La fertilisation sans nuire à la phytoprotection

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La fertilisation sans nuire à la phytoprotection.

 

Les apports requis d’azote de calcium et de bore sont essentiels pour obtenir des rendements de qualité. Cependant, la fertilisation des arbres peut compliquer la gestion des ravageurs et en particulier des maladies. Ce bulletin sur l’azote, le calcium et le bore a pour but de présenter une approche de fertilisation qui répond à la fois aux impératifs physiologiques des arbres, sans pour autant augmenter les problèmes de maladies et des insectes. Ce bulletin est complémentaire à la fiche 37du guide PFI et ne traite pas d’aspects fondamentaux de la nutrition des arbres comme le pH des sols.

Azote (N)

L’azote doit être disponible à l’arbre au moment de la floraison et très tôt pendant la période de croissance. Pendant l’été, les effets négatifs de l’azote sont plus importants que les effets positifs. Par exemple, l’azote disponible à l’arbre tardivement retarde la formation du bourgeon terminal, ce qui augmente les problèmes de tavelure secondaire, de feu bactérien1–3et de pucerons notamment. Les excès d’azote en été ont également des effets physiologiques néfastes connus depuis très longtemps4sur la coloration, la fermeté, la chute prématurée et plusieurs désordres de conservation des fruits (liège, point amer, scald, brunissement vasculaire, sénescence)5,6. Les vergers en excès d’azote et avec une croissance excessive sont plus souvent affectés par des problèmes comme le point amer et ce malgré des traitements répétés de calcium7,8et sont plus sensibles au gel hivernal9. Finalement, l’azote après la récolte peut aggraver les problèmes de chancre européen10. Pour optimiser la disponibilité de l’azote au bon moment, il faut tenir compte des réserves de l’arbre et fertiliser en conséquence, au moment opportun11. Par exemple, l’azote appliqué au sol au printemps est souvent disponible trop tard et n’est utile que pour l’année suivante. L’azote appliqué au sol entre juin et septembre est donc toujours une nuisance pendant la saison de croissance. Les applications après la récolte sont possibles, mais les applications foliaires tôt au printemps sont les plus efficaces et correspondent au moment où l’arbre en a besoin12.

Azote au sol

En général, le nitrate de calcium est préférable au nitrate d’ammonium parce que l’apport de calcium au sol réduit l’incidence de point amer et améliore la qualité générale des fruits.8En fait, les engrais à base d’ammonium devraient être évités parce qu’ils acidifient le sol et nuisent à l’absorption du calcium5. Les fruits des parcelles traitées au sol avec du nitrate9ou du sulfate4d’ammonium sont généralement moins colorés et moins fermes. Cependant, une application au sol très tôt en saison (avant le débourrement) d’urée (qui libère de l’ammoniaque) est encouragée pour combattre la tavelure (voir fiche 101). L’application d’une solution de 5% d’urée au sol (10 unités d’azote par ha pour 400L de bouillie) remplace le DAP (diammonium phosphate, environ 20 unités d’azote) et la balance requise devrait être fournie par du nitrate de calcium.

Azote foliaire

L’urée foliaire (et probablement toutes les sources d’azote) ne devrait pas être appliqué sur les arbres déjà en excès d’azote. Cependant, l’urée foliaire appliqué tôt en saison (entre le stade débourrement et le stade calice) est utile à l’arbre et aide à réprimer la tavelure13,14.Lorsqu’appliqué au moment de la floraison, l’urée a aussi un léger effet d’éclaircissage15. Plus tard en saison, l’azote devrait être proscrit. Les problèmes de l’azote en été ne sont pas seulement reliés à l’urée tardif. Les applications foliaires d’azote sous toutes ses formes ne devraient pas être faites entre le stade calice et la récolte. Ainsi, même si la quantité d’azote appliquée lors des traitements de nitrate de calcium est généralement faible, les effets négatifs de l’azote restent mesurables. Suite aux traitements de nitrate de calcium, la quantité d’azote dans la pelure et la chair des fruits augmente16et a pour effet une dégradation de la couleur17et la qualité des fruits18. La quantité d’azote dans la pelure des fruits est d’ailleurs un excellent paramètre pour prédire le point amer dans la Honeycrisp7. Dans les vergers où le chancre européen n’est pas un problème, l’urée foliaire à l’automne (post récolte) nourrit les bourgeons et constitue une réserve pour l’arbre qui est disponible au moment où ils en ont besoin, soit au moment du débourrement pour l’année suivante.

Directives pour les traitements foliaires d’azote:

La stratégie proposée pour optimiser les bénéfices de l’azote consiste à appliquer de l’urée à répétition entre le stade pré bouton rose et le stade calice à raison de 3 kg/ha par application pour un total d’environ 5 passages (15 kg/ha d’urée donnent environ 7 unités d’azote). Mélanger l’urée à vos traitements fongicides est probablement la meilleure approche pour y arriver. Par ailleurs, l’urée est compatible en mélange avec le Solubor (recommandé dès le stade bouton rose19) et avec le chlorure de calcium. Le calcium peut même favoriser l’absorption de l’azote20. Un dernier traitement d’urée au stade calice en mélange avec le Solubor et le chlorure de calcium est une avenue intéressante21. Aucune forme d’azote ne devrait être appliquée sur les arbres entre le 1erjuin20et la fin de la récolte.

 

Calcium (Ca)

Le niveau de calcium dans les arbres et dans les fruits est tributaire de la disponibilité du calcium dans le sol et de la charge fruitière. Les apports de calcium devraient être faits en considérant la cause de la carence (problèmes d’excès d’azote, de magnésium, pH de sol trop faible, etc)22.  Les arbres peu chargés23et donc avec des fruits plus gros24sont plus sujets aux désordres comme le point amer (bitter pit). De même, toute croissance végétative en été nuit à l’absorption du calcium. Favoriser la formation rapide d’un bourgeon terminal (éviter l’azote et la taille, régulateur de croissance, etc) augmente donc l’absorption du calcium. Plus la croissance est importante, pire sont les problèmes de point amer et ce, peu importe le calcium disponible. La croissance est même utilisée pour prédire le point amer sur Honeycrisp7.

 

Le chaulage, les apports calciques au sol (ex : nitrate de calcium), les paillis de bois25(ex : bois raméal) contribuent à la fertilisation en calcium, mais ne sont pas toujours efficaces pour augmenter la concentration en calcium des fruits24et réprimer le point amer26. Les applications foliaires de calcium durant l’été sont souvent essentielles pour prévenir le point amer, mais aussi d’autres désordres physiologiques (ex : scald16,27), notamment sur des cultivars comme Cortland22, Spartan5et HoneyCrisp28. Pour des pommes au même niveau de maturité, les apports foliaires de calcium peuvent aussi améliorer la grosseur, densité, fermeté, couleur et l’apparence générale des fruits16,27.

 

De plus, le calcium a aussi un effet contre les maladies29,30. Les arbres bien fournis en calcium sont moins affectés par le feu bactérien3. Le chlorure de calcium (mais pas les autres formes de calcium) réprime en partie la tavelure (feuilles et fruits)31, le blanc32, la suie-moucheture33–35, la pourriture amère33,36, la rouille29, et les pourritures d’entreposage.37La seule exception est la pourriture blanche associée à Botryosphaeria dothidea qui pourrait être amplifiée par le chlorure de calcium38mais cette maladie est à peu près absente au Québec.

 

Cependant, les bénéfices des traitements foliaires de calcium ne sont pas toujours mesurables parfois parce que les apports ne sont pas optimaux. Outre les causes physiologiques, les conditions de traitements jouent un rôle. Par exemple, le calcium est mieux absorbé quand l’humidité relative est élevée et qu’il ne fait pas trop chaud. Les fruits les plus exposés aux températures élevées (évaporation élevée) absorbent moins de calcium.

 

Pour assurer un usage optimal et une pénétration suffisante de calcium, des applications répétées sont requises et les traitements doivent généralement commencer avant la mi juin39. Cependant, l’absorption par les jeunes fruits est variable et la date optimale de début des traitements pourrait varier selon le cultivar40. Steve Hoying (Cornell)recommandait en fait de débuter les traitements de calcium dès la chute des pétales41. Plus de 6 traitements par année peuvent être nécessaire pour en bénéficier27(ex : aux 2 semaines), mais la fréquence optimale peut être plus élevée. Il est possible d’obtenir un effet positif du calcium avec un seul traitement à deux semaines de la récolte, mais cette pratique est en général risquée (phytotoxicité, maturation plus rapide des fruits, etc)5. La pénétration du calcium peut être bonne lors des applications tardives de calcium, mais les bénéfices pour réprimer le point amer seront moindres26.

Lors des traitements foliaires, la vitesse de pénétration du calcium dans les fruits est assez constante entre 15-30°C42, mais relativement lente. Il est donc important de choisir un sel avec la pénétration la plus rapide pour éviter les pertes à cause du lessivage par la pluie.

 

Chlorure de calcium (CaCl2) :De toutes les formulations de calcium, le chlorure (CaCl2) vendu sous forme de flocons (77% CaCl2, soit 28-29% Ca) est la plus efficace, la moins chère et son usage est permis en production biologique43. En laboratoire, la vitesse de pénétration du CaCl2est supérieure à la vitesse de pénétration de la plupart des autres formulations de calcium, incluant les formulations commerciales plus complexes, parfois appelées « organiques » (acétate, carbonate, lactate, proprionate, nitrate)26,44,24. Cette observation s’explique par le fait que le chlorure de calcium a un point de déliquescence très faible. Autrement dit, le chlorure est très hygroscopique. En présence d’humidité il revient rapidement en solution, ce qui permet son absorption par la plante. Ces résultats ont été confirmés en verger16 ; les fruits traités avec le chlorure sont plus fermes qu’avec les autres sources de calcium. Aucune autre source de calcium n’est supérieure au chlorure pour réduite le point amer sur HoneyCrisp7,28,45. Les spécialistes de la fertilisation n’hésitent pas à recommander le chlorure, plus que tout autre produit22.

 

Malgré ses qualités, le chlorure de calcium peut devenir problématique quand la vitesse de pénétration dépasse la capacité de la plante. Le chlorure de calcium devient alors phytotoxique et cause une brulure du feuillage ou . La sévérité de la brulure est variable et ne porte pas toujours à conséquence. Cet effet est observé notamment lorsque la dose par hectare est excessive et que le produit est appliqué lors de conditions de séchage très lentes, lorsque la température dépasse 26-27°C, que le feuillage est très jeune et sensible à cause du temps très nuageux22, qu’il est déjà fragilisé par des ravageurs (ex : acariens), ou en fin de saison.16Certains cultivars sont aussi plus sensibles (ex : Empire22,46).  Néanmoins, il est possible d’utiliser le chlorure de calcium de façon sécuritaire : La clef est d’ajuster la dose de chlorure de calcium à la baisse et/ou s’ajuster aux circonstances. Par exemple, attendre la baisse de la température en soirée avant de traiter. L’ajout de conditionneurs, adjuvants et agents mouillants (ex : LI-700) peuvent également aggraver les problèmes22. Ces produits ne sont d’ailleurs pas nécessaires pour l’absorption du chlorure de calcium.

 

Directives pour les traitements foliaires de chlorure de calcium:

Débuter les applications entre la fin mai et la mi-juin et continuez jusqu’à la récolte en baissant graduellement la fréquence. Par exemple, chaque semaine en juin (4 applications), chaque 10 jours en juillet (3 applications) et aux deux semaines par la suite (3 applications). Les applications hâtives sont les plus efficaces contre le point amer et les applications tardives apportent les autres bénéfices26. La dose usuelle de chlorure de calcium varie selon le moment de l’application et débute à 4 kg/ha22,41monte à 7 kg/ha40, 9 kg/ha27et même plus26,41par traitement. Il est toujours préférable d’augmenter le nombre de traitements et diminuer la dose que l’inverse. Un programme entre 30 et 72 kg/ha par saison de la formulation est recommandé (8 à 10 applications)22,47pour un total approximatif entre  8 et 20 kg/ha de calcium par année. Sur des petits arbres (TRV faible), les programmes avec moins de 3.25 kg/ha de calcium élémentaire, soit environ 12kg/ha de formulation pendant la saison, n’ont aucun effet mesurable45. En absence de pluie il n’est pas utile de renouveler un traitement encore en place.

 

La quantité à appliquer doit être ajustée à la dimension des arbres (ex : TRV). Cependant, le volume de bouillie n’a pas d’impact sur l’absorption. Pour une même quantité par hectare, les traitements en concentré (ex : 250 L/ha ou même moins) sont aussi efficaces que les traitements en dilué40,48. Les traitements avec un volume réduit sont souvent moins phytotoxiques qu’en dilué46. À raison de 1$/kg pour le chlorure de calcium, le cout des traitements (ex : 10 applications @ 4-10 kg/ha = 70$/ha) est très faible.

 

Notes additionnelles pour les traitements foliaires de chlorure de calcium:

Si une application de chlorure de calcium coïncide avec un traitement de APOGEE ou de KUDOS, ne pas mélanger les produits49. Traiter APOGEE ou KUDOS au moins deux ou 3 jours avant le calcium pour assurer l’efficacité du régulateur de croissance50. L’hormone sera moins efficace si elle est appliqué sur des résidus de calcium49. Si possible, attendez qu’une pluie lessive un peu le calcium avant d’appliquer l’hormone. Le chlorure de calcium est incompatible41avec le sel d’Epsom22, le Polyram et le soufre de type « poudre mouillable ». Le mélange du chlorure de calcium et du bicarbonate de potassium produit une suspension de carbonate de calcium qui est très peu efficace comme source de calcium26et annule l’effet fongicide du bicarbonate51. Autrement, le chlorure de calcium peut être ajouté en mélange avec la plupart des pesticides utilisés en été22. Par exemple, il est possible de mélanger le chlorure de calcium et le Captan, tant qu’un surfactant n’est pas ajouté au mélange22. Au stade calice, le mélange de Solubor et de chlorure de calcium améliore la pénétration du bore19.

 

Pour terminer: Le trempage des fruits dans le chlorure de calcium après récolte a peu d’efficacité contre le point amer, mais peut réduire une partie des problèmes de sénescence5. C’est une solution de dernier recours22.

Autres formulations de calcium :D’autres produits à base de calcium existent, mais ont des lacunes importantes. La plupart contiennent très peu de calcium et sont chers, et/ou contiennent de l’azote. Ils sont aussi responsables de phytotoxicité. Par exemple, le nitrate de calcium est plus souvent sujet à causer des dommages aux lenticelles des fruits47que le chlorure (Idared, Spartan). Le chlorure de calcium a donc graduellement remplacé le nitrate qui était recommandé avant 19605.Par ailleurs, le phosphite de calcium (aussi appelé phosphonate), laisse des résidus très persistants dans les arbres pendant des années (Voir fiche 49).

 

Bore (B)

Le bore sous forme d’acide borique (H3BO3) ou de solubor (disodium octaborate tetrahydrate, Na2B8O13.4 H20, 20% Bore) est essentiel à la floraison de l’année en cours, la nouaison, la formation des bourgeons pour l’année suivante et prévient le cœur liégeux en été.  Les carences en bore sont fréquentes en verger19. Pour ces raisons, des traitements sont recommandés avant la floraison, au stade calice et en cours d’été. Cependant, le bore est reconnu phytotoxique durant la floraison52. L’apport annuel de 0.56kg/ha de bore recommandé19est obtenu par l’application de 2.8 kg/ha de formulation (20%) qui peut être fractionné et appliqué au bouton rose et après la floraison en mélange avec le chlorure de calcium. Les deux formes de bore ont un effet reconnu pour inhiber les champignons, dont la tavelure du pommier52, au point où une application de bore pourrait remplacer un traitement fongicide. Les excès de bore peuvent cependant augmenter la sensibilité au feu bactérien3.

 

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