Fiche 84

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Les ravageurs du bois

Gérald Chouinard, Yvon Morin et Franz Vanoosthuyse

 

La saperde du pommier et la sésie du cornouiller sont réglementés en vertu de la Loi sur la protection sanitaire des cultures (Fiche 15) et les mesures nécessaires doivent être prises pour éviter la propagation aux cultures avoisinantes.

 

Saperde du pommier

La saperde du pommier (Saperda candida) est un ravageur mineur en PFI. La larve (2,5 cm en fin de développement), parfois appelée « ver tarière à tête ronde », est blanc crème; elle possède une grosse tête noire et a la forme d’une massue. Pendant ses deux années de vie sous cette forme, la larve creuse des galeries dans le bois des pommiers, mais contrairement à la sésie, elle s’attaque aux tissus sains des jeunes arbres en santé.

saperde du pommier (adulte)

L’adulte, un insecte allongé (20 mm) portant de longues antennes, a un corps dur, rayé d’élégantes bandes blanches et brunes. La femelle dépose ses œufs dans l’écorce à la base du tronc des pommiers, principalement de la fin du mois de juin au milieu d’août.

 

Dégâts observables : Les galeries sont localisées surtout dans les premiers 45 cm du tronc à partir du niveau du sol. Des amas de sciures rougeâtres sont alors visibles à l’entrée des galeries. À défaut d’intervention, ces galeries affaiblissent les jeunes pommiers des pépinières ou des vergers et les font souvent périr.

Stratégie de lutte : Des interventions spécifiques sont rarement nécessaires dans les vergers commerciaux, mais des interventions localisées peuvent parfois l’être dans les vergers qui ne sont pas en production. Comme il n’existe pas de produits spécifiquement homologués contre cet insecte, les moyens culturaux et physiques de lutte sont fortement recommandés :

  • maintenir la base des troncs exempte de mauvaises herbes;
  • éviter l’utilisation de protecteurs en plastique blanc, qui procurent un abri idéal pour la ponte;
  • détruire les plantes hôtes autour du verger (pommiers négligés, cormiers ou sorbiers, cenelliers ou aubépines) dans un rayon de 300 m, si possible;
  • à la mi-juin, avant l’arrivée des adultes, encercler lâchement (sans serrer) les troncs avec de la moustiquaire ou de la jute sur une longueur de 30-60 cm (1-2 pieds) en partant du sol. Retenir le haut avec une corde et le bas en rechaussant avec de la terre. Retirer à la fin août, quand la période de ponte est terminée (cette méthode est proposée par les chercheurs de l’Université Cornell, dans l’état de New York).

Les pulvérisations de phosmet (IMIDAN) effectuées contre d’autres ravageurs (comme la mouche de la pomme, le carpocapse de la pomme ou les tordeuses) entre la mi-juin et la fin de juillet seront efficaces contre les adultes de la saperde. Jusqu’à trois applications peuvent cependant être nécessaires dans les vergers sérieusement affectés. Si les populations sont de faible densité, il est possible de détruire les larves à l’intérieur des galeries en y insérant un poinçon fin ou le bout d’un fil métallique. Faire deux ou trois inspections entre le début juillet et la mi-septembre.

 

Sésie du cornouiller

La sésie du cornouiller (Synanthedon scitula) est un ravageur mineur en PFI. Les larves de la sésie sont des chenilles blanchâtres (15 mm) à tête ronde (Figure 1), qui creusent des galeries sous l’écorce du tronc et des branches charpentières, au niveau des tissus conducteurs de la sève. L’adulte est un papillon (longueur de 10 à 12 mm; envergure 18 à 22 mm). Ses ailes translucides et son corps noir marqué de bandes jaunes lui donnent un peu l’apparence d’une guêpe (Figure 2.). L’émergence des adultes s’étend de la mi-juin à la mi-août, avec une intensité maximale vers le milieu de juillet.

Figure 1. Larve de sésie du cornouiller – photo Laboratoire d’expertise et de diagnostic en phytoprotection

Figure 2. Sésie du cornouiller – photo F. Vanoosthuyse, IRDA

La phéromone utilisée pour dépister la sésie du cornouiller n’étant pas très sélective, il n’est pas rare de capturer des adultes d’autres espèces de sésies qui ne s’attaquent pas aux pommiers. Des inventaires réalisés à l’aide de cette phéromone dans les vergers de pommiers du Québec ont révélé qu’au moins 9 espèces différentes peuvent parfois être capturées en grand nombre dans les pièges à sésie du cornouiller:

Nom scientifique Nom commun
Synanthedon scitula Sésie du cornouiller
Synanthedon pyri Sésie du pommier
Synanthedon acerni Sésie de l’érable
Synanthedon exitiosa  Perceur du pêcher
Synanthedon pictipes Petit perceur du pêcher
Synanthedon acerrubri
Synanthedon fulvipes
Sesia tibialis
Podosesia syringae
Comment distinguer la sésie du cornouiller de ces autres espèces de sésie?

Silhouettes de trois espèces de sésies capturées dans les pièges de sésie du cornouiller – illustration F. Vanoosthuyse, IRDA

  1. La sésie du cornouiller ne dépasse pas 22 mm d’envergure
  2. Le bout de ses ailes antérieures n’est pas transparent
  3. Son abdomen se termine par une touffe anale de poils au lieu d’une pointe
  4. Si cette touffe anale porte des poils jaunes ou oranges, cette couleur est présente seulement sur les côtés de la touffe

Dégâts observables : Lorsqu’elle se nourrit, la chenille rejette à la sortie de ses galeries des amas de sciure rougeâtre ayant une apparence vermoulue. La sésie affecte principalement les arbres au niveau du bourrelet de greffe, particulièrement dans les plantations de pommiers nains sur porte-greffe M.26. Les pommiers standard peuvent aussi être attaqués par ce ravageur, sans pour autant en être affectés de façon importante.

dégât de sésie du cornouiller

Stratégie de lutte : La chenille de la sésie du cornouiller a besoin d’une porte d’entrée. Elle peut difficilement attaquer un tronc lisse et sain, mais la présence de chancres ou de faux broussins (« burr-knot », en anglais) lui facilitera la tâche. Un bon entretien du couvert végétal près du tronc et une couche de peinture d’intérieur au latex sur la base du pommier préviennent généralement l’attaque de ce ravageur. Lors de la plantation de jeunes pommiers, une application rapide de latex (en mélange avec de l’eau dans une proportion de 50:50) peut être effectuée à l’aide d’une mitaine pour laver les autos, doublée d’un gant de plastique.

Dans une jeune pommeraie (dès la 3e ou 4e feuillaison des pommiers nains), de bons résultats peuvent aussi être obtenus en grattant à l’aide d’un canif les zones attaquées par la sésie. Une fois la plaie sèche, il est souhaitable de la protéger en la recouvrant d’un latex d’intérieur pâle ou en la colmatant avec un mastic désinfectant additionné d’insecticide. Afin de trouver des moyens de lutte préventive à adopter contre la sésie dans les vergers qui ne sont pas en production, veuillez consulter la fiche 8.

Dans le cas de vergers sévèrement atteints, les mesures préventives peuvent être accompagnées d’un traitement insecticide effectué lors du pic de captures des papillons (entre la fin juin et la mi-juillet) et répété au besoin 14 jours plus tard. Utiliser un insecticide résiduel et bien mouiller le tronc et les branches charpentières des arbres infestés à l’aide d’un pulvérisateur muni d’un fusil d’arrosage.

Des insecticides admissibles en PFI sont maintenant disponibles pour lutter contre cet insecte :

  • DELEGATE (spinétorame)
  • ALTACOR (chloratraniliprole)
  • RIMON (novaluron)

Ces produits doivent être appliqués en dirigeant le jet de façon à couvrir la base du tronc de l’arbre, particulièrement le point de greffe et les points d’émondage. Effectuer une à deux applications à intervalle de 14 jours, visant le premier stade larvaire (débutant autour de la mi-juillet dans le sud-ouest du Québec).

La confusion sexuelle, une méthode de lutte principalement utilisée contre le carpocapse de la pomme (fiche 76), est aussi disponible commercialement pour la sésie (DWB-MD). Des essais menés au Québec ont récemment permis de valider son efficacité.

 

Cérèse buffle

La cérèse buffle (Stictocephala bisonia) est un ravageur mineur en PFI. Cet insecte suceur vert pâle, de moins de 1 cm, porte sur le dos une protubérance pyramidale caractéristique qui lui donne l’apparence d’un buffle miniature. Les femelles adultes pratiquent des incisions sur l’écorce des jeunes pommiers pour y déposer leurs œufs. Les stades immatures ne vivent pas sur le pommier; ils se déplacent sur les plantes de la famille des légumineuses (luzerne, trèfle, vesce jargeau, etc.) Par conséquent, ils sont favorisés par la présence de ces mauvaises herbes dans le verger nouvellement planté.

Cérèse buffle adulte – photo B. Drouin, MAPAQ

Cérèse buffle adulte – photo F. Vanoosthuyse, IRDA

Cérèse buffle oeufs – photo AAC

Cérèse buffle larve – photo F. Vanoosthuyse, IRDA

Dégâts observables : Les incisions pratiquées pour la ponte font lever l’écorce et la rendent très rugueuse. Ces blessures entravent la circulation de la sève et affaiblissent les jeunes pousses, qui peuvent en mourir.

dégât de cérèse buffle

Stratégie de lutte : aucun produit n’est actuellement homologué contre cet insecte.

 

Scolytes

Les scolytes (Scolytus rugulosus) sont des ravageurs mineurs en PFI. Ces petits insectes (2 mm) noirs ont un corps dur. Au stade larvaire, ils se nourrissent en creusant des galeries sous l’écorce des branches d’arbres nains ou dépérissants.

Dégâts observables : Les branches attaquées se dessèchent et peuvent laisser voir une série de petits trous rapprochés par lesquels ont émergé les adultes. En soulevant l’écorce, il est possible d’apercevoir les nombreuses galeries rayonnant d’une galerie centrale.

dégât de scolyte

Stratégie de lutte : Pour prévenir les attaques, ne laissez pas le bois de taille traîner près du verger!

 

Cette fiche est tirée du Guide de référence en production fruitière intégrée à l’intention des producteurs de pommes du Québec 2015. © Institut de recherche et de développement en agroenvironnement. Reproduction interdite sans autorisation écrite.

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Gerald Chouinard

Agronome et entomologiste à l'emploi du ministère de l'Agriculture, de Pêcheries et de l'Alimentation du Québec depuis 1992 et de l'IRDA depuis sa création. Depuis plus de 20 ans, il supporte les pomiculteurs et les professionnels de la pomiculture dans leur mission: produire des pommes de qualité, dans le respect de l'environnement.


Yvon Morin

agronome spécialisé en pomiculture depuis plus de 25 ans. Employé, puis dirigeant de la première entreprise de services-conseils pour les vergers, il a développé et mis à l'épreuve nombre de méthodes de dépistage et de seuils d'intervention utilisés par les conseillers en pomiculture du Québec


Franz Vanoosthuyse

Franz est détenteur d'une maîtrise en biologie de l'Université du Québec à Montréal. En plus de sa passion pour les insectes, il a développé des compétences en graphisme et mise en page. Professionnel de recherche au sein du laboratoire de production fruitière intégrée, il en est le responsable technique et il réalise des projets de recherche pour répondre aux problématiques entomologiques du secteur pomicole et des petits fruits.

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