, les paillis peuvent avoir des inconvénients qui méritent d’être soulignés :

  • Avec l’utilisation de paillis, la population de campagnols des champs doit être surveillée étroitement, car les petits mammifères en profitent souvent pour se multiplier sous le paillis, à l’abri des prédateurs.
  • Les paillis organiques, selon leur nature, peuvent nécessiter des applications d’azote pour permettre leur décomposition, s’ils sont incorporés au sol. Sans application d’azote, ils peuvent affecter de manière négative la disponibilité en azote pour la culture. Dans d’autres cas, ils peuvent au contraire libérer de l’azote et nuire à l’aoûtement du pommier.
  • Les paillis de copeaux de bois ont une faible efficacité contre les mauvaises herbes vivaces déjà établies.

application d'un paillis

Fauchage et tonte du rang

Cette pratique ne permet pas d’éliminer complètement la compétition de la part des mauvaises herbes, mais elle réduira ses effets. Selon la croissance des mauvaises herbes, la tonte peut être requise de deux à trois fois durant l’été.

L’opération nécessite l’utilisation d’une faucheuse rotative munie d’une extension afin de faucher autour de chaque pommier. Elle doit être réalisée avant que le poids des pommes ne tire les branches trop près du sol. La fauche doit être effectuée avec vigilance dans le cas des jeunes arbres, afin d’éviter de causer des blessures au tronc.

 

Herbicides

L’utilisation d’herbicides demeure la méthode la plus courante et la plus simple pour empêcher la croissance de la végétation sur le rang. Les herbicides doivent cependant être utilisés de manière restreinte afin de limiter certains risques qu’ils comportent :

lutte aux mauvaises herbes à l'aide d'herbicides

  • Risque de phytotoxicité pour les pommiers et de toxicité pour l’applicateur en cas de dérive.
  • Risque de dommages aux organismes bénéfiques du sol, notamment les vers de terre
  • Risque de pollution de la nappe phréatique et des cours d’eau.

L’emploi de doses supérieures à l’étiquette est évidemment proscrit. Des doses élevées augmentent dramatiquement ces risques et peuvent aussi provoquer un déséquilibre physiologique préjudiciable aux pommiers. Dans des sols légers, des effets phytotoxiques peuvent se manifester.

Le choix des herbicides doit donc se faire selon les résultats du dépistage. En d’autres mots, les espèces à réprimer, leur stade de développement ainsi que leur localisation dans le verger doivent être considérés lors du choix de l’herbicide.

En présence d’infestations localisées ou de foyers de mauvaises herbes récalcitrantes, il faut traiter la zone infestée seulement. Une application manuelle à l’aide d’un humecteur à mèche est efficace pour traiter près des arbres avec un herbicide systémique homologué à cette fin.

application manuelle d'herbicide à l'aide d'un humecteur à mèche

Dans les plantations de pommiers nains et semi-nains, les applications en bandes doivent être limitées à une largeur maximale. Cette largeur désherbée doit correspondre à moins du tiers de la superficie totale du verger, sans jamais dépasser 1,2 m de chaque côté du rang. Il est judicieux de limiter les applications à la largeur du rang de pommiers qui a été déterminée au moment de l’établissement de la parcelle.

Il n’est pas nécessaire de réprimer complètement les mauvaises herbes sur le rang au-delà de la période critique de croissance du pommier. Il est préférable de privilégier les traitements printaniers et d’éviter les traitements herbicides à l’automne afin de conserver de la végétation en fin de saison. Un couvert végétal pourra maintenir la neige autour des racines du pommier et assurer une meilleure protection hivernale. Il favorisera également l’hibernation des acariens prédateurs. Cependant, la hauteur du couvre-sol devra être minimale afin de ne pas favoriser l’établissement du campagnol des champs.

Certains herbicides peuvent être utilisés durant l’année de l’implantation du verger, avant ou après la plantation des pommiers. Dans les vergers établis, ils sont utilisés en fonction de l’apparition des mauvaises herbes : en prélevée ou en postlevée. Pour plus de détails sur les herbicides, consultez la description des herbicides, rodenticides, régulateurs de croissance et autres produits phytosanitaires homologués en pomiculture au Québec (fiche 53).

Herbicides de préplantation

Ces herbicides, appliqués avant l’implantation d’un verger, sont absorbés par les mauvaises herbes au moment de leur germination. L’application de ces herbicides doit donc se faire avant la levée des mauvaises herbes. Les conditions d’application (dose, % de matière organique, volume d’eau, etc.) de ces herbicides sont très variables d’un produit à l’autre. Assurez-vous de lire l’étiquette pour bien les utiliser.

Herbicides de prélevée

Les herbicides de prélevée sont appliqués avant la levée des mauvaises herbes. Ces produits agissent en nuisant à leur germination ou en créant à la surface ou sous la surface du sol une zone toxique pour les graines ou les plantules des mauvaises herbes visées. Ces herbicides ont besoin d’humidité (ex. : sol humide, pluie, irrigation) pour offrir une excellente efficacité contre les mauvaises herbes. En l’absence d’humidité, un travail superficiel du sol peut être nécessaire. La simazine (ex. : PRINCEP, SIMAZINE, SIMADEX), le napropamide (DEVRINOL), le dichlobénil (CASORON) et le terbacile (SINBAR) sont des exemples d’herbicides de prélevée.

Attention! Les risques de phytotoxicité de ces herbicides sont plus élevés sur des sols ayant moins de 2 % de matière organique. Pour diminuer ces risques, il est préférable d’éviter que les racines de pommiers de remplacement nouvellement plantés ne viennent en contact avec un sol traité depuis moins de trois ans avec un herbicide de prélevée.

Herbicides de postlevée

Les herbicides de postlevée s’utilisent après la levée des mauvaises herbes. Ces produits peuvent être systémiques ou de contact.

Herbicides systémiques. Les herbicides systémiques sont absorbés et transportés à l’intérieur de la plante. En circulant dans la plante, ils perturbent différents processus comme la photosynthèse, la synthèse des acides aminés et le développement cellulaire. La croissance et le développement de la plante sont alors déréglés ou même arrêtés, ce qui la fait mourir. Ces herbicides doivent être appliqués en période de croissance active des mauvaises herbes. Le glyphosate (ex : ROUNDUP, TOUCHDOWN, GLYFOS) fait partie de ce type d’herbicides et ne doit pas être appliqué après la mi-juillet pour une raison supplémentaire: selon certaines études il contribue au brunissement interne des pommes sensibles comme Empire, entreposées à long terme (voir la fiche 119).

Lors de l’application de ces herbicides, il est important d’éviter que l’herbicide touche les feuilles du pommier, l’écorce récente et les drageons à la base du tronc. Ces parties peuvent absorber l’herbicide, développer des symptômes de phytotoxicité et être endommagées. Conséquemment, avant de traiter avec des herbicides systémiques, il est conseillé de couper les drageons des pommiers.

bouquets endommagés (phytotoxicité)

Herbicides de contact. Au contraire des herbicides systémiques, les herbicides de contact ne sont pas transportés dans la plante. Ils détruisent seulement le feuillage avec lequel ils entrent en contact. Avec ce type de produit, il est important de couvrir uniformément le feuillage des plantes à éliminer. Le paraquat (GRAMOXONE), le glufosinate d’ammonium (IGNITE) et le diquat (REGLONE) font partie de ce groupe. Ils n’ont aucun effet sur les parties souterraines des mauvaises herbes.

 

Application des herbicides

Les appareils servant à la pulvérisation des herbicides sont les suivants :

  • Pulvérisateur conventionnel (aussi appelé rampe à herbicides);
  • Pulvérisateur à application contrôlée de gouttelettes, avec couvercle protecteur (aussi appelé CDA);
  • Humecteur à mèche pour application manuelle localisée;
  • Applicateur portatif manuel avec une buse simple pour application localisée.
Précautions à prendre avant tout traitement herbicide

Observations des conditions météorologiques. Il est possible de réduire la dérive lors des applications en prenant soin d’observer les conditions météorologiques suivantes : la vitesse du vent, la température pendant l’application et le taux d’humidité relative.

Dans le cas d’une application d’un herbicide avec un pulvérisateur à rampe, les paramètres suivants sont recommandés : vitesse maximale du vent de 7-13 km/h avec une température inférieure à 25 °C et une humidité relative supérieure à 50 %. L’ensemble de ces conditions est souvent retrouvé en fin de journée (pour plus d’informations sur la dérive des pesticides, consultez la fiche 54).

Vérification de l’état de votre pulvérisateur. Les applications d’herbicides doivent toujours être faites avec un pulvérisateur réservé à cette fin et les précautions suivantes doivent être prises :

  • Les pulvérisateurs sont des outils de précision; assurez-vous de les garder en bon état de fonctionnement et de les étalonner régulièrement. L’étalonnage doit être effectué une fois par année en respectant les paramètres suivants : la rampe doit être à une hauteur de 0,3 m par rapport au sol et la vitesse maximale du tracteur doit être réglée à moins de 6 km/h.
  • Les pulvérisateurs atomiseurs, portatifs ou non, ne doivent jamais servir pour l’application d’herbicides. Ce type d’appareil produit de très fines gouttelettes qui dérivent facilement et peuvent causer de la phytotoxicité sur vos pommiers ou toute autre plante non visée par le traitement.
  • Le pulvérisateur à herbicides doit être nettoyé avec soin. Il est préférable d’effectuer un triple rinçage du réservoir avant de remiser le pulvérisateur. De plus, il est recommandé d’utiliser des produits commerciaux destinés à cet usage et de vérifier les particularités du nettoyage sur l’étiquette. Pour certains herbicides, une eau savonneuse et un rinçage à l’eau claire ne sont pas suffisants.
Le pulvérisateur CDA, un bon choix?

Présent au Québec depuis 2004, le pulvérisateur CDA offre plusieurs avantages comparativement à l’utilisation de la rampe à herbicides :

  • La dérive étant fortement réduite, il peut être utilisé lors de journées venteuses sans risque de dégâts aux feuilles et aux jeunes troncs;
  • Il permet d’appliquer les herbicides de contact en concentré et donc de traiter une plus grande superficie avec une même quantité d’eau;
  • En utilisant moins d’eau dans le réservoir lors de l’arrosage, la compaction des allées du verger et le temps de remplissage sont réduits;
  • Les coûts d’application des herbicides sont bien moindres avec ce système qu’avec une rampe à herbicides classique.

Ses inconvénients sont les suivants :

  • Les problèmes d’application sont plus difficiles à détecter, car l’arrosage en concentré laisse peu de traces de gouttelettes comparativement au traitement effectué avec une rampe;
  • L’appareil est délicat, particulièrement la buse qui ne doit pas entrer en contact avec des roches ou autres débris sur le parcours de l’arrosage;
  • Son coût d’achat est élevé par rapport à un pulvérisateur conventionnel.

 

Cette fiche est tirée du Guide de référence en production fruitière intégrée à l’intention des producteurs de pommes du Québec 2015. © Institut de recherche et de développement en agroenvironnement. Reproduction interdite sans autorisation écrite.

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Daniel Cormier

Daniel Cormier est détenteur d’un baccalauréat en agronomie avec une spécialité en phytoprotection, assorti d’une mineure en agriculture biologique. Il a aussi obtenu un doctorat en entomologie à l’Université McGill. En avril 1999, Daniel Cormier s’est joint à l’IRDA à titre de chercheur entomologiste en pomiculture. Ses travaux de recherche visent principalement à développer de nouvelles stratégies de lutte contre les insectes ravageurs du pommier par l’utilisation de moyens à risque réduit pour l’environnement et en conformité avec le programme de Production Fruitière Intégrée (PFI).


Gerald Chouinard

Agronome et entomologiste à l'emploi du ministère de l'Agriculture, de Pêcheries et de l'Alimentation du Québec depuis 1992 et de l'IRDA depuis sa création. Depuis plus de 20 ans, il supporte les pomiculteurs et les professionnels de la pomiculture dans leur mission: produire des pommes de qualité, dans le respect de l'environnement.


Yvon Morin

agronome spécialisé en pomiculture depuis plus de 25 ans. Employé, puis dirigeant de la première entreprise de services-conseils pour les vergers, il a développé et mis à l'épreuve nombre de méthodes de dépistage et de seuils d'intervention utilisés par les conseillers en pomiculture du Québec

Une réflexion au sujet de « Fiche 111 »

  1. Question: pourquoi ne pas ensemencer en trèfle ou autre couvre sol bas au lieu d’utiliser toujours des herbicides? Est-ce une question de coût?

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