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Dernière mise à jour le 27 avril 2021
 

La fertilisation sans nuire à la phytoprotection

Vincent Philion et Evelyne Barriault

 

Les apports d’engrais sont essentiels pour obtenir des rendements optimums de qualité. Une fertilisation déficiente diminue les rendements, mais des apports trop importants et mal ciblés peuvent aussi débalancer les arbres en faveur de la croissance au lieu de nourrir les fruits. L’atteinte d’un optimum entre les feuilles et les fruits pour l’interception de la lumière sans trop ombrager la culture est déterminant1. La fertilisation des arbres peut aussi compliquer la gestion des ravageurs et en particulier des maladies. Ce bulletin a pour but de présenter une approche de fertilisation qui répond à la fois aux impératifs physiologiques des arbres, sans pour autant augmenter les problèmes de maladies et des insectes. Ce bulletin centré sur l’azote, le calcium et le bore est complémentaire à la fiche 37 du guide PFI et ne traite pas d’aspects fondamentaux de la nutrition des arbres comme le pH des sols, le drainage et l’oxygène au niveau des racines, ou les besoins des autres éléments (ex. : phosphore, potassium, magnésium). Notez que les besoins en fertilisation varient selon le cultivar, la charge des arbres et d’autres facteurs2 qui débordent du cadre de cette fiche. En pomiculture, une analyse foliaire annuelle standardisée environ 60 jours après la chute des pétales3 est essentielle pour établir un diagnostic précis qui servira à assurer que les apports soient en équilibre et mieux cibler le moment de vos interventions. Dans les vergers en production, les analyses de sol sont complémentaires aux analyses foliaires4.

Présence de feu bactérien et pucerons, favorisée par une croissance excessive

La croissance excessive retarde la formation du bourgeon terminal, ce qui favorise les ravageurs comme les pucerons et le feu bactérien.

 

Azote (N)

Quand l’azote du sol est limitatif, les apports aident à maintenir la vigueur des arbres, le calibre des fruits, limitent la bisannualité2, etc. Cependant, quand les réserves de l’arbre excèdent les besoins, les apports additionnels peuvent être nuisibles. Puisque l’azote interfère avec l’absorption du calcium (Ca) et du potassium (K), les apports doivent en tenir compte pour éviter une perte de rendement par manque de potassium5 ou les conséquences du manque de calcium (voir la section sur le calcium) qui s’ajouteraient aux problèmes que peuvent engendrer l’azote directement.

L’azote doit être disponible à l’arbre très tôt pendant la période de croissance, à la floraison et pendant la multiplication cellulaire dans les fruits. En dehors de cette période les excès d’azote peuvent avoir des effets néfastes sur l’environnement (pollution), mais aussi sur l’arbre et les fruits.

Les excès d’azote ont des effets physiologiques néfastes connus depuis très longtemps6 sur la coloration, la fermeté5, la chute prématurée et plusieurs désordres de conservation des fruits (liège, point amer, scald, brunissement vasculaire, sénescence)7,8. Les arbres en excès sont aussi plus sensibles au gel hivernal9.

L’effet d’un excès d’azote sur l’augmentation du point amer n’est pas nécessairement corrigé par des traitements répétés de calcium10,11. L’excès d’azote peut aussi causer des effets dominos : le retard dans l’apparition de la couleur force une date de récolte plus tardive, mais comme la maturation est aussi accélérée par l’excès d’azote, il s’en suit davantage de désordres de conservation et de pourriture en entrepôt5.

Les effets négatifs d’un excès d’azote peuvent débuter tout de suite après la floraison. Par exemple, l’azote pendant le mois suivant la floraison peut contribuer à la roussissure sur fruits12. Pendant l’été, les effets négatifs de l’azote sont souvent plus importants que les effets positifs. Par exemple, l’azote disponible à l’arbre tardivement retarde la formation du bourgeon terminal, ce qui augmente les problèmes de tavelure13, de feu bactérien14–16 et de pucerons notamment. Les risques de pourriture amère augmentent aussi avec la concentration en azote des fruits17. Les arbres en excès produisent aussi moins de composés phénoliques et répondent donc moins bien aux traitements d’éliciteurs (ex. : Apogee) qui visent à augmenter leurs défenses contre les maladies18. Finalement, l’azote après la récolte peut aggraver les problèmes de chancre européen19.

Pour optimiser la disponibilité de l’azote au bon moment, il faut tenir compte des réserves de l’arbre et fertiliser en conséquence, au moment opportun20. L’objectif est d’assurer un maximum d’azote dans l’arbre en début de saison et laisser le niveau décliner naturellement2,3,21,22. À cause de notre climat, l’azote appliqué au sol au printemps est souvent disponible trop tard et n’est utile que pour l’année suivante quand il n’est pas simplement perdu. L’azote appliqué au sol tardivement entre juin et septembre est toujours une nuisance pendant la saison de croissance. Les applications foliaires après la récolte sont possibles, mais les applications tôt au printemps sont les plus efficaces et correspondent au moment où l’arbre en a besoin23. Les applications d’azote sous forme d’urée foliaire sont aussi efficaces que le même apport d’azote au sol24. En fait, l’urée foliaire est probablement plus efficace25.

Azote au sol

Les engrais à base d’ammonium devraient être évités parce qu’ils acidifient le sol9 et nuisent à l’absorption du calcium7. Les fruits des parcelles traitées au sol avec du nitrate9 ou du sulfate6 d’ammonium sont généralement moins colorés et moins fermes.

Cependant, une application au sol très tôt en saison (avant le débourrement) d’urée (qui libère de l’ammoniaque) est encouragée pour combattre la tavelure (voir fiche 101). L’application en solution de 50 kg/ha d’urée au sol (23 unités d’azote par hectare) remplace le DAP (diammonium phosphate), pour la même quantité d’azote.

La balance de l’apport d’azote au sol devrait être fournie préférablement sous forme de nitrate (ex. : nitrate de calcium), ou une combinaison (ex. : nitrate d’ammonium calcique, 24,5-0-0). En général, le nitrate de calcium est préférable au nitrate d’ammonium parce que l’apport de calcium au sol réduit l’incidence de point amer, améliore la qualité générale des fruits11, et augmente la résistance des arbres au gel d’hiver26. Le calcium peut cependant être fourni à l’automne par chaulage. N’appliquez que l’azote qui est nécessaire. Une partie des excès d’azote au sol nourrit le gazon et non l’arbre2,9, l’apport dirigé vers la zone désherbée autour des arbres est recommandé2.

Azote foliaire

L’urée foliaire (et probablement toutes les sources d’azote) ne devrait pas être appliqué sur les arbres déjà en excès d’azote. Cependant, l’urée foliaire appliqué tôt en saison (entre le stade débourrement avancé et le stade calice) est utile à l’arbre et aide même à réprimer la tavelure27,28. Lorsqu’appliqué au moment de la floraison, l’urée a un léger effet d’éclaircissage29. L’urée foliaire peut aussi atténuer les dommages de gel, en prévenant la formation de cristaux de glace pendant un épisode de gel printanier léger. Toutefois elle pourrait aggraver les dommages lors d’un gel sévère30. Même si l’arbre absorbe l’urée encore plus efficacement lors des applications plus tardives après la nouaison24, le bénéfice n’est pas toujours mesurable24 et c’est lors des applications tardives que les problèmes commencent. Les applications foliaires d’azote sous toutes ses formes ne devraient pas être faites plus de 10-14 jours après le stade calice2, de sorte que l’azote commence à chuter après la multiplication cellulaire dans les fruits qui se termine environ 28 jours après la pleine fleur1.

Les problèmes de l’azote en été ne sont pas seulement reliés à l’urée tardif. Même si la quantité d’azote appliquée en été lors des traitements de nitrate de calcium ou de nitrate de zinc est généralement faible, les effets négatifs de l’azote tardif restent mesurables. Suite aux traitements de nitrate de calcium, la quantité d’azote dans la pelure et la chair des fruits augmente31 et a pour effet une dégradation de la couleur32 et la qualité des fruits33. La quantité d’azote dans la pelure des fruits est d’ailleurs un excellent paramètre pour prédire le point amer dans la Honeycrisp10. Les fertilisants à base de calcium, zinc ou autres appliqués en été n’ont pas besoin de contenir de l’azote. Privilégiez les formulations sans azote (voir la section sur le chlorure de calcium).

Dans les vergers où le chancre européen n’est pas un problème19, l’urée foliaire à l’automne (post récolte) nourrit les bourgeons et constitue une réserve pour l’arbre qui est disponible au moment où ils en ont besoin, soit au moment du débourrement pour l’année suivante34. Ce traitement inhibe aussi partiellement la tavelure (voir fiche 101).

Directives pour les traitements foliaires d’azote : La stratégie proposée pour optimiser les bénéfices de l’azote consiste à appliquer de l’urée à répétition dès que des feuilles du bouquet sont étalées (stade du débourrement avancé)21 et jusqu’à maximum 10-14 jours après la chute des pétales2 à raison de 3 ou 4 kg/ha par application pour un total d’environ 5 ou 6 passages (≃20 kg/ha d’urée au total donne environ 9 unités d’azote). Mélanger l’urée à vos traitements fongicides 1x par semaine est probablement la meilleure approche pour y arriver. En outre, l’urée  est compatible en mélange avec le Solubor, avec le zinc (Zn-EDTA)21 et avec le chlorure de calcium. Le calcium peut même favoriser l’absorption de l’azote35. En principe, l’urée est aussi compatible avec le sel d’Epsom21, mais ce mélange cause parfois du dommage au feuillage jeune2. Un traitement d’urée au stade calice en mélange avec le Solubor et le chlorure de calcium est une avenue intéressante36, mais il est préférable d’appliquer le sel d’Epsom séparément. Aucune forme d’azote ne devrait être appliquée sur les arbres entre le 1er juin35 (environ 10 jours après calice) et la récolte. Lors des traitements, l’urée prend plusieurs heures après séchage avant d’être entièrement absorbé par l’arbre, mais le volume de bouillie n’a pas d’effet sur la quantité finale d’azote absorbée par la feuille. Par exemple, jusqu’à 6 kg d’urée dans 150 L/ha d’eau37.

 

Calcium (Ca)

Le niveau de calcium dans les arbres et dans les fruits est tributaire de la disponibilité du calcium dans le sol et de la charge fruitière. Les apports de calcium devraient être faits en considérant la cause de la carence. Par exemple, les carences (bore, zinc)2 ou certains excès (azote, magnésium)38 et un pH de sol trop faible38 peuvent expliquer les problèmes de calcium. De même, les arbres peu chargés39 et donc avec des fruits plus gros40 sont plus sujets aux désordres comme le point amer (bitter pit) sans que le calcium soit problématique pour une charge fruitière normale.

Plus la croissance est importante, pire sont les problèmes de point amer et ce, peu importe le calcium disponible. La croissance est même utilisée pour prédire le point amer sur Honeycrisp10. Favoriser la formation rapide d’un bourgeon terminal (éviter l’azote et la taille, régulateur de croissance, etc.) augmente donc l’absorption du calcium.

Le chaulage, les apports calciques au sol (ex. : nitrate de calcium), les paillis de bois41 (ex. : bois raméal) contribuent à la fertilisation en calcium, mais ne sont pas toujours efficaces pour augmenter la concentration en calcium des fruits40 et réprimer le point amer42. Les applications foliaires de calcium durant l’été sont souvent essentielles pour prévenir le point amer, mais aussi d’autres désordres physiologiques (ex. : scald31,43, cork spot du poirier44), notamment sur des cultivars comme Cortland38, Spartan7 et Honeycrisp45. Les apports de calcium peuvent contribuer aussi à prévenir les dommages liés au gel hivernal26. Pour des pommes au même niveau de maturité, les apports foliaires de calcium peuvent aussi améliorer la grosseur, densité, fermeté, couleur et l’apparence générale des fruits31,43.

De plus, le calcium a aussi un effet contre les maladies46,47. Les arbres bien fournis en calcium sont moins affectés par le feu bactérien16. Le chlorure de calcium (mais pas les autres formes de calcium) réprime en partie la tavelure (feuilles et fruits)48, le blanc49, la suie-moucheture50-52, la pourriture amère50,53, la rouille46 et les pourritures d’entreposage54. La seule exception est la pourriture blanche associée à Botryosphaeria dothidea qui pourrait être amplifiée par le chlorure de calcium55 mais cette maladie est à peu près absente au Québec. Par ailleurs, le chlorure de calcium inhiberait cette maladie dans la poire sauf quand la dose est excessive56.

Cependant, l’ensemble des bénéfices des traitements foliaires de calcium ne sont pas toujours mesurables. Une faible quantité peut suffire à réprimer le point amer, alors que la fermeté et la résistance aux maladies ne sont mesurables qu’avec des apports plus importants5.

Pour assurer un usage optimal et une pénétration suffisante de calcium, des applications répétées sont requises et les traitements doivent généralement commencer avant la mi-juin57. Cependant, l’absorption par les jeunes fruits est variable et la date optimale de début des traitements pourrait varier selon le cultivar58. Steve Hoying (Cornell) recommandait en fait de débuter les traitements de calcium dès la chute des pétales59. Plus de 6 traitements par année peuvent être nécessaire pour en bénéficier43 (ex. : aux 2 semaines), mais la fréquence optimale peut être encore plus élevée. Il est possible d’obtenir un effet positif du calcium avec un seul traitement à deux semaines de la récolte, mais cette pratique est en général risquée (phytotoxicité, maturation plus rapide des fruits, etc.)7 La pénétration du calcium peut être bonne lors des applications tardives de calcium, mais les bénéfices pour réprimer le point amer seront moindres42.

Lors des traitements foliaires, la vitesse de pénétration du calcium dans les fruits est assez constante entre 15-30 °C60, mais relativement lente. Il est donc important de choisir un sel avec la pénétration la plus rapide pour éviter les pertes à cause du lessivage par la pluie.

Chlorure de calcium (CaCl2)

De toutes les formulations de calcium, le chlorure (CaCl2) vendu sous forme de flocons (77 % CaCl2, soit 28 % Ca) est la plus efficace, la moins chère et son usage est permis en production biologique61. En laboratoire, la vitesse de pénétration du CaCl2 est supérieure à la vitesse de pénétration de la plupart des autres formulations de calcium, incluant les formulations commerciales plus complexes, parfois appelées « organiques » (acétate, carbonate, lactate, proprionate, nitrate)40,42,62. Cette observation s’explique par le fait que le chlorure de calcium a un point de déliquescence très faible. Autrement dit, le chlorure est très hygroscopique. En présence d’humidité il revient rapidement en solution, ce qui permet son absorption par la plante. Ces résultats ont été confirmés en verger31; les fruits traités avec le chlorure sont plus fermes qu’avec les autres sources de calcium. Aucune autre source de calcium n’est supérieure au chlorure pour réduire le point amer sur Honeycrisp10,45,63. Les formes chélatées de calcium contiennent trop peu de calcium pour être efficaces et ne sont pas recommandées2. Les spécialistes de la fertilisation n’hésitent pas à recommander le chlorure, plus que tout autre produit38.

Malgré ses qualités, le chlorure de calcium peut devenir problématique quand la vitesse de pénétration dépasse la capacité de la plante. Le chlorure de calcium devient alors phytotoxique et cause une brûlure du feuillage. La sévérité de la brûlure est variable et ne porte pas toujours à conséquence. Cet effet est observé notamment lorsque la dose par hectare est excessive et que le produit est appliqué lors de conditions de séchage très lentes, lorsque la température dépasse 26-27 °C, que le feuillage est très jeune et sensible à cause du temps très nuageux38, qu’il est déjà fragilisé par des ravageurs (ex. : acariens), ou en fin de saison31. Certains cultivars sont aussi plus sensibles (ex. : Empire38,64). Néanmoins, il est possible d’utiliser le chlorure de calcium de façon sécuritaire : la clef est d’ajuster la dose de chlorure de calcium à la baisse et/ou s’ajuster aux circonstances. Par exemple, attendre la baisse de la température en soirée avant de traiter. L’ajout d’adjuvants et d’agents mouillants (ex. : LI-700, vinaigre) pour ajuster le pH (pH = 6) et limiter l’accumulation de grosses gouttes sur le bout des feuilles peuvent aider38, mais seulement lorsque le chlorure de calcium est appliqué seul. Ces produits ne sont pas nécessaires pour l’absorption du chlorure de calcium, mais bien pour éviter une accumulation locale de la bouillie caustique. Lorsque le chlorure de calcium est utilisé en mélange avec des pesticides commerciaux, les adjuvants additionnels ne sont pas nécessaires et peuvent causer des problèmes.

Pour « clore » le sujet, certains produits à base de calcium indiquent que les formulations à base de chlore sont à proscrire en lien avec les risques décrits précédemment, et d’autres risques non spécifiés. Tant que les précautions sont suivies, le chlorure de calcium est efficace, sécuritaire et avantageux. Aucune justification environnementale ou agronomique fondamentale qui pourrait justifier son abandon n’a été trouvée dans le cadre de cette revue de la littérature scientifique.

Directives pour les traitements foliaires de chlorure de calcium : Débuter les applications entre la fin mai et le début juin et continuez jusqu’à la récolte en baissant graduellement la fréquence. Par exemple, chaque semaine en juin (4 applications), chaque 10 jours en juillet (3 applications) et aux deux semaines par la suite (3 applications). Les applications hâtives sont les plus efficaces contre le point amer et les applications tardives apportent les autres bénéfices42. La dose usuelle de chlorure de calcium varie selon le moment de l’application et débute à 4 kg/ha38,59 monte à 7 kg/ha58, 9 kg/ha43 et même plus42,59 par traitement. Il est toujours préférable d’augmenter le nombre de traitements et diminuer la dose que l’inverse. Un programme entre 30 et 72 kg/ha par saison de la formulation est recommandé (8 à 10 applications)38,65 pour un total approximatif entre 8 et 20 kg/ha de calcium par année. Sur des petits arbres (TRV faible), les programmes avec moins de 3,25 kg/ha de calcium élémentaire, soit environ 12 kg/ha de formulation pendant la saison, n’ont aucun effet mesurable63. En absence de pluie il n’est pas utile de renouveler un traitement encore en place.

La quantité à appliquer doit être ajustée à la dimension des arbres (ex. : TRV). Cependant, le volume de bouillie n’a pas d’impact sur l’absorption. Pour une même quantité par hectare, les traitements en concentré (ex. : 250 L/ha ou même moins) sont aussi efficaces que les traitements en dilué58,66. Les traitements avec un volume réduit sont souvent moins phytotoxiques qu’en dilué64, mais la phytotoxicité peut être aggravée si le pulvérisateur est mal calibré38. À raison de 1 $/kg pour le chlorure de calcium, le coût des traitements (ex. : 10 applications à 4-10 kg/ha ≃ 70 $/ha) est très faible.

Notes additionnelles pour les traitements foliaires de chlorure de calcium : Si une application de chlorure de calcium coïncide avec un traitement de APOGEE ou de KUDOS, ne pas mélanger les produits67. Traiter APOGEE ou KUDOS au moins deux ou trois jours avant le calcium pour assurer l’efficacité du régulateur de croissance68. L’hormone sera moins efficace si elle est appliquée sur des résidus de calcium67. Si possible, attendez qu’une pluie lessive un peu le calcium avant d’appliquer l’hormone.

Le chlorure de calcium est incompatible59 avec le sel d’Epsom21,38 et génère un précipité d sulfate de calcium2 (plâtre de Paris) qui peut bloquer les buses. En absence de blocage avec votre équipement, ce mélange fonctionne.

Le mélange du chlorure de calcium et du bicarbonate de potassium produit une suspension de carbonate de calcium qui est très peu efficace comme source de calcium42 et annule l’effet fongicide du bicarbonate69.

Selon certaines sources non vérifiables, le chlorure de calcium est incompatible avec le soufre de type « poudre mouillable ». Autrement, le chlorure de calcium peut être ajouté en mélange avec la plupart des pesticides utilisés en été38, incluant le soufre70. Par exemple, il est possible de mélanger le chlorure de calcium et le Captan, tant qu’un surfactant n’est pas ajouté au mélange38. Au stade calice, le mélange de Solubor et de chlorure de calcium améliore la pénétration du bore71.

Après la récolte : Le trempage des fruits dans le chlorure de calcium après récolte a peu d’efficacité contre le point amer, mais peut réduire une partie des problèmes de sénescence7. C’est une solution de dernier recours38.

Autres formulations de calcium :

D’autres produits à base de calcium existent, mais ont des lacunes importantes. La plupart contiennent très peu de calcium et sont chers, et/ou contiennent de l’azote. Ils sont aussi responsables de phytotoxicité. Par exemple, le nitrate de calcium est plus souvent sujet à la phytotoxicité sur poiriers44 à causer des dommages aux lenticelles des fruits (Idared, Spartan)65 et un liège sur des cultivars comme la délicieuse2. Le nitrate de calcium et les formulations de chélatés de tous les minéraux72 pourraient même favoriser d’autres maladies à la surface des fruits73. Le chlorure de calcium a donc graduellement remplacé le nitrate qui était recommandé avant 19607. Par ailleurs, le phosphite de calcium (aussi appelé phosphonate), laisse des résidus très persistants dans les arbres pendant des années (voir fiche 49).

 

Bore (B)

Le bore sous forme d’acide borique (H3BO3, 17,5 % bore) ou de solubor (Etidot-67 EP) (disodium octaborate tetrahydrate, Na2B8O13.4 H20, 20 % bore) est essentiel à la floraison de l’année en cours, la nouaison74 et la formation des bourgeons pour l’année suivante. Le bore prévient aussi une partie des dommages de gel durant la fleur75, la roussissure sur les jeunes fruits12 et le cœur liégeux en été. Les carences en bore sont fréquentes en verger69, notamment en période de sécheresse2 et affectent (entre autres) l’absorption du calcium et du potassium74. Des applications au sol sont nécessaires pour les besoins des racines puisque les traitements exclusivement foliaires ne retournent pas aux racines2. Cependant, les applications foliaires sont utiles pour les fruits.

Dans le contexte de la phytoprotection, le bore a un effet reconnu pour inhiber les champignons, dont la tavelure du pommier76,77, au point où une application foliaire de bore pourrait remplacer un traitement fongicide76. À la dose de 2 kg/ha d’acide borique (350 g/ha B), le bore serait aussi efficace que des traitements de référence autant en protection qu’en post-infection77. Le bore foliaire réduit aussi les risques de pourriture amère17. Les excès de bore sont rares, mais peuvent augmenter la sensibilité au feu bactérien16. Les traitements foliaires sont recommandés avant la floraison, au stade calice et en post-récolte75. Cependant, le bore est reconnu phytotoxique durant la floraison76.

Directives pour les traitements foliaires de bore

L’apport annuel de 0,56 kg/ha de bore recommandé71 est obtenu par l’application annuelle minimale de 2,8 kg/ha de formulation (20 % bore) qui peut être fractionné et appliqué au bouton rose71 et après la floraison, en mélange avec le chlorure de calcium. En cas de carence, le Solubor est recommandé parfois dès le stade du débourrement avancé21 et jusqu’à un mois après la chute des pétales2,74. Les applications plus tard en saison (juillet et août) ne sont pas recommandées et pourraient provoquer un mûrissement hâtif2. Cependant, une application foliaire après récolte sur du feuillage encore fonctionnel est bénéfique pour mieux passer l’hiver2. La dose foliaire totale suggérée varie selon l’apport au sol et peut facilement atteindre 9 kg/ha de formulation par année. Le fractionnement en plusieurs doses pourrait permettre de mieux profiter de l’action fongicide (ex. : 5 applications de 0,6 à 1 kg de formulation par hectare) mais cette dose est peut-être insuffisante comme fongicide.

 

Calendrier de fertilisation foliaire (azote, bore, calcium)

Les apports de magnésium et de zinc débordent de cette fiche mais sont inclus dans le calendrier, parce que les carences de ces minéraux sont fréquentes dans le Nord-Est de l’Amérique2. Les apports de magnésium peuvent être faits au sol (chaux dolomitique), mais pour le zinc, les applications foliaires sont plus fiables et plus rentables que les apports au sol ou par fertigation74.

Exemple de calendrier

Préfloral :

  • Débourrement avancé : Urée (3 kg/ha) + Zinc-EDTA
  • Bouton rose : Urée (3 kg/ha) + 0,6 kg/ha de formulation bore (Solubor, 20 %)
  • Bouton rose avancé : même recette

Floraison :

  • Urée (3 kg/ha)

Stade calice (chute des pétales) :

  • Trio du calice ABC (Azote, Bore, Calcium) : Urée (3 kg/ha) + Solubor (0,6 kg/ha) + Chlorure de calcium (4 kg/ha)

Nouaison :

  • Urée (3 kg/ha) (dernier) + Sel d’Epsom (magnésium) (45 kg/ha)2
  • Traitement séparé si du magnésium est appliqué : Solubor (0,6 kg/ha) + Chlorure de calcium (4 kg/ha) (par exemple avec un fongicide)
  • Fin de l’azote : Pour un total de 6 applications d’urée.

Mi-juin :

  • Sel d’Epsom (magnésium) + Zinc-EDTA
  • Solubor (0,6 kg/ha) + Chlorure de calcium (4 kg/ha) (par exemple avec un fongicide)
    (Pour un total de 5 applications de bore en fractionnement)

Fin juin :

  • Sel d’Epsom (magnésium) + Zinc-EDTA
  • Traitement séparé : Chlorure de calcium (par exemple avec un fongicide)

Été :

  • Chlorure de calcium à intervalle régulier (ex. : chaque deux semaines)

Post récolte (sur les arbres encore verts) :

  • Solubor (0,6 kg/ha) + Urée (jusqu’à 50 kg/ha, en absence de chancre européen)

 

Références
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