Fiche 67

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Dépistage des insectes et acariens : questions et réponses

Gérald Chouinard, Francine Pelletier, Daniel Cormier, Franz Vanoosthuyse et Yvon Morin

 

Pour quelle raison faire du dépistage?

dépistage

À la base de la PFI se retrouve un principe fondamental : les interventions phytosanitaires sont nécessaires uniquement lorsque l’importance des populations les justifie. En d’autres mots, assurez-vous d’être en présence d’un nombre suffisant de ravageurs avant d’effectuer une intervention!

Les méthodes de dépistage (piégeage ou observation visuelle) permettent de détecter la présence de la plupart des espèces de ravageurs du pommier et de déterminer leur importance réelle AVANT que le problème ne prenne de trop grandes proportions et qu’il soit trop tard pour intervenir. Le nombre de spécimens ou de dégâts récoltés ou observés indique, dans une bonne mesure, l’importance des populations de ravageurs dépistés et doit être comparé au seuil d’intervention afin d’établir s’il y a lieu ou non d’intervenir.

Le dépistage vous permet de mieux connaître les différents blocs de votre verger. Il vous permet aussi d’évaluer l’efficacité de vos interventions et d’identifier les traitements qui n’ont pas de réelle utilité. Le dépistage peut être une des pratiques les plus rentables dans un verger… Il suffit souvent de quelques heures pour sauver plusieurs centaines de dollars.

Pour toutes ces considérations, le dépistage constitue un des éléments clés de la PFI.

 

Je ne suis pas convaincu, pour quelles autres raisons devrais-je faire du dépistage?
  • Pour mieux cibler vos interventions contre les ravageurs;
  • Pour diminuer votre facture de pesticides;
  • Pour mieux connaître votre verger;
  • Pour mieux préserver les insectes et acariens utiles qui travaillent gratuitement pour vous – et réduire encore plus vos coûts en pesticides!;
  • Pour préserver l’efficacité des pesticides disponibles en évitant le développement rapide de résistance chez les ravageurs visés;
  • Pour minimiser les risques environnementaux liés à l’utilisation des pesticides (dérive, intoxication, pollution, etc.).

 

Puis-je effectuer moi-même le dépistage ou dois-je embaucher un spécialiste?

Tout le monde peut se promener dans un verger et faire des observations. Il serait d’ailleurs souhaitable que tous les pomiculteurs et pomicultrices observent leur verger et évaluent les effets des interventions qu’ils font. Un bon dépistage nécessitera quelques dollars de matériel, mais surtout, une bonne dose de formation et d’apprentissage de même que rigueur et assiduité. Le temps étant une denrée rare en saison pour le pomiculteur ou la pomicultrice et le dépistage exigeant minutie et régularité dans le suivi, plusieurs préfèrent confier ce travail à des dépisteurs comme ceux des clubs d’encadrement technique ou des clubs agroenvironnementaux (voir la fiche 9) . N’hésitez pas à assister votre dépisteur, vous en retirerez encore davantage et celui-ci (ou celle-ci) vous en sera reconnaissant(e).

 

Qu’est-ce qu’un seuil d’intervention?

C’est le nombre de spécimens d’un ravageur dépisté ou le pourcentage de dégâts à partir duquel une intervention, au moment opportun, devient nécessaire afin d’éviter que les pertes économiques causées par le ravageur ne dépassent le coût total de cette intervention (incluant ses effets indésirables). Les seuils d’intervention sont utilisés afin de déterminer les besoins en traitements. Lorsque le nombre de captures d’un piège, le nombre de dégâts ou le nombre d’individus observés d’un ravageur atteint le seuil indiqué, un traitement doit être envisagé dans le verger ou la section de verger considérée. Expressions apparentées : seuil de nuisibilité, seuil économique, nombre critique de captures.

 

Faut-il intervenir dès l’atteinte du seuil d’intervention?

Pas nécessairement. L’atteinte du seuil d’intervention signale qu’une intervention devra être effectuée au moment et à l’endroit opportuns propres à chaque ravageur. En théorie, ce moment survient lorsque la majorité de sa population a atteint ou atteindra sous peu le stade le plus sensible au pesticide choisi. En pratique, cela n’est possible que dans la mesure où vous pouvez répondre « oui » aux questions suivantes :

  • Les interventions peuvent-elles attendre l’arrivée de ce moment sans que les dégâts ne passent au-dessus du seuil économique?
  • Existe-t-il une méthode qui permette de déterminer le meilleur moment pour l’application du produit?

Le choix de la meilleure stratégie de lutte peut aussi dépendre des conditions climatiques en cours, de la période du jour, etc. Il devra être basé sur les recommandations de votre conseiller ou conseillère ou sur celles publiées dans les avertissements phytosanitaires du pommier ou dans le présent guide. Pour ce qui est des produits antiparasitaires préconisés contre chacun des ravageurs, les doses et les conditions d’application peuvent être retrouvées dans l’affiche Production fruitière intégrée, publiée annuellement par l’IRDA et couvrant les principales situations rencontrées en verger. Une liste complète des produits et doses utilisables pourra être obtenue pour toutes les situations en consultant le site web SAgEpesticides (voir la fiche 9).

 

D’où proviennent tous ces seuils d’intervention? Sont-ils précis?

Les seuils d’intervention publiés dans ce guide sont le résultat de recherches ou de travaux menés aux États-Unis et au Québec par des scientifiques et des conseillers d’expérience. Ceux-ci ont développé et mis à l’essai des méthodes de dépistage pour la majorité des ravageurs primaires et secondaires. À cet effet, l’apport d’Agrilus, pionnier du service de dépistage dans les vergers au Québec, est à souligner. Les seuils sont constamment validés par l’expérience acquise en dépistage dans les vergers et ils sont périodiquement mis à jour par les membres du Comité de PFI du Réseau-pommier (fiche 7).

Les méthodes de dépistage sont habituellement d’une bonne précision. Néanmoins, les seuils d’intervention doivent être considérés uniquement comme des guides pour la prise de décision. Ils sont valides dans les situations les plus couramment rencontrées. Toute situation spéciale doit être considérée pour s’assurer d’un ajustement approprié à son verger, à sa situation. De même, il est de la plus haute importance de respecter la technique décrite car chaque détail (type de phéromone, type de piège, hauteur d’installation, emplacement dans l’arbre, date de pose et de retrait, etc.) influence grandement le résultat et la prise de décision.

 

Est-il utile de dépister s’il n’existe pas de seuil d’intervention?

Oui. Dans ces cas, le dépistage sert à détecter la présence de l’insecte, à apprécier les densités de populations et à déterminer l’apparition du stade visé pour une intervention phytosanitaire, en vue d’assurer une efficacité optimale.

 

Dois-je dépister tous les ravageurs ou uniquement les plus nuisibles?

Si pour une raison ou une autre, il vous est impossible de dépister tous les ravageurs, il en est un certain nombre qui doivent impérativement être dépistés peu importe votre situation. C’est le cas par exemple du carpocapse et de la mouche de la pomme, qui attaquent directement les fruits pendant l’été. Comme les traitements insecticides appliqués l’été sont les plus dommageables pour l’équilibre biologique du verger, éviter ne serait-ce qu’une seule application d’insecticide grâce au dépistage est des plus souhaitables, d’autant qu’on améliore aussi la répression des autres ravageurs en ménageant les prédateurs et les parasitoïdes présents.

 

Où acheter ces pièges? Puis-je les fabriquer moi-même?

Certains pièges peuvent être faits maison, comme les sphères de bois pour la mouche de la pomme, ou encore les cartons blancs englués. Cependant, les pièges doivent être conçus en respectant scrupuleusement les directives de votre conseiller ou conseillère en ce qui concerne les matériaux à utiliser, les dimensions, la couleur, etc. En pratique, il est souvent plus avantageux de les acheter d’une source fiable qui pourra vous en garantir l’efficacité et la disponibilité. Une liste de fournisseurs de matériel de dépistage est publiée annuellement par le Réseau d’avertissements phytosanitaires du pommier (voir la fiche 9).

 

Comment pourrais-je réussir à reconnaître tous ces insectes et acariens?

De très bons guides illustrés existent pour vous aider! Consultez la fiche 9. Si un doute persiste quant à son identification, il est possible d’envoyer le spécimen au Laboratoire de diagnostic en phytoprotection du MAPAQ.

 

Cette fiche est tirée du Guide de référence en production fruitière intégrée à l’intention des producteurs de pommes du Québec 2015. © Institut de recherche et de développement en agroenvironnement. Reproduction interdite sans autorisation écrite.

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Gerald Chouinard

Agronome et entomologiste à l'emploi du ministère de l'Agriculture, de Pêcheries et de l'Alimentation du Québec depuis 1992 et de l'IRDA depuis sa création. Depuis plus de 20 ans, il supporte les pomiculteurs et les professionnels de la pomiculture dans leur mission: produire des pommes de qualité, dans le respect de l'environnement.

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