Fiche 66

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Ravageurs et pratiques phytosanitaires : en coévolution

Yvon Morin et Gérald Chouinard

 

Ravageurs primaires secondaires et mineurs : en constant changement

Dans la liste des ravageurs des vergers québécois (voir en fiche 10) figurent 9 ravageurs primaires, 16 ravageurs secondaires et 29 ravageurs mineurs.

Les ravageurs primaires sont présents presque partout où sont cultivés des pommiers. Ils occasionnent généralement des pertes appréciables (plus de 10 % en moyenne) à défaut de traitements appropriés. Le charançon de la prune, le carpocapse, la mouche de la pomme et la punaise terne sont quelques uns des ravageurs primaires du pommier.

Les ravageurs secondaires peuvent, selon les situations, causer des pertes en vergers. Par contre les programmes habituels de traitement ne visent pas prioritairement à les contrôler. Des interventions spécifiques peuvent donc être nécessaires si les populations le justifient. Occasionnellement ou localement, ils peuvent quand même être très dommageables, alors la vigilance s’impose.

Les ravageurs mineurs sont habituellement considérés comme des curiosités, causant ordinairement des dégâts négligeables. Cependant, certaines années ou dans certaines conditions particulières, ils peuvent proliférer davantage et causer localement des pertes. Des méthodes de lutte ne sont pas disponibles pour tous ces ravageurs.

Toutefois, mis à part dans les vergers sous régie biologique, les ravageurs primaires ne sont pas ceux qui affectent le plus la récolte, et ce, en raison de l’utilisation d’insecticides.

En effet, dans un verger abandonné, la mouche de la pomme, le carpocapse et le charançon de la prune ont le potentiel d’affecter chacun plus de la moitié des fruits à la récolte. Cependant, dans les vergers commerciaux (données de Pro-Pomme 1986-2010), une seule de ces espèces, soit le carpocapse, a affecté significativement la qualité de la récolte année après année. D’autres espèces peuvent par contre se démarquer fortement certaines années :

  • la punaise de la molène en 1994 (3,2 %);
  • l’hoplocampe en 1998 (5,7 %);
  • la tordeuse à bandes obliques en 2001 (5,4 %);
  • le carpocapse en 2008 (3,4 %);
  • la punaise terne en 2010 (1,8 %).

Comment expliquer qu’un insecte causant généralement peu de dégâts puisse être responsable de la majorité des dommages observés une année particulière? Comment un insecte peut-il causer de nombreux dégâts dans un verger et relativement peu chez son voisin? Les fiches du présent guide portant sur les stratégies de lutte aux ravageurs ont pour but de vous aider à répondre à ces questions et surtout, à vous montrer l’importance d’observer vos pommiers. Un programme de traitements insecticides utilisant un calendrier avec des pulvérisations à des dates ou des stades de développement fixes, sans égard à vos populations de ravageurs ni aux conditions météorologiques, est coûteux et n’offre pas une garantie de succès.

 

Produits phytosanitaires : sous surveillance constante

Pour une production commerciale, il est essentiel de limiter les pertes causées par les ravageurs. Pour le moment, bien que cela puisse être différent dans quelques années, l’utilisation d’insecticides et parfois d’acaricides demeure la seule méthode efficace et économiquement raisonnable d’y parvenir.

Depuis la dernière parution du Guide de gestion intégrée des ennemis du pommier en 2001, la gamme de produits utilisables et utilisés a profondément changé. La majorité des insecticides utilisés en 2001 étaient des organophosphorés (comme l’IMIDAN), des produits dits à large spectre, c’est-à-dire qui ont une bonne efficacité sur plusieurs ravageurs à la fois. Dix ans plus tard, suite à la réévaluation des risques posés par de nombreux pesticides, les organophosphorés ont pour la plupart cédé la place à des produits comme le thiachlopride (CALYPSO), le chlorantraniliprole (ALTACOR), le spinétoram (DELEGATE) et le novaluron (RIMON).

Les nouveaux insecticides sont généralement plus sélectifs que les anciens, mais ils peuvent également être efficaces contre des ravageurs qui n’étaient pas affectés par les organophosphorés (telle la tordeuse à bandes obliques). Le nouveau « coffre à outils » du producteur oblige donc à modifier l’approche globale de lutte utilisée au cours de la dernière décennie.

Pour ce faire, une connaissance approfondie du verger est très importante et le dépistage est un bon moyen pour y parvenir. Celui-ci permettra de constituer un historique qui sera ensuite utilisé pour bien planifier les saisons et anticiper les problèmes potentiels. Un bon historique inclut vos programmes de traitements (insecticides, fongicides, acaricides et herbicides), les évaluations de dégâts à la récolte et les résultats du dépistage. Cet historique sera indispensable pour développer votre stratégie d’intervention contre les ravageurs.

pièges

 

Cette fiche est tirée du Guide de référence en production fruitière intégrée à l’intention des producteurs de pommes du Québec 2015. © Institut de recherche et de développement en agroenvironnement. Reproduction interdite sans autorisation écrite.

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Yvon Morin

agronome spécialisé en pomiculture depuis plus de 25 ans. Employé, puis dirigeant de la première entreprise de services-conseils pour les vergers, il a développé et mis à l'épreuve nombre de méthodes de dépistage et de seuils d'intervention utilisés par les conseillers en pomiculture du Québec

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