Auteurs de la première édition : Yvon Morin et Gérald Chouinard
Auteure de la mise à jour 2023 : Stéphanie Gervais
Dernière mise à jour par l’auteure : 27 février 2023

 

ATTENTION DOSES RÉDUITES : l’ARLA ne prend pas action contre ceux qui préconisent de telles pratiques, si elles n’entraînent pas de danger pour la santé ou la sécurité humaine ou pour l’environnement et qu’elles ne sont pas destinées à promouvoir la vente de produits antiparasitaires. Si toutefois l’utilisation de doses réduites ou adaptées devait entraîner des pertes pour les utilisateurs, les conseillers ou les organisations qui les recommandent pourraient être tenus responsables de leurs recommandations dans des actions civiles.

 

Voyez le tétranyque sur Youtube! La capsule vidéo de 10 minutes dresse un portrait du ravageur, montre ses caractères distinctifs, identifie les conditions qui influencent son développement, et vous plonge dans l’action du dépistage et des méthodes d’intervention recommandées en production fruitière intégrée.

 

Description et comportement

Le tétranyque rouge du pommier (Panonychus ulmi) est un ravageur primaire en PFI. Il hiberne au stade d’œuf sur l’écorce des branches ou du tronc. Ses œufs sont rouges et sphériques, mesurent en moyenne 0,13 mm et sont souvent regroupés sur les lambourdes et les rameaux.

Œufs de tétranyque rouge du pommier (source : Franz Vanoosthuyse).

L’éclosion commence au stade du pré-bouton rose. Le tétranyque rouge du pommier passe par trois stades larvaires dont le plus jeune n’a que six pattes alors que les stades subséquents en ont huit. Les jeunes larves se déplacent vers les feuilles pour se nourrir. Sous des conditions climatiques normales à cette période, elles atteindront le stade adulte environ deux semaines plus tard, pendant la floraison. Les adultes ont l’apparence de minuscules araignées rouges carmin de 0,3-0,4 mm. Le mâle est un peu plus petit. Les femelles commencent à pondre sous les feuilles à partir du stade du calice. Les œufs prennent en moyenne de 6 à 14 jours pour éclore, alors que par temps chaud, cette durée peut être réduite de moitié. De six à huit générations, ou plus, peuvent se développer au cours de la saison, selon les conditions climatiques. Par temps chaud, la multiplication sera rapide et une génération pourra être complétée en dix jours.

Adulte de tétranyque rouge de la pomme (source : Joseph Moisan-De Serres, MAPAQ).

À la période préflorale, le tétranyque rouge est le seul acarien problématique. Il se multiplie rapidement et les populations peuvent être abondantes dès juin, dans les cas où des œufs sont présents au printemps et qu’un traitement n’a pas été effectué.

À partir de la 3e et la 4e génération, au milieu de l’été, les générations se chevauchent complètement et tous les stades (œufs, larves et adultes) sont présents en même temps. Le pic des populations survient vers la fin du mois de juillet et le début du mois d’août. Les œufs d’hiver sont pondus à partir de la fin août, principalement sur le bois mais aussi sur le calice des fruits et le feuillage. Les formes mobiles ne survivent pas à l’hiver.

Des photographies additionnelles des différents stades de développement se retrouvent dans le Guide d’identification des ravageurs du pommier et de leurs ennemis naturels.

Cycle de vie du tétranyque rouge de la pomme (source : Jonathan Veilleux, IRDA).

 

Dommages

Des populations importantes causent les dommages suivants (les astérisques identifient des situations extrêmes):

  • feuillage moucheté et/ou décoloré (bronzage);
  • réduction du taux de nouaison*;
  • réduction du nombre et de la qualité des bourgeons à fruit de l’année suivante*;
  • retard de croissance;
  • diminution du calibre des fruits;
  • diminution de la coloration des pommes*;
  • chute prématurée des pommes;
  • chute hâtive des feuilles*.

Estimation du risque

Il existe deux types de dépistage pour le tétranyque rouge :

  • Le dépistage sur lambourdes et rameaux permet d’estimer les populations d’œufs d’hiver et d’évaluer si une application d’huile est nécessaire en début de saison. Il doit être effectué au stade dormant ou dès le débourrement.
  • Le dépistage sur feuillage (œufs et formes mobiles) permet quant à lui d’estimer les populations et de vérifier si les prédateurs sont en nombre suffisant pour les contrôler. Il doit être effectué dès que des œufs ou des formes mobiles apparaissent en nombre suffisant sur le feuillage.
  • Le dépistage sur lambourdes doit être effectué avant le stade débourrement. Observez 30 bourgeons à fruits sur le bois de deux ans ou plus, à raison de deux bourgeons par arbre selon deux orientations opposées. Effectuez les observations à environ 1,5 m de hauteur à l’aide d’une loupe 10X. Concentrez les observations sur le côté ombragé des bourgeons. Portez une attention particulière aux cultivars tels Lobo, Délicieuse et Spartan, sur lesquels les populations ont tendance à se développer plus facilement. Classifiez chaque bourgeon en fonction du nombre d’œufs sains de tétranyques rouges présents sur l’équivalent de 3 cm de bois autour du bourgeon, selon le tableau ci-dessous. Faites la moyenne des cotes obtenues pour les 30 bourgeons. Le seuil d’intervention provisoire est de 0,2.
NOMBRE D’ŒUFS PAR BOURGEONS COTE
0 0
1 à 5 1
6 à 15 2
16 à 50 3
51 et plus 4

Le dépistage sur feuillage et les seuils d’intervention sont synthétisés au tableau Dépistage par observation visuelle des fruits ou du feuillage du présent guide (Fiche sur les Grilles de dépistage pour les vergers).

Stratégie d’intervention

Prévention

Évitez une fertilisation azotée excessive : ne dépassez pas 50 unités d’azote à l’hectare.

Favorisez le développement de la faune auxiliaire en utilisant au minimum les pesticides les plus toxiques pour les prédateurs, comme les pyrèthrinoïdes de synthèse et le carbaryl. Cependant, il faut noter que certains acariens prédateurs peuvent être actifs dans le verger malgré l’utilisation de ces produits, s’ils ont acquis une résistance (ce qui est fréquent). Consultez la fiche sur la Description et efficacité des prédateurs d’acariens pour de l’information sur les prédateurs d’acariens et la façon de les protéger.

Répression en début de saison (à l’huile)

Dans la quasi-totalité des cas, il est préférable de tuer les œufs avant leur éclosion plutôt que d’attendre et traiter les formes mobiles. Ceci est valable même si le prix de l’huile supérieure augmente à un rythme impressionnant. L’huile réprime très efficacement les œufs de tétranyque rouge, mais aussi d’autres ravageurs comme les cochenilles (cochenille de San José, cochenille ostréiforme et cochenille virgule) et le puceron rose. Si vous utilisez l’huile, vous ne les connaissez peut-être pas, mais ces insectes sont en recrudescence dans les vergers qui n’en reçoivent pas.

Pour être efficace, l’huile doit être appliquée avant ou pendant l’éclosion des œufs; typiquement, l’application est effectuée entre les stades débourrement avancé et pré-bouton rose.

Il faut noter toutefois que l’huile n’affectera pas les tétranyques à deux points et les ériophyides qui pourraient être présents dans le verger sous forme adulte au moment de l’application.

Les avantages à utiliser l’huile sont nombreux. Généralement, elle réduit suffisamment les populations du tétranyque rouge pour qu’elles demeurent sous les seuils jusqu’en juillet, moment où les prédateurs peuvent prendre le relais pour effectuer un contrôle biologique. Aussi, les tétranyques rouges acquièrent rapidement de la résistance aux acaricides chimiques. L’huile est également efficace contre les cochenilles si elle est appliquée au débourrement, en plus d’être un produit privilégié en PFI qui ne pose pas de problèmes de résistance.

Moment du traitement

Les applications doivent être faites seulement lorsque le vent est faible et la température assez élevée pour permettre à l’huile de bien couvrir le bois du pommier (idéalement 18 °C ou plus).

Comme l’huile agit par suffocation sur les œufs, c’est-à-dire qu’elle les empêche de respirer, les points suivants sont à surveiller :

  • L’effet du traitement est maximal lorsque les œufs respirent activement. De façon générale, plus la température est élevée, plus les œufs respirent. Cependant, la période qui précède l’éclosion est celle où le besoin en oxygène est le plus important. Elle correspond environ au stade du pré-bouton rose pour le cultivar McIntosh.
  • L’huile doit recouvrir entièrementles œufs pour les tuer. Il est très important de circuler à basse vitesse pour bien couvrir les arbres. Ainsi, pour les pommiers standards, la vitesse du pulvérisateur ne dépassera pas 3 km/h et la quantité de bouillie pulvérisée sera d’au moins 1000 L/ha. Dans le cas des pommiers nains et semi-nains, la vitesse atteindra au maximum 3-5 km/h et la quantité de bouillie peut être abaissée en conséquence.
  • Si le temps le permet, l’application peut être réalisée en deux passages à demi-dose, faits en sens contraire, assurant ainsi une meilleure couverture et une efficacité supérieure. Par exemple, les rangs qui ont été faits en remontant le verger seront refaits en descendant le verger. Si vous n’avez pas de contrainte de temps, la rentabilité de cette pratique est reconnue.

Précautions à prendre
Les conditions printanières n’étant pas souvent favorables à l’application d’huile, il est important de la faire dès qu’elles se présentent, même si le stade du pré-bouton rose n’est pas atteint. Inversement, n’intervenez pas dans de mauvaises conditions : c’est du temps et de l’argent mal investis.

Toute période de gel survenant moins de 48 heures après un traitement à l’huile peut causer des dommages à l’écorce et par la suite, de la phytotoxicité sur les cultivars sensibles à l’huile, comme Empire et Délicieuse.

Il est important de ne pas appliquer du SOUFRE, FOLPAN, FOLLOW, CAPTAN, MAESTRO ou autre fongicide à base de captane dans un délai d’une dizaine de jours précédant et suivant une application d’huile.

Quelques conseils supplémentaires

  • Si les conditions favorables ne se présentent pas avant le stade pré-bouton rose, le traitement à l’huile peut quand même être appliqué par la suite si les températures sont supérieures à 10 °C. Cependant, pour éviter les risques de phytotoxicité, il est nécessaire de ne pas dépasser la moitié de la dose au pré-bouton rose (3 % ou 30 L/ha) et le quart de la dose au bouton rose (2 % ou 15-20 L/ha). L’application à dose réduite perdra par contre son efficacité contre les cochenilles.
  • Si l’éclosion des œufs du tétranyque rouge est observée au moment même où les conditions météo idéales se présentent, l’huile peut également être appliquée avec grand succès contre les très jeunes stades du tétranyque rouge. La température doit toutefois rester élevée durant quelques jours après l’application et il ne doit pas y avoir de pluie pendant cette période.
  • Si vous avez subi du déclassement de fruits par la cochenille l’année précédente, une intervention à l’huile est recommandée même si le seuil du tétranyque rouge n’est pas atteint. Dans ce cas toutefois, il est souhaitable d’utiliser la pleine dose d’huile et de l’appliquer avant l’atteinte du stade débourrement avancé. L’huile doit être appliquée assez tôt pour éviter la phytotoxicité, et aussi parce que le bouclier des cochenilles est moins épais à leur sortie de l’hiver. Par la suite, une couche de cire se forme sur leur bouclier et s’épaissit rapidement à partir du débourrement.

Répression en été

Consultez la Stratégie globale de lutte aux acariens (Fiche Stratégie globale de lutte contre les acariens).

 

Cette fiche est une mise à jour de la fiche originale du Guide de référence en production fruitière intégrée à l’intention des producteurs de pommes du Québec 2015. © Institut de recherche et de développement en agroenvironnement. Reproduction interdite sans autorisation.

Auteurs de la première édition : Yvon Morin et Gérald Chouinard
Auteure de la mise à jour 2023 : Stéphanie Gervais
Dernière mise à jour par l’auteure : 27 février 2023

 

Description et comportement

Le tétranyque à deux points (Tetranychus urticae) est un ravageur secondaire en PFI. La femelle hiberne dans le paillis des plantes et dans les crevasses de l’écorce. Elle est de couleur orange brillant, contrairement aux tétranyques présents en été qui sont plutôt jaunâtres ou verdâtres avec une paire de taches dorsales sombres. La femelle active mesure jusqu’à 0,4 mm de longueur et le mâle, 0,3 mm. Elle reprend sa teinte orangée à la fin de l’été juste avant d’hiberner.

Œufs et formes mobiles de tétranyque à deux points (source : Joseph Moisan-De Serres, MAPAQ).

Forme mobile de tétranyque à deux points (source : Joseph Moisan-De Serres, MAPAQ).

Le tétranyque à deux points commence à pondre des œufs (sphériques, de couleur jaune pâle et partiellement translucides) au stade du débourrement avancé, sous les feuilles du pommier ou sur les mauvaises herbes. Les larves envahissent les pommiers nains et semi-nains lors d’une sécheresse, à la suite du fauchage ou de la pulvérisation des mauvaises herbes avec un herbicide. Cela se produit surtout à la fin juin et au début juillet. Contrairement au tétranyque rouge, le tétranyque à deux points peut tisser de fines toiles sous les feuilles et les individus vivent habituellement en colonies.

Cinq à neuf générations de tétranyques à deux points se succèdent et les populations atteignent leur maximum entre la fin juillet et le début août. Le tétranyque à deux points envahit plus rapidement les pommiers nains que les autres pommiers.

Le tétranyque à deux points peut être facilement confondu avec le tétranyque de McDaniel (Tetranychus mcdanieli) dépendamment de son stade et de son niveau d’activité. C’est au stade adulte et actif que certaines caractéristiques plus distinctives apparaissent : le tétranyque de McDaniel possède plusieurs tâches incluant certaines localisées dans la partie postérieure de l’abdomen, comparativement au tétranyque à deux points qui a généralement deux tâches distinctes et localisées plus près des yeux sur les côtés du corps.

Des photographies additionnelles des différents stades de développement se retrouvent dans le Guide d’identification des ravageurs du pommier et de leurs ennemis naturels.

 

Cycle de vie du tétranyque à deux points (source : Jonathan Veilleux, IRDA).

Dommages

Les tétranyques à deux points se nourrissent de sève à même le feuillage du pommier. Ils s’attaquent d’abord habituellement aux feuilles du centre de l’arbre pour aller ensuite vers l’extérieur. Lorsque l’infestation est bénigne, on note l’apparition de taches pâles à la surface des feuilles.

Une attaque plus grave pourra entraîner l’apparition de petites toiles en dessous des feuilles, puis le bronzage du feuillage, un retard de croissance, une réduction du calibre et de la qualité du fruit, ainsi que sa chute prématurée. Une décoloration sévère du feuillage causée par les acariens, particulièrement en juin, nuit gravement à la nouaison des fruits et à la formation des bourgeons à fruits pour l’année suivante.

Estimation du risque

La méthode de dépistage est décrite au tableau-synthèse Dépistage par observation des fruits ou du feuillage de la fiche sur les Grilles de dépistage pour les vergers. La méthode et les seuils sont les mêmes que pour le tétranyque rouge. Fait à noter, la migration et la multiplication du tétranyque à deux points sont plus rapides que celles du tétranyque rouge et la décoloration du feuillage apparaît plus rapidement.

Pour de plus amples informations sur le tétranyque rouge, référez-vous à la fiche sur Le tétranyque rouge du pommier dans le présent guide.

Stratégie d’intervention

Prévention

Les interventions préventives à privilégier sont les suivantes :

  • Éviter une fertilisation azotée excessive.
  • Éviter de faucher le couvre-sol durant une période de sécheresse.
  • Favoriser le développement des prédateurs naturels du tétranyque par le choix judicieux des pesticides appliqués.

Consultez la fiche sur la Description et efficacité des prédateurs d’acariens pour de l’information sur les prédateurs d’acariens et la façon de les protéger.

Répression

Consultez la fiche sur la Stratégie globale de lutte contre les acariens pour de l’information sur les stratégies globales de lutte contre les acariens.

 

 

Cette fiche est une mise à jour de la fiche originale du Guide de référence en production fruitière intégrée à l’intention des producteurs de pommes du Québec 2015. © Institut de recherche et de développement en agroenvironnement. Reproduction interdite sans autorisation.

Auteurs de la première édition : Yvon Morin et Gérald Chouinard
Auteure de la mise à jour 2023 : Stéphanie Gervais
Dernière mise à jour par l’auteure : 27 février 2023

 

Description et comportement

L’ériophyide du pommier (Aculus schlechtendali) est un ravageur mineur en PFI. Il est allongé et de couleur brun-jaune. Cet acarien est cinq fois plus petit que les tétranyques : l’adulte mesure à peine 0,07 mm. Il n’est pas visible à l’œil nu et les jeunes stades sont difficiles à voir, même avec une loupe.

ériophyide du pommier

Ériophyides du pommier (source : inra.fr).

 

La femelle adulte hiberne à l’intérieur des bourgeons ou dans les replis de l’écorce. L’ériophyide commence à se nourrir du feuillage au stade débourrement, mais les populations sont rarement assez fortes pour être problématiques avant la fin juin.

Le pic des populations est habituellement observé en juillet. Les populations diminuent en août lorsque les femelles se préparent à hiberner. Il y a habituellement trois générations par année et une quatrième lorsque les conditions climatiques sont favorables.

L’ériophyide a tendance à se reproduire davantage s’il n’y a pas ou peu de tétranyque. Cet acarien est souvent toléré car il sert de nourriture aux prédateurs lorsque les tétranyques rouges et à deux points sont peu présents ou absents.

Cycle de vie de l’ériophyide du pommier (Jonathan Veilleux, IRDA).

Dommages

L’ériophyide du pommier se nourrit des deux faces des feuilles, provoquant leur dessèchement et leur brunissement. Un léger enroulement des feuilles est le premier symptôme de leur présence. Dans le cas d’infestations plus graves, le feuillage prend une teinte brun-rouille, d’où son nom anglais de « rust mite ». Ce roussissement est davantage rougeâtre ou pourpré que la teinte brun-tabac provoquée par les infestations graves de tétranyques.

Des photographies additionnelles de ce ravageur se retrouvent dans le Guide d’identification des ravageurs du pommier et de leurs ennemis naturels.

Estimation du risque

La méthode de dépistage de l’ériophyide du pommier est décrite au tableau-synthèse Dépistage par observation des fruits ou du feuillage de la fiche sur les Grilles de dépistage pour les vergers Le seuil d’intervention pour ce ravageur est élevé et varie selon les cultivars.

Le contrôle de l’ériophyide n’est habituellement pas nécessaire. Par ailleurs, sa présence favorise le développement et le maintien d’un excellent prédateur de tétranyques, l’agistème (yellow mite), ainsi que la présence des phytoséides (voir la fiche sur la Description et efficacité des prédateurs d’acariens).

Stratégie d’intervention

Répression en été

Au besoin, l’ériophyide peut être contrôlé en même temps que les tétranyques par l’utilisation d’un acaricide en saison (sauf KANEMITE et ACRAMITE). Consultez la fiche sur la Stratégie globale de lutte contre les acariens pour les détails.

 

Cette fiche est une mise à jour de la fiche originale du Guide de référence en production fruitière intégrée à l’intention des producteurs de pommes du Québec 2015. © Institut de recherche et de développement en agroenvironnement. Reproduction interdite sans autorisation.

Auteurs de la première édition : Gérald Chouinard, Yvon Morin, Daniel Cormier, Robert Maheux et Sylvie Bellerose
Auteurs de la mise à jour 2023 : Francine Pelletier, Daniel Cormier et Stéphanie Gervais
Dernière mise à jour par les auteurs : 4 mars 2024

 

ATTENTION DOSES RÉDUITES : l’ARLA ne prend pas action contre ceux qui préconisent de telles pratiques, si elles n’entraînent pas de danger pour la santé ou la sécurité humaine ou pour l’environnement et qu’elles ne sont pas destinées à promouvoir la vente de produits antiparasitaires. Si toutefois l’utilisation de doses réduites ou adaptées devait entraîner des pertes pour les utilisateurs, les conseillers ou les organisations qui les recommandent pourraient être tenus responsables de leurs recommandations dans des actions civiles.

 

Les espèces utiles travaillent gratuitement pour vous à produire des fruits de qualité et à abaisser les populations de ravageurs. La plus connue de ces espèces est sans contredit l’abeille domestique, pollinisatrice acharnée dont la valeur totale de son travail dans la pomme au Canada a été évaluée à environ 218 millions de dollars en 2021 selon l’Aperçu statistique de l’industrie apicole canadienne et contribution économique des services de pollinisation rendus par les abeilles domestiques  (consultez la fiche sur la Pollinisation et qualité du fruit pour les détails quant au rôle joué par l’abeille en pomiculture).

Il existe toutefois bien d’autres espèces utiles dans nos vergers, et leur valeur est également très importante. Plusieurs espèces s’attaquent aux acariens (Fiche Description et efficacité des prédateurs d’acariens), certaines sont d’excellentes consommatrices de pucerons (Fiche Description et efficacité des prédateurs de pucerons), alors que d’autres ont un régime alimentaire plutôt varié. Elles contribuent à réprimer efficacement la mineuse marbrée, les pucerons verts et les pucerons lanigères. Parmi les 59 espèces de parasitoïdes qui localisent et tuent les larves de la tordeuse à bandes obliques répertoriées en Amérique du Nord, dix-huit espèces ont été capturées dans les vergers du Québec. Leur activité, notamment celle des parasitoïdes (Fiche Description et efficacité des parasitoïdes), peut être spectaculaire. Il n’est pas rare, par exemple, d’observer des taux de parasitisme de plus de 30 % chez les tordeuses et de 75 % chez les mineuses, dans les vergers commerciaux du Québec qui pratiquent la PFI.

Mais, il y a un « mais » : plusieurs de ces espèces utiles sont très sensibles à l’application des pesticides. Le choix de ces produits est donc crucial si vous voulez favoriser leur présence. En les protégeant, vous bénéficierez ainsi de leur activité qui pourra vous faire épargner des traitements phytosanitaires au cours de l’été. Pour mieux protéger ces espèces utiles, vous pouvez consulter les effets nocifs des insecticides et fongicides sur l’affiche PFI de la saison en cours ou SAgE Pesticides

Pour ne pas nuire à leur travail, quelques règles simples, mais précieuses méritent d’être suivies.

Protection des abeilles et autres pollinisateurs

Dans nos régions, l’abeille domestique ne survit pas à l’hiver. Celles qu’il est possible d’apercevoir durant la saison chaude proviennent de ruches tenues par des apiculteurs. Par conséquent, à l’approche de la floraison, la location de ruche est une pratique rentable car la seule présence de pollinisateurs sauvages ne peut suffire (sauf peut-être dans le cas des vergers plus petits). Les abeilles domestiques et les pollinisateurs sauvages favorisent une pollinisation uniforme et par conséquent, un meilleur rendement. Afin de protéger ces insectes utiles, le simple bon sens et la Loi défendent strictement d’appliquer des pesticides toxiques pour les abeilles lors de la floraison (voir la fiche sur La protection des abeilles et la loi.)

Abeille domestique, Apis mellifera (source : IRDA).

Prévenir l’intoxication des abeilles

L’agriculteur qui utilise des pesticides dans ses cultures a le devoir de prendre les mesures préventives suivantes pour ne pas intoxiquer les abeilles :

  • Avant d’épandre un pesticide, prévenir les apiculteurs des environs afin qu’ils mettent leurs colonies à l’abri. Communiquer avec un centre de services du MAPAQ pour obtenir la liste des apiculteurs voisins.
  • Ne pas pulvériser de pesticides toxiques aux abeilles sur des cultures en fleurs fréquentées par des abeilles. S’il est indispensable d’appliquer des pesticides pendant la floraison, se limiter aux produits relativement peu toxiques ou inoffensifs (voir plus bas pour la liste) et le faire entre 19 h et 7 h, moment où les abeilles sont rentrées à la ruche.
  • Ne pas traiter par temps venteux pour éviter que les embruns de pesticides soient emportés vers les ruches avoisinantes.
  • Les abeilles mellifères s’intoxiquent souvent en butinant les plantes de couverture, comme le pissenlit ou le trèfle, qui sont en fleurs dans le verger. La tonte ou la taille de ces plantes avant la pulvérisation d’insecticides protégera les abeilles.
  • Retirer les ruches aussitôt que la pollinisation est terminée (ou suffisante) et avant l’application des insecticides en post-floraison.
  • Lire l’étiquette de chaque pesticide pour connaître les précautions à prendre pour protéger les abeilles.

Toxicité des pesticides utilisables en pomiculture envers les abeilles

La toxicité des différents produits utilisés en pomiculture envers les abeilles (et les autres espèces utiles) est présentée dans le tableau téléchargeable via le lien à la fin de cette fiche. Ces cotes de toxicité résultent de la compilation des données disponibles sur le site web de SAgE pesticides  et de différentes sources publiées au Canada et aux États-Unis. En cas de divergences entre les sources, privilégier l’interprétation légale, soit l’étiquette des pesticides concernés.

Les produits utilisables pendant la floraison sont peu nombreux, et même ces produits doivent être appliqués préférablement ou obligatoirement entre 19 h et 7h. Parmi ceux-ci, figurent les produits suivantsALTACOR (chlorantraniliprole), CONFIRM (tébufénozide),  BIOPROTEC et DIPEL  (Bt), INTREPID (méthoxyfénozide), BELEAF (flonicamide), KANEMITE (acéquinocyl), NEALTA (cyflumétofène), SAFER’S, OPAL, KOPA (sels de potassium d’acide gras), SIVANTO PRIME (flupyradifurone), SURROUND (kaolin), VERSYS, SEFINA (afidopropen), VIROSOFT CP4, CYD-X et MADEX (virus de la granulose du carpocapse), et la plupart des agents de lutte contre la tavelure, le feu bactérien et les autres maladies. Des applications de ces produits pendant la floraison sont donc possibles si les produits sont homologués pour cette période. Vérifiez l’étiquette!

Protection des prédateurs et parasitoïdes

La présence d’espèces utiles dans le verger est largement favorisée lorsque ceux-ci peuvent trouver la nourriture dont ils ont besoin, c’est-à-dire des ravageurs. La PFI tolère donc la présence de ravageurs jusqu’à un certain seuil de tolérance économique qui permet ainsi la survie des prédateurs et parasitoïdes. Il faut donc être ouvert et savoir qu’il n’est pas possible de réprimer totalement tous les ravageurs du verger. L’approche de la PFI vise davantage à obtenir le meilleur coût de production par pomme récoltée plutôt que la récolte maximale avec une facture plus onéreuse de pesticides.

Plus d’informations sur les prédateurs et parasitoïdes rencontrés en vergers sont présentées aux fiches suivantes :  Description et efficacité des prédateurs d’acariensDescription et efficacité des prédateurs de pucerons et Description et efficacité des parasitoïdes.

Protection des autres espèces utiles

Araignées

Plus d’une cinquantaine d’espèces d’araignées peuvent être rencontrées dans les vergers. Ces organismes sont tous prédateurs, principalement d’insectes. Dans les vergers commerciaux, les araignées errantes et les araignées à toile (comme les épeires) se nourrissent principalement de tétranyques et de tordeuses. Elles sont plus abondantes lorsque les traitements insecticides y sont modérés. Les applications d’insecticides à large spectre dirigées contre la mouche de la pomme nuisent à l’établissement maximal des populations d’araignées en août.

Araignée (source : IRDA et Franz Vanoosthuyse)

Micro-organismes utiles

Oui, il existe de très petits organismes utiles à la pomiculture! Certains nématodes présents naturellement dans le sol, mais aussi des bactéries, des champignons et des virus s’attaquent aux insectes et aux acariens. D’autres champignons utiles s’attaquent plutôt à la tavelure. De nombreuses études en cours à travers le monde visent à mieux connaître ces micro-organismes qui sont la plupart du temps spécifiques, c’est-à-dire qu’ils ne s’attaquent qu’à une seule espèce ou qu’à un petit groupe d’espèces. Certains de ces micro-organismes (les plus connus actuellement) sont listés à la fiche sur le Répertoire des principaux organismes utiles en vergers.

Comment adapter votre programme de traitements de façon à protéger les espèces utiles

Les espèces utiles sont très sensibles à de nombreux pesticides et le choix de ces produits est important pour favoriser leur établissement. Avant de choisir un pesticide, le principe général suivant mérite d’être rappelé :

  • Dépistez les ravageurs et traitez uniquement lorsque les seuils d’intervention sont atteints.
  • Intervenez contre les maladies si les conditions météorologiques sont favorables à leur développement

Lorsque des applications sont vraiment nécessaires, favorisez les choix suivants :

  • Sélectionnez le pesticide le moins toxique sur les espèces bénéfiques que vous voulez protéger. La majorité des nouveaux insecticides disponibles sont des produits sélectifs qui sont plus efficaces contre le ravageur visé avec une faible toxicité sur les prédateurs et parasitoïdes présents.
  • Utilisez la dose minimale efficace pour réprimer les ravageurs et les maladies (voir ci-après).
  • Privilégiez les traitements de bordures lorsque c’est possible, afin de créer une zone centrale exempte de produits toxiques qui servira de refuge pour les espèces bénéfiques.
  • Choisissez si possible le moment de la journée où les espèces utiles sont moins actives ou vulnérables, soit en début ou fin de journée.

Les tableaux d’efficacité des insecticides et acaricides contre les ravageurs (Fiche sur l’Efficacité potentielle des insecticides et acaricides) et de toxicité des pesticides envers les espèces utiles (ci-dessous) vous permettront de faire les meilleurs choix pour protéger votre récolte tout en favorisant le développement des espèces utiles. Pour les fongicides, la toxicité de ceux-ci se retrouve sur l’affiche PFI de la saison en cours.

Cliquez ici pour télécharger le tableau complet.

Dosage des pesticides

L’application d’une dose supérieure à celle affichée sur l’étiquette du produit est risquée et représente un coût supplémentaire de production. Cette surdose représente aussi un risque pour la récolte (limite maximale tolérée de résidus sur les fruits dépassée, possibilité de phytotoxicité), un risque pour l’applicateur et un risque pour l’environnement. De plus, elle peut contribuer au développement de résistance chez les ravageurs et les maladies, sans compter ses effets nocifs décuplés sur les espèces utiles.

Pour sa part, une dose insuffisante ne règle pas le problème pour lequel le pesticide a été appliqué, et les applications répétées qu’elle peut engendrer peuvent également favoriser le développement de résistance et le déclin des espèces utiles. Sans compter la perte de tous les recours possibles contre la compagnie car seule la dose inscrite sur l’étiquette est garantie efficace par le fabricant.

La détermination de la dose d’emploi d’un pesticide ne doit jamais être prise à la légère dans le seul but de réduire la facture de pesticides (bien que cet objectif soit défendable).

En fin de compte, il n’y a donc qu’une recommandation possible : la meilleure dose à utiliser est toujours la dose minimale efficace qui permet de réprimer adéquatement le ravageur ou la maladie.

Les doses présentes sur l’étiquette des nouveaux produits sont homologuées en fonction de leur efficacité sur le ou les ravageur(s) visé(s) et/ou du degré d’infestation présent. Dans le cas des vergers, elles sont maintenant évaluées avant homologation dans des plantations à haute densité. En vergers de pommiers standards, la dose minimale efficace d’un produit récent risque donc de correspondre à la dose maximum avec un volume de bouillie élevé permettant de bien couvrir tout le feuillage présent.

Les étiquettes de produits moins récents n’indiquent parfois qu’une seule dose, valable pour les conditions les plus difficiles, comme dans le cas de pommiers standards ou dans le cas où la pression de ravageur est élevée. Cette dose unique peut donc, dans certaines conditions, correspondre à une surdose sur le plan agronomique!

Consultez la fiche sur le Réglage et étalonnage du pulvérisateur pour des informations sur la façon d’ajuster les doses utilisées en fonction du gabarit des arbres.

 

 

Cette fiche est une mise à jour de la fiche originale du Guide de référence en production fruitière intégrée à l’intention des producteurs de pommes du Québec 2015. © Institut de recherche et de développement en agroenvironnement. Reproduction interdite sans autorisation.

Auteurs de la première édition : Yvon Morin, Gérald Chouinard et Robert Maheux
Auteurs de la mise à jour 2023 : Francine Pelletier, Daniel Cormier et Stéphanie Gervais
Dernière mise à jour par les auteurs : 4 mars 2024

 

Note : consultez le calendrier d’apparition des principaux ravageurs et espèces utiles (Fiches sur les Grilles de dépistage pour les vergers pour visualiser les périodes d’activité des prédateurs d’acariens décrits dans cette fiche.

Pour vous aider à reconnaître ces prédateurs, consultez également le Guide d’identification des ravageurs du pommier et de leurs ennemis naturels ou ou sa version en ligne.

Phytoséiides

Description et comportement

Les phytoséiides regroupent les plus voraces des acariens prédateurs. Ils complètent plusieurs générations par année sous les conditions climatiques du Québec. Plusieurs espèces peuvent être rencontrées dans les vergers mais les deux plus communes sont Neoseiulus (=Amblyseiusfallacis et Typhlodromus caudiglans.

Acarien phytoséiide (source : IRDA).

 

Leur corps généralement translucide en forme de goutte d’eau laisse souvent apercevoir un « H » coloré, de couleur rouge ou jaune, dépendamment s’ils se nourrissent de tétranyques rouges ou de tétranyques à deux points.

Les différentes espèces de phytoséiides sont impossibles à distinguer l’une de l’autre sans microscope. De taille voisine à celle des tétranyques, ces prédateurs sont visibles à l’aide d’une loupe (10X ou plus). Ils se déplacent rapidement, contrairement aux acariens ravageurs.

Alimentation et période d’activité

La proie favorite de N. fallacis est le tétranyque à deux points alors que T. caudiglans, plus généraliste, peut aussi se nourrir de tétranyques rouges et d’ériophyides. Cette espèce passe l’hiver sur le pommier contrairement à N. fallacis qui passe l’hiver dans la litière du sol ou à la base des pommiers.

En début de saison, ces prédateurs sont présents surtout au sol se nourrissant de tétranyques à deux points sur les mauvaises herbes à feuilles larges. Ils colonisent le pommier lorsqu’un nombre suffisant de proies sont présentes.  En fin de saison, à partir du mois d’août, il arrive qu’ils soient présents en grand nombre dans des vergers où les populations de tétranyques à deux points et d’ériophyides sont élevées.

Efficacité

Souvent, le seuil d’intervention pour le tétranyque à deux points est atteint avant que les phytoséiides ne montent dans les arbres. Ainsi, si les conditions sont favorables, il peut être avantageux de retarder l’application d’acaricide afin de permettre aux populations de phytoséiides de se développer sur les pommiers. Si celles-ci sont assez abondantes, elles peuvent faire chuter rapidement les populations de tétranyque à deux points.

Sensibilité aux pesticides

Ces prédateurs sont très sensibles aux pyréthrinoïdes (UPCYDE, SHIP, POUNCE, PERM-UP, AMBUSH, DECIS. POLECI, MATADOR, SILENCER, LABAMBA et DANITOL) et au carbaryl (SEVIN). Plusieurs insecticides tels que RIMON, ASSAIL, CALYPSO, DELEGATE et SURROUND peuvent avoir une toxicité variable selon le stade (œufs, larves ou adultes) et/ou causer aussi des effets plus subtils comme une diminution de la fécondité ou du taux de prédation. Leur utilisation peut donc interférer avec la lutte biologique offerte par les phytoséiides et être associée à une recrudescence des populations de tétranyques dans certains vergers. Il pourrait en être de même dans le cadre d’un programme d’applications répétées de soufre. Les fongicides contenant du mancozèbe (DITHANE, MANZATE, PENNCOZEB) et l’acaricide NEXTER leur seraient aussi toxiques. Consulter le tableau téléchargeable à la fiche sur Les espèces utiles, une ressource à protéger pour plus d’informations sur la toxicité des différents produits utilisés en pomiculture envers ces prédateurs.

Stigmaéides

Description et comportement

Ces acariens prédateurs (Agistemus sp., Zetzelia sp.) ressemblent aux acariens ravageurs, mais leur couleur, comme celle de leurs œufs, est jaune citron parfois teintée de rouge lorsqu’ils se nourrissent de tétranyques rouges. Ils se déplacent beaucoup moins vite que les phytoséiides.

Acarien stigmaéide (source : Jacques Lasnier).

Alimentation et période d’activité

Au Québec, l’espèce la plus répandue est Agistemus fleshneri, communément appelé agistème mais l’espèce Zetzelia mali est également présente. Ils se nourrissent surtout d’ériophyides et d’oeufs de tétranyques mais peuvent survivre, en pénurie de proies, en s’alimentant de pollen ou d’autres proies incluant les acariens prédateurs phytoséiides. Ces prédateurs, qui hivernent au sol à la base des arbres, sont actifs tôt au printemps et peuvent assez efficacement maintenir les populations de tétranyque sous les seuils d’intervention. Cependant, c’est à partir de juillet et août qu’ils se trouvent en plus grand nombre, surtout lorsque les ériophyides ont été abondants l’année précédente. Ils peuvent aussi cohabiter avec d’autres acariens prédateurs, comme les phytoséiides.

Efficacité

De concert avec les autres prédateurs d’acariens, les stigmaéides sont d’importants alliés des pomiculteurs québécois contre l’ériophyide et les tétranyques. Ils sont cependant vulnérables, car sous certaines régies, ils peuvent être décimés par l’utilisation de certains pesticides qui leur sont toxiques.

Lorsqu’ils sont présents, il n’est pas recommandé d’intervenir contre l’ériophyide. Leur présence justifie aussi un dépistage « serré » du tétranyque rouge et du tétranyque à deux points avant d’intervenir.

Autres acariens prédateurs

Balaustium spp (Erythraeidae)

Les acariens du genre Balaustium sp. sont plus gros qu’un tétranyque (environ 1,0-2,5 mm) et facilement visibles à l’œil nu. Leur corps est rouge et parfois densément recouvert de soie ce qui leur donne un aspect velouté. Plusieurs espèces peuvent être rencontrées en vergers mais l’espèce Balaustium putmani (0,7-1,1 mm) est la plus connue. En plus de s’attaquer aux différents stades de tétranyques, ils se nourrissent de plusieurs types de proies incluant les pucerons, les cochenilles, les œufs de papillons et autres petits insectes au corps mou ainsi que de pollen. Ils sont souvent observés se déplaçant rapidement sur le feuillage en début et en fin de saison.

Acarien du genre Balaustium sp. (Source : IRDA).

Allothrombium spp (Trombidiidae)

Les acariens du genre Allothrombium sp., sont de gros acariens de couleur rouge-orangé dont la taille peut dépasser 3 mm. Leur corps est recouvert d’un court duvet qui leur donne aussi un aspect velouté. Chez ce groupe, les larves sont des parasites externes d’insectes qui se fixent durant quelques jours sur leur hôte avant de poursuivre leur cycle de développement. Les adultes sont des prédateurs généralistes voraces qui peuvent se nourrir d’acariens et de différents petits insectes incluant les pucerons. Ils peuvent être observés tôt au printemps sur le sol ou sur le tronc des pommiers à la recherche de nourriture. Ils peuvent être assez communs dans les vergers, particulièrement en fin de saison. Au Québec, on retrouve notamment dans les vergers l’espèce A. lerouxi.

Acariens du genre Allothrombium spp au stade larvaire avec son hôte (puceron) (source : Bernard Drouin et Francine Pelletier, IRDA).

Balaustium

Acarien du genre Allothrombium spp au stade adulte (source : MAPAQ).

 

Anystis baccarum (Anystidae)

Anystis baccarum est un petit acarien rouge visible à l’œil nu (1,0-1,5 mm) qui se déplace rapidement sur le feuillage. Il a l’aspect d’un petit crabe. Son corps et ses pattes sont parsemés de soies. C’est un prédateur commun en verger et en vignoble. L’espèce se nourrit d’acariens, de cicadelles et de pucerons.

Anystis baccarum (source : IRDA).

 

Punaise de la molène

La punaise de la molène (Campylomma verbasci) se retrouve dans la majorité des vergers du Québec. En début de saison, elle y réduit efficacement les populations de tétranyques rouges. La larve et l’adulte sont également prédateurs de pucerons.  Malheureusement, durant une courte période, les jeunes larves peuvent également se nourrir de jeunes fruits, et leur comportement est difficile à prévoir.

punaise de la molène (adulte)

Punaise de la molène adulte (source : IRDA).

Description et comportement

L’adulte est vert grisâtre et deux fois plus petit que la punaise terne. Il est possible de l’observer sur les jeunes pousses, principalement dans les blocs très vigoureux et peu taillés, où il se nourrit de pucerons et de sève. À la fin de l’été, les œufs sont pondus sur des arbres où il y a des tétranyques rouges. Ils éclosent la saison suivante pendant la floraison du pommier. Les larves ressemblent au puceron vert, mais sont plus mobiles. Elles se nourrissent de larves de tétranyques.

Tel que mentionné, ce prédateur a parfois tendance à se détourner de ses proies pour s’attaquer au fruit. Ce comportement dépend, entre autres, de l’abondance de proies, du cultivar et des conditions climatiques. Il survient habituellement lorsque la population de punaises de la molène est abondante et qu’il y a peu de tétranyques. La présence d’un cultivar attrayant, comme la Délicieuse rouge et la Spartan, favorise ce comportement. Dans les cas extrêmes, les autres cultivars peuvent aussi être attaqués. Un temps chaud et sec après la floraison favorise aussi l’attaque des fruits.

La période propice aux dommages se situe entre le stade calice et le stade nouaison (10 mm). Après ce stade, il est préférable de ne pas appliquer de pesticides qui sont toxiques pour cet insecte afin de le maintenir dans le verger pour qu’il exerce son action prédatrice.

Sensibilité aux pesticides

La punaise de la molène est peu sensible aux insecticides de la famille des organophosphorés mais est très sensible aux néonicotinoïdes. Consultez le tableau de la fiche sur les Insecticides homologués en pomiculture au Québec pour connaître quels insecticides lui sont toxiques et limitez leur utilisation si vous désirez profiter de son activité utile.

Punaise translucide

Description

La punaise translucide (Hyaliodes vitripennis) est une punaise d’apparence délicate, de taille semblable à la punaise terne (4-5 mm). Elle est facilement reconnaissable grâce à ses ailes transparentes barrées de deux lignes noires et à ses antennes rayées.

Les stades immatures sont verts et le bout de leur corps, effilé et retroussé, prend une couleur rouge lorsqu’elle se nourrit de tétranyques rouges. La punaise translucide se retrouve presque toujours sur le dessous des feuilles du pommier.

Adulte et larve de punaise translucide (source : Bernard Drouin).

Période d’activité

Cette punaise était auparavant le prédateur du tétranyque rouge le plus efficace et le plus courant dans les vergers du sud-ouest du Québec. Cependant, avec l’utilisation plus fréquente d’insecticides durant l’été contre le carpocapse, la population de ce prédateur a fortement diminué. Il se retrouve surtout dans les pommiers standards, mais aussi dans les pommiers nains et semi-nains.

Dans nos conditions climatiques, il n’y a qu’une génération par année. Les premières larves apparaissent environ à la fin juin et les adultes sont présents de la mi-juillet à la fin août. La ponte commence vers le début d’août.

Alimentation

En plus du tétranyque rouge, cette punaise se nourrit de cicadelles, de pucerons, de larves de lépidoptères et même de mineuses dans leur mine!

Pour favoriser sa présence

Il est possible de favoriser sa présence en tolérant un peu plus de tétranyques dans un bloc du verger. Les punaises translucides déposeront leurs œufs dans ce bloc au courant du mois d’août. Il est important que les tétranyques soient encore présents à cette période, sinon, la punaise ira pondre ailleurs. Donc, un « grand nettoyage » des acariens ravageurs est à éviter.

Sensibilité aux pesticides

Il y a peu d’information disponible pour les nouveaux insecticides. Il est cependant connu que les néonicotinoïdes lui sont toxiques.

Autres punaises prédatrices

D’autres punaises prédatrices (réduves, nabides, pentatomides, anthocorides et mirides) peuvent se nourrir quasiment de tout ce qui bouge et qui n’est pas trop gros. Elles sont souvent observées dans les vergers qui reçoivent un minimum d’insecticides pendant l’été. Certaines sont très voraces, comme la punaise soldat Podisus maculiventris. Plusieurs sont décrites dans la fiche sur la Description et efficacité des prédateurs de pucerons qui traite des prédateurs de pucerons.
Des photos de ces punaises se retrouvent également dans le Guide d’identification des ravageurs du pommier et de leurs ennemis naturels ou sa version en ligne.

Introduction de prédateurs d’acariens en vergers

Il arrive malheureusement que les populations de prédateurs d’acariens disparaissent soudainement de certains blocs de vergers, soit en raison de l’application d’un pesticide qui leur est toxique, soit en raison de l’absence des acariens phytophages et des autres types de proies qui leur servent de nourriture. De nombreuses études ont démontré que la réintroduction de prédateurs dans ces zones est possible, en transférant du bois de taille d’été, ou simplement des feuilles de pommiers, à partir de vergers-source (spécialement dans le cas des phytoséiides et de la punaise translucide). Pour plus d’informations sur la méthode de transfert d’acariens par le bois de taille d’été, consultez le Guide des méthodes alternatives de protection des pommiers.

Les acariens prédateurs sont même disponibles commercialement au Québec pour lutter contre les tétranyques, ils sont disponibles chez Anatis Bioprotection, Koppert et Plant product). La grande sensibilité des prédateurs d’élevage aux pesticides et leur coût d’achat limitent actuellement leur utilisation, mais la protection des populations de prédateurs indigènes est fortement recommandée et profitable, comme présentée ci-dessous.

Abondance et efficacité des principaux prédateurs d’acariens au Québec

Pour les tétranyques, il est estimé que les populations peuvent être maintenues naturellement en dessous des seuils de nuisibilité lorsqu’il y a au moins un prédateur de type phytoséiide pour 10 à 15 tétranyques. La présence d’ériophyides sur le feuillage tôt en saison augmente cette probabilité, car les acariens prédateurs les utilisent comme source de nourriture « en attendant » l’arrivée des tétranyques.

NOM ABONDANCE PROIE PRÉFÉRÉE EFFICACITÉ INTÉRÊT EN PFI
Stigmaéides +++ Tétranyque rouge +++ ++++
Ériophyide ++++ ++++
Phytoséiides +++ Tétranyque à deux points ++++ +++
Punaise translucide1 + Tétranyque rouge +++ ++
Punaise de la molène ++++ Tétranyque rouge ++ ++
Puceron vert ++ ++
Allothrombium sp. ++ Généraliste + ++
Balaustium sp. + Généraliste + +
Anystis baccarum + Généraliste + +
Prédateurs de pucerons2 Variable Puceron vert Variable ++

Légende : + = faible; ++++ = élevé.

1. Très affectée par certains traitements estivaux contre le carpocapse.

2. Certains prédateurs de pucerons (chrysopes, coccinelles, etc.) s’attaquent aussi aux tétranyques.

 

Cette fiche est une mise à jour de la fiche originale du Guide de référence en production fruitière intégrée à l’intention des producteurs de pommes du Québec 2015. © Institut de recherche et de développement en agroenvironnement. Reproduction interdite sans autorisation.

Auteurs de la première édition : Gérald Chouinard, Yvon Morin et Robert Maheux
Auteurs de la mise à jour 2023 : Francine Pelletier et Daniel Cormier
Dernière mise à jour par les auteurs : 4 mars 2024

 

Les prédateurs de pucerons sont très communs dans les vergers et ils peuvent maintenir efficacement les populations de pucerons présentes en dessous des seuils de nuisibilité. L’utilisation de pesticides à faible risque pour ces espèces utiles favorise leur présence dans le verger. Plusieurs de ces espèces se nourrissent aussi d’acariens, ce qui n’est pas sans intérêt (voir la fiche sur la Description et efficacité des prédateurs d’acariens).

Consultez le calendrier d’apparition des principaux ravageurs et espèces utiles (Fiche sur les Grilles de dépistage pour les vergers pour visualiser les périodes d’activité des différentes espèces décrites dans cette fiche.

Pour vous aider à reconnaître ces prédateurs, consultez également le Guide d’identification des ravageurs du pommier et de leurs ennemis naturels ou sa version en ligne.

Cécidomyies prédatrices

La cécidomyie du puceron (Aphidoletes aphidimyza), à ne pas confondre avec la cécidomyie du pommier est l’un des plus importants prédateurs de pucerons verts sous les conditions prévalant au Québec. Elle se nourrit également de pucerons lanigères et de pucerons roses. Les cécidomyies passent l’hiver dans un cocon enfoui à environ 1 cm sous le couvre-sol du verger. L’adulte ressemble à un petit moustique (3 mm) d’apparence banale et difficile à observer, apparaissant en juin. Chaque femelle pond jusqu’à 300 œufs, dont plusieurs sur les feuilles de pommiers, près des colonies de pucerons. Les larves (asticots) sont orange vif et ont l’apparence de petits vers (2 mm) sans tête ni pattes. Les premières larves sont présentes au début de juin et il y a, en général, deux générations par année. Seules les larves sont prédatrices. Celles-ci paralysent leur proie par une piqûre et les ponctionnent ensuite pour se nourrir de leur contenu. Une larve de cécidomyie peut consommer jusqu’à 50 pucerons par jour. D’autres espèces de cécidomyies (Feltiella spp) sont prédatrices d’acariens.

Adulte et larve de cécidomyie prédatrice de pucerons (source : Francine Pelletier).

En utilisant des pesticides qui vont leur être moins nocifs (se référer au tableau de la fiche sur Les espèces utiles, une ressource à protéger sur la toxicité), les larves de cette espèce sont généralement suffisamment abondantes pour réprimer efficacement les pucerons verts sans besoin d’intervention. Il est estimé que les populations de pucerons verts peuvent être maintenues naturellement en dessous des seuils de nuisibilité lorsque 25 % des pousses affectées par les pucerons contiennent des cécidomyies prédatrices ou qu’il y a présence d’au moins une larve de cécidomyie par 20 à 40 pucerons.

Chrysopes

Chez ce groupe d’insecte bénéfique, c’est uniquement la larve qui est prédatrice (8 mm). Elle ressemble à un petit crocodile à l’abdomen effilé, munie de pinces à l’avant. L’adulte (10-20 mm) est d’apparence délicate. Il est reconnu par sa couleur verte ou parfois brune (dans ce cas, ce sont plus précisément des hémérobes), à ses longues antennes fines et à ses grandes ailes translucides parcourues d’un réseau de nervures et posées, au repos, tel un toit en pente au-dessus de son corps allongé. Ses œufs blancs (1 mm) sont dressés un à un au bout de longs fils de soie (1 cm) et sont facilement observables sur la face inférieure des feuilles ou parfois à la surface des fruits.

Œufs de chrysope (source : Catherine Pouchet, IRDA).

Larve et adulte de chrysope (source : IRDA et Franz Vanoosthuyse).

Environ trois générations de chrysopes sont dénombrées par année au Québec. Les larves sont présentes à partir de la mi-juin et vont fluctuer en nombre selon l’abondance des pucerons jusqu’à la mi-octobre. Elles peuvent consommer jusqu’à 50 pucerons par jour. Il est estimé que les populations de pucerons verts peuvent être maintenues naturellement en dessous des seuils de nuisibilité lorsqu’il y a une larve de chrysope pour 70 pucerons. Ce prédateur peut aussi être utile pour maintenir sous un seuil acceptable les populations de certains ravageurs tels que cochenilles, acariens, cicadelles et jeunes stades larvaires de papillons (chenilles) ou d’autres insectes, mais peu de données existent pour quantifier cette utilité.

Syrphes

Plusieurs espèces de syrphes peuvent être présentes dans les vergers. Près de 18 espèces différentes ont été répertoriées au Québec. Bien qu’il s’agisse d’une mouche, l’adulte ressemble, de par sa coloration, à une abeille. Il se différencie toutefois facilement par son habitude à faire du vol stationnaire. Sa tête et ses yeux de mouche sont aussi plus gros que ceux d’une abeille. La larve (6 mm) est un asticot sans pattes, qui ressemble à une petite limace (figure). Selon les espèces, elle est de couleur variable : gris, jaune, orange, vert ou une combinaison de ces couleurs, celles-ci formant généralement une série de lignes sur le dos. Les œufs de syrphe sont blancs et peuvent être facilement observés à travers les colonies de pucerons.

Syrphe adulte du genre Toxomerus sp. (source : Catherine Pouchet, IRDA).

Larve et œuf de syrphe (source : Catherine Pouchet et Francine Pelletier).

Ce groupe d’insectes est utile de deux façons. Adultes, ils agissent comme pollinisateurs, se nourrissant de pollen et de nectar. Au stade larvaire, la plupart des syrphes rencontrés en vergers sont d’excellents prédateurs de pucerons verts et roses : certaines espèces peuvent en consommer entre 400 et 900 pendant les 3 à 4 semaines de leur développement. Toutes peuvent se nourrir de cochenilles, de chenilles et d’autres petits insectes. Les syrphes sont actifs dès l’ouverture des bourgeons, les différentes espèces se succédant pendant toute la saison. Les plus efficaces sont retrouvées avant la fin de juillet et peuvent, jusqu’à ce moment, maintenir les populations de pucerons à de faibles densités.

Des larves très semblables aux syrphes appartiennent à une autre famille de mouche (Chamaemyiidae). Le genre Leucopis sp. est commun en verger. Chez Leucopis sp., les deux appendices situés à l’extrémité postérieure de la larve sont séparés alors que chez les syrphes, ils sont accolés. Les œufs sont très semblables à ceux des syrphes. Les adultes sont de petites mouches gris argenté.

Larve et adulte de Leucopis sp. (source : Francine Pelletier).

Coccinelles

Les coccinelles sont facilement reconnaissables avec leur forme arrondie et leur couleur vive (souvent rouge, parfois orangée, jaune ou noire), ornée de points noirs ou de marbrures. Une dizaine d’espèces peuvent être retrouvées dans les vergers. Elles se nourrissent de pucerons, d’acariens, de cochenilles ainsi que d’œufs de toutes sortes d’insectes. Les adultes et les larves sont prédatrices. Elles peuvent se nourrir d’une centaine de pucerons par jour. Au Québec, les coccinelles complètent une génération par année.

Les principales espèces rencontrées en vergers au Québec sont :

Coccinelle à deux points : L’adulte (5mm) est rouge avec un point noir au centre de chaque aile. Il s’agit d’une espèce indigène au Québec mais, avec l’arrivée de coccinelles exotiques, elle est aujourd’hui beaucoup moins fréquemment observée.

Deux morphes de coccinelles à deux points (source : Daniel Coderre et Catherine Pouchet, IRDA).

Coccinelle à sept points : L’adulte (7 mm) est rouge avec sept points bien comptés et porte deux marques pâles sur les côtés du thorax et à la jonction des ailes. Il s’agit d’une espèce exotique. On l’observe principalement au printemps, puis à la mi-septembre.

Coccinelle à sept points (source : IRDA).

Coccinelle à quatorze points : Il s’agit également d’une espèce d’origine exotique. L’adulte (3-5 mm) est jaune et porte un motif noir ressemblant à un damier. Ne cherchez pas trop à trouver le nombre exact de points!

Coccinelle à quatorze points (source : Ginette Laplante).

Coccinelle asiatique : Depuis son arrivée au Québec en 1994, cette espèce exotique est maintenant la coccinelle la plus commune dans la majorité des vergers. C’est aussi la plus vorace, et une des plus grosses (7 mm). Elle se nourrit principalement de pucerons et d’acariens, mais aussi de larves de tordeuses et de plusieurs autres petits insectes. Sa coloration varie de jaune à noir, en passant par le rouge et l’orangé. Le nombre de points peut aussi varier de 0 à 20.

Coccinelle asiatique (source : Audrey Charbonneau, IRDA).

Coccinelle maculée : Il s’agit d’une espèce indigène au Québec observée occasionnellement en verger. Son corps est ovale de forme allongée (5-7mm). Elle est de couleur rouge ou rosé et porte douze points noirs sur ses ailes et son thorax.

Coccinelle maculée (source : Franz Vanoosthuyse).

Stethorus sp. : La plus petite de toutes les coccinelles (1 mm). Contrairement aux autres espèces, celle-ci s’attaque principalement aux acariens. L’adulte, parfois appelé « tête d’épingle » est complètement noir.  La larve est grise et de forme allongée (2 mm). Elle est recouverte de poils courts et ressemble à un minuscule porc-épic. Elle peut dévorer jusqu’à 75 tétranyques de tous les stades chaque jour. Très vorace, elle est par contre relativement peu fréquente dans nos vergers et présente principalement dans le sud du Québec.

Adulte et larve de la coccinelle Stethorus sp. (source : Francine Pelletier).

En plus des stades adultes, la présence des coccinelles en verger est visible par :

  • des amas de 10 à 50 œufs jaune-orangé, en forme de fuseaux, sous les feuilles, souvent près des colonies de pucerons.
  • des larves à l’allure de minuscules crocodiles se déplaçant sur le feuillage. Les premiers stades larvaires sont uniformément foncés. Les stades subséquents peuvent développer une coloration gris-bleu foncé, souvent ornée de points jaunes, oranges ou rouges, et portent des verrues pourvues de poils.
  • des nymphes (stade immobile) de couleur jaune ou orange attachées aux feuilles lors de la transformation au stade adulte. Des adultes jaune clair, sans point ni tache peuvent parfois être observés lorsqu’ils viennent d’émerger de la nymphe.

Œufs de coccinelle (source : Ginette Laplante).

Jeune larve de coccinelle s’attaquant à un puceron (source : Francine Pelletier).

Larve de coccinelle au dernier stade avant la nymphe (source : Francine Pelletier).

Nymphe de coccinelle (source : Francine Pelletier).

Perce-oreille (forficules)

Souvent perçu comme un ravageur des cultures, le perce-oreille est un prédateur généraliste très utile en verger de pommier. Il se nourrit des pucerons y compris le puceron lanigère ainsi que d’acariens, de psylles et de larves de lépidoptères (ex : carpocapse de la pomme). L’adulte (1-2 mm) est brun foncé, de forme allongée et muni de pinces à l’extrémité de l’abdomen. Ses ailes antérieures sont courtes sous lesquelles sont repliées ses ailes postérieures mais il vole rarement. Les larves, ressemblent aux adultes mais sans les ailes. Il n’y a qu’une seule génération par année. Cet insecte est surtout actif la nuit et se réfugie pendant la journée sous des abris au sol ou caché dans les feuilles enroulées. Étant omnivore, il se nourrit également de végétaux et de matière en décomposition. Il consomme donc parfois les feuilles ou les fruits endommagés ce qui peut l’amener à être considéré comme un ravageur. En verger de pommier, le perce-oreille est davantage un prédateur précieux contribuant à maintenir les populations de pucerons sous les seuils de nuisibilité (voir la fiche sur Le perce-oreille européen, un ravageur bénéfique?).

Perce-oreille pourchassé par une jeune larve de punaise soldat (source : IRDA).

Punaises prédatrices

Les punaises prédatrices regroupent un nombre très varié d’espèces qui s’attaquent à différents types de proies., La punaise de la molène et la punaise translucide peuvent se nourrir de pucerons en quantité non négligeable, en plus de se nourrir d’acariens. Une description détaillée de ces deux espèces se trouve dans la fiche sur la Description et efficacité des prédateurs d’acariens qui traite des prédateurs d’acariens. D’autres punaises s’attaquant à des proies variées de petite taille (acariens, cochenilles, thrips, œufs et larves de lépidoptères) peuvent aussi être couramment observées au sein des colonies de pucerons. On retrouve notamment les punaises anthocorides du genre Orius sp. qui sont de petites punaises à la tête allongée et au corps plat portant des marques blanches et noires, l’espèce Pilophorus perplexus ressemblant à une fourmi mais avec une bande argentée sur le corps ou la punaise brune du pommier Atractotomus mali, reconnaissable par la forme caractéristique de ses antennes.

Punaise anthocoride du genre Orius sp. (gauche) et du genre Pilophorus sp. (à droite) (source : IRDA).

Larve de la punaise brune du pommier Atractotomus mali (source : Francine Pelletier).

Les punaises réduves et nabides comprennent plusieurs espèces de punaises prédatrices généralistes. Elles sont généralement de plus grande taille (10-20 mm) et possèdent de longues pattes qu’elles utilisent pour capturer leur proie ce qui leur permet de s’attaquer également à de plus gros insectes. Ce sont de redoutables prédateurs. Plusieurs espèces chassent à l’affût et attendent que leur proie soit à proximité pour la saisir.

Larve de punaise réduve (source : Franz Vanoosthuyse).

Adultes de punaise réduve Zelus luridus mâle et femelle (source : Catherine Pouchet, IRDA).

Certaines espèces de punaises pentatomides (punaise à bouclier) sont prédatrices, la plus commune en verger étant la punaise soldat Podisus maculiventris. Les adultes ont un corps en forme de bouclier et les larves ont une forme plutôt différente, leur coloration changeant également d’un stade à l’autre. La plupart des espèces de pentatomides prédatrices sont un peu plus petites (8,5-13 mm) que celles qui sont phytophages (10-14 mm), On les distingue également par l’extrémité de leurs ailes qui est membraneuse et porte habituellement une ligne noire et par la bordure de leurs « épaules » qui est généralement pointue et non arrondie. Les œufs des espèces prédatrices sont également plus foncés que celles des espèces phytophages (blanc ou vert pâle) et portent une rangée de longs cils au pourtour de l’opercule. Les larves et les adultes sont des prédateurs très polyphages. En verger, elles vont s’attaquer entre autres aux chenilles de tordeuses et d’autres lépidoptères, à la punaise terne, à d’autres espèces de punaises (dont les pentatomides phytophages) et à des coléoptères comme le scarabée japonais.

Adultes de la punaise pentatomide Podisus sp. s’attaquant à un scarabée japonais (gauche) ou se disputant une larve de spongieuse (droite)(source : Vicky Filion et Francine Pelletier).

Masse d’œufs et jeunes larves de punaises pentatomides prédatrices (source : Bernard Drouin).

Abondance et efficacité des prédateurs de pucerons au Québec

Pour les pucerons verts, il est estimé que les populations peuvent être maintenues naturellement en dessous des seuils de nuisibilité lorsqu’il y a présence de prédateurs de pucerons (syrphes, cécidomyies, coccinelles, chrysopes ou punaise de la molène) dans 90 % des colonies, et que les colonies sont de densités faibles à modérées.

Pour le puceron lanigère, il est estimé que les populations peuvent être maintenues naturellement en dessous des seuils de nuisibilité lorsqu’il y a présence de prédateurs (perce-oreilles et autres listés au tableau ci-après) ou de parasitoïdes dans les colonies au début août (un seuil précis n’est pas disponible).

Nom Abondance1 Proie préférée Efficacité Intérêt en PFI
Cécidomyies ++++ Pucerons ++++ ++++
Syrphes ++++ Pucerons +++ ++++
Punaises prédatrices2 ++++ Acariens +++ ++++
Pucerons Variable +
Chenilles + +
Coccinelles ++ à +++ Pucerons ++ ++
Chrysopes + Pucerons ++ +

Légende : + =faible; ; ++++ = élevé.

1. L’abondance peut varier d’une saison à l’autre; par exemple, il peut arriver certaines saisons que les coccinelles soient plus abondantes que les cécidomyies et les syrphes.

2. Punaise de la molène, pentatomides, réduves, nabides, anthocorides, 

 

Cette fiche est une mise à jour de la fiche originale du Guide de référence en production fruitière intégrée à l’intention des producteurs de pommes du Québec 2015. © Institut de recherche et de développement en agroenvironnement. Reproduction interdite sans autorisation.

Auteurs de la première édition : Gérald Chouinard, Yvon Morin et Daniel Cormier
Auteurs de la mise à jour 2023 : Francine Pelletier et Daniel Cormier
Dernière mise à jour par les auteurs : 4 mars 2024

 

Consultez le calendrier d’apparition des principaux ravageurs et organismes utiles (voir la fiche Grilles de dépistage pour les vergers pour visualiser les périodes d’activité des différents organismes décrits dans cette fiche.

Pour vous aider à reconnaître ces parasitoïdes, consultez également le Guide d’identification des ravageurs du pommier et de leurs ennemis naturels.

Les parasitoïdes sont des insectes qui vivent au dépend d’autres insectes appelés hôtes et finissent par les tuer. Contrairement aux prédateurs, les parasitoïdes sont des insectes spécialistes car chaque espèce de parasitoïde s’attaque à un nombre restreint d’insectes et à un stade (œuf, larve, pupe, adulte) précis du développement de son hôte. Certaines espèces de parasitoïdes peuvent parasiter plusieurs espèces d’insectes, généralement des insectes qui appartiennent à un même groupe. De plus, seules les femelles recherchent un hôte potentiel pour l’attaquer. La femelle dépose alors un ou des œufs dans ou sur son hôte. L’œuf du parasitoïde se développe rapidement et la larve du parasitoïde émerge de l’œuf et commence à se nourrir de son hôte. L’hôte meurt lentement et peut toutefois continuer à se nourrir pour une courte période. Les parasitoïdes peuvent avoir un impact important sur les populations de ravageurs. La majorité des parasitoïdes sont des hyménoptères (guêpes), certains sont des diptères (mouches) et quelques-uns sont des coléoptères.

Mouches tachinaires (tachinides)

Ces mouches ont l’apparence d’une mouche domestique, mais sont recouvertes de poils raides. Elles pondent des œufs matures, prêts à éclore, sur le dos des derniers stades larvaires de plusieurs papillons, dont la tordeuse à bandes obliques. Leurs œufs donnent rapidement naissance à des asticots qui se nourrissent à même la chenille, impuissante à se libérer de ses agresseurs. Les femelles pondent environ 100 œufs. Au Québec, la mouche tachinaire Actia interrupta est le parasitoïde le plus abondant de ce ravageur. Sa présence est variable d’une année à l’autre mais des taux de parasitisme allant jusqu’à 65 % ont été observés dans des vergers au Québec. Elle complète deux générations ou plus par année. Elle est présente de la fin juin au début août et s’attaque principalement aux larves de la génération estivale.

Mouche tachninaire Actia interrupta, parasitoïde de la tordeuse à bandes obliques (source : J. Champagne-IRDA)

Larve de tordeuse à bandes obliques tuée par la mouche Actia interrupta. Le parasitoïde est sorti de son hôte pour former sa pupe (source : Francine Pelletier, IRDA).

La mouche Istocheta aldrichi qui parasite le scarabée japonais fait également partie de ce groupe. Originaire du Japon, elle a été introduite en Amérique du Nord dans les années 2020 pour combattre ce nouveau ravageur. Elle est observée au Québec depuis quelques années avec des taux de parasitisme allant parfois jusqu’à 50 %. Elle ne fait qu’une génération par année qui coïncide, sous nos latitudes, avec la présence de son hôte.

Œufs pondus par la mouche Istocheta aldrichi sur des scarabées japonais (source : vivace.net).

D’autres mouches tachinaires s’attaquent aussi à différents types d’hôtes incluant les punaises pentatomides. Attirées par les phéromones émises par les mâles, elles pondent un ou plusieurs œufs sur la punaise. La larve pénètre à l’intérieur de l’hôte pour s’en nourrir et ressort après environ deux semaines de croissance. La punaise meurt peu après, dû à l’effet mécanique de la sortie du parasitoïde. Il y a plus d’une génération par année et ces mouches peuvent parasiter les adultes ainsi que les derniers stades larvaires de pentatomides.

Punaise brune (Euschistus servus) ayant été parasitée par la mouche Gymnoclytia occidua (à droite), une des espèces parasitoïdes des punaises pentatomides (source : IRDA).

Œuf de mouche tachinaire pondu sur un adulte de l’espèce exotique Halyomorpha halys, (punaise marbrée) récemment établie au Québec (photo : Stéphanie Gervais, IRDA).

Guêpes braconides

Les braconides sont de petites guêpes brunes ou noires qui pondent leurs œufs dans le corps de leur hôte qui n’y survit pas. Leur taille varie de 2 à 15 mm. Plusieurs espèces peuvent être présentes en verger, parasitant une grande variété d’hôtes comme les pucerons, la mineuse marbrée ou les tordeuses. Les braconides sont d’efficaces agents de lutte biologique.

Pholetesor ornigis est un braconide très commun des vergers particulièrement efficace pour la lutte biologique contre la mineuse marbrée. On l’aperçoit surtout sur la face inférieure des feuilles, à la recherche de larves de mineuses. Il est présent à partir du stade bouton rose, mais il atteint souvent son pic d’activité vers le stade calice. Ce parasitoïde est très efficace pour réprimer la mineuse (souvent plus efficace qu’un traitement insecticide!). Il est cependant sensible aux insecticides de la famille des organophosphorés, des pyréthrinoïdes ainsi qu’au carbaryl utilisé pour l’éclaircissage. Si vous êtes aux prises avec d’importants problèmes de mineuses, il peut être avantageux de ne pas utiliser ce dernier produit lors de l’éclaircissage ou d’effectuer uniquement un traitement de bordure au stade calice, afin de protéger cet ennemi naturel précieux. Pour vérifier si ce parasitoïde travaille pour vous, ouvrez les mines lors de la deuxième génération d’adultes de mineuse (vers la fin juin) pour voir si des cocons du parasitoïde s’y trouvent. Ce cocon est blanc-gris alors que la chrysalide de la mineuse est brune.

Pholetesor ornigis est un braconide très commun des vergers (photo), particulièrement efficace pour la lutte biologique contre la mineuse marbrée. Il est observé surtout sur la face inférieure des feuilles, à la recherche de larves de mineuses. Il est présent à partir du stade bouton rose, mais il atteint souvent son pic d’activité vers le stade calice. Ce parasitoïde est très efficace pour réprimer la mineuse (souvent plus efficace qu’un traitement insecticide!) Il est cependant sensible aux insecticides de la famille des organophosphorés et des pyréthrinoïdes. Si vous êtes aux prises avec d’importants problèmes de mineuses, effectuez uniquement un traitement de bordure au stade calice, de façon à conserver vos braconides. Pour vérifier si ce parasitoïde travaille pour vous, ouvrez les mines lors de la deuxième génération d’adultes de mineuse (vers la fin juin) pour voir si des cocons du parasitoïde s’y trouvent. Ce cocon est blanc-gris alors que la chrysalide de la mineuse est brune.

Pholetesor sp. (2 mm), parasitoïde de la mineuse marbrée (source : MAPAQ).

Cocon du parasitoïde Pholetesor onigris dans une mine de mineuse marbrée (source : B. Drouin).

La tordeuse à bandes obliques peut également être victime de différentes espèces de guêpes braconides. Les parasitoïdes Macrocentrus linearis (M. iridescens) et Meteorus trachynotus sont les plus fréquemment observés chez les chenilles de la génération printanière, parasitées à l’automne précédent. Dans le cas de M. linearis, plusieurs individus vont émerger d’une seule larve parasitée. Ils peuvent aussi parasiter les chenilles de la génération estivale. L’espèce Ascogaster carpocapsae s’attaque quant à elle au carpocapse de la pomme. Elle pond dans l’œuf du carpocapse et la larve du parasitoïde demeure à l’intérieur de la larve du carpocapse jusqu’à ce qu’elle atteigne son dernier stade larvaire et fasse son cocon. C’est à ce moment que le parasitoïde poursuit son développement en consommant l’intérieur de la larve de carpocapse. Un braconide du genre Agathis sp. parasite également les larves du pique-bouton du pommier.

Macrocentrus spp. (4-5mm) parasitoïde de la tordeuse à bandes obliques (source : J. Champagne- IRDA).

Cocons de guêpes parasitoïdes sortis d’une larve de tordeuse à bandes obliques (source : Francine Pelletier, IRDA).    

D’autres braconides présents en vergers parasitent les pucerons verts et roses, notamment des parasitoïdes appartenant aux genres Binodoxys spp, Ephedrus spp, et Aphidius spp. Les pucerons parasités prennent une teinte différente, souvent dorée ou noire, et sont reconnaissables par leur aspect gonflé. On retrouve ces « momies » parfois au milieu des colonies avec les pucerons sains ou encore seuls à l’extérieur des colonies comme ceux parasités par le genre Praon spp. qui forme un cocon sous le puceron parasité.

Puceron rose « momifié » après avoir été parasité par Ephedrus sp. (source : Francine Pelletier, IRDA).

Puceron parasité par le genre Praon sp. (source : Franz Vanoosthuyse, IRDA).

Guêpes ichneumons

Ces guêpes au corps élancé présentent une grande variation de taille et de couleur. Elles sont généralement de plus grande taille que les autres groupes de guêpes parasitoïdes avec leurs longues antennes et, chez les femelles, un long ovipositeur qui dépasse parfois la longueur de leur corps. La plupart des représentants de ce groupe sont des parasitoïdes de chenilles. Par exemple, un gros ichneumon Apophua simplicipes qui s’attaque à la tordeuse à bandes obliques est fréquemment rencontré dans les vergers du Québec ainsi que l’espèce Itoplectis conquisitor de taille légèrement inférieure.

Guêpes ichneumons Apophua sp. (~15 mm) et Itoplectis sp (~10 mm), parasitoïdes de la tordeuse à bandes obliques (source : J. Champagne, IRDA).

Cocons formés par la guêpe Apophua sp. après avoir parasité une larve de tordeuse à bandes obliques (source : Francine Pelletier, IRDA et Vicky Filion, CPSO).

L’espèce Lathrolestes ensator qui s’attaque à l’hoplocampe des pommes appartient également au groupe des ichneumons. Il s’agit d’une espèce importée d’Europe et relâchée dans quelques vergers au Québec pour lutter contre ce ravageur. Suite à ces introductions, le parasitoïde a réussi à s’établir sous les conditions du Québec dans les vergers peu traités où il a été introduit. Il est cependant très sensible aux insecticides et malheureusement, le traitement post floral coïncide à sa période d’activité.

Guêpes chalcides

Les chalcides (Chalcidoidea) forme un grand groupe d’insectes dont la plupart sont de très petites guêpes (1-3 mm) qui parasitent d’autres insectes. Parmi ceux-ci, Aphelinus mali parasite très efficacement le puceron lanigère. Habituellement, ce ravageur ne cause pas de problème dans les vergers tant que le parasitoïde, et les autres agents de lutte biologique, ne sont pas décimés par les pyréthrinoïdes, le carbaryl utilisé pour l’éclaircissage ou d’autres produits à large spectre (voir la fiche sur Les espèces utiles, une ressource à protéger pour connaître la toxicité des différents produits).

Pucerons lanigères parasités par Aphelinus mali qui ont l’aspect de momies noires (source : Yvon Morin).

De nombreuses autres espèces peuvent être présentes dans les vergers recevant un minimum d’applications d’insecticides pendant l’été. Par exemple, les chalcides, telles Polynema sp. et Sympiesis sp., parasitent respectivement les œufs de la cérèse buffle et les larves de la mineuse marbrée, de même que plusieurs autres espèces incluant les pucerons. L’eulophide du nom de Colpoclypeus florus est un parasitoïde commun des chenilles de la tordeuse à bandes obliques, et le scélionide Telenomus sp. parasite fréquemment les œufs des punaises pentatomides (punaise brune et autres).

Masse d’œufs de punaise pentatomide parasitée (œufs noircis) (source : Francine Pelletier, IRDA).

Petite guêpe eulophide Colpoclypeus florus qui pond dans les larves de tordeuses à bandes obliques (source : Franz Vanoosthuyse, IRDA).

Larves et pupe de Colpoclypeus florus ayant parasité une chenille de tordeuse à bandes obliques (source : Franz Vanoosthuyse, IRDA).

Régulièrement, il est possible d’observer en verger des œufs de tordeuses parasités par Trichogramma minutum. Les trichogrammes ont fait l’objet de nombreuses recherches en Amérique du Nord et l’espèce T. minutum est disponible commercialement au Québec pour lutter contre le carpocapse de la pomme et la tordeuse à bandes obliques (TRICHO-FRUITS). La grande sensibilité de ces insectes aux pesticides et leur coût d’achat limitent actuellement l’utilisation des trichogrammes, mais la protection des populations de parasitoïdes indigènes est fortement recommandée et profitable, comme démontré ci-après.

Trichogramma minutum sur un œuf de carpocapse de la pomme (source : IRDA).

Abondance et efficacité des parasitoïdes au Québec

Pour la mineuse marbrée, il est estimé que les populations peuvent être maintenues naturellement en dessous des seuils de nuisibilité lorsqu’il y a présence de parasitoïdes (cocons blanchâtres) dans 30 % des mines de première génération (en juin), et qu’elles peuvent être ainsi maintenues pour le reste de la saison si les parasitoïdes ne sont pas décimés par les pesticides utilisés pendant l’été.

Pour le puceron lanigère, il est estimé que les populations peuvent être maintenues naturellement en dessous des seuils de nuisibilité lorsqu’il y a présence de prédateurs (voir la fiche Description et efficacité des prédateurs de pucerons) ou de parasitoïdes dans les colonies au début août (un seuil précis n’est pas disponible).

 

Cette fiche est une mise à jour de la fiche originale du Guide de référence en production fruitière intégrée à l’intention des producteurs de pommes du Québec 2015. © Institut de recherche et de développement en agroenvironnement. Reproduction interdite sans autorisation.

Auteur de la première édition : Vincent Philion
Auteur de la mise à jour 2024 : Vincent Philion
Dernière mise à jour par l’auteur : 15 novembre 2024

 

Contrairement aux ravageurs comme les insectes, qui sont habituellement visibles au moment d’endommager la culture, les maladies des plantes sont causées par des microorganismes invisibles à l’œil nu. Au moment où les symptômes apparaissent, il est généralement trop tard pour intervenir. Une gestion efficace des maladies est donc toujours préventive. Cette particularité des maladies a un impact majeur dans un contexte de gestion intégrée des cultures, puisque les concepts de dépistage et d’utilisation de seuils d’intervention ne sont pas applicables directement et leur application est plus abstraite. Par contre, des applications préventives n’impliquent pas un éloignement de la lutte raisonnée. En effet, les stratégies de traitement de type « calendrier », qui sont sans égard à l’épidémiologie des maladies et qui ne tiennent pas compte des risques et des conséquences réels, ne sont pas rentables. Il est donc important de bien connaître les maladies pour optimiser vos interventions. Les modèles prévisionnels et différents indices de risque décrits dans cette fiche peuvent être utilisés à cette fin.

Les différentes maladies du pommier sont causées principalement par des champignons (ex. : tavelure), des bactéries (ex. : brûlure bactérienne) et parfois d’autres organismes comme les virus (ex. : mosaïque) et les phytoplasmes (ex. : prolifération). Les guides américains énumèrent pas moins de 48 maladies qui attaquent les pommiers et/ou les poiriers. Dans notre contexte de production, plusieurs maladies du pommier sont absentes, mais les changements rapides dans l’architecture de nos vergers, les choix de porte-greffes et de cultivars, ainsi que les conditions climatiques récentes ont permis le développement de maladies autrefois anecdotiques sous nos latitudes (ex. : le feu bactérien et le blanc du pommier). À l’inverse, d’autres maladies demeurent des curiosités même pour nos voisins du sud. La disparité à l’échelle continentale se reflète aussi à l’échelle régionale. Ainsi, les problèmes liés aux maladies sont généralement plus importants en Montérégie que dans la région de Québec. Les moyens requis pour gérer les maladies doivent tenir compte de ces différences.

On pourrait dire de plusieurs maladies qu’elles possèdent de multiples visages, car elles sont causées par le même microorganisme. Pour des raisons historiques, les maladies portent parfois un nom différent selon les symptômes produits. Par exemple, la pourriture noire sur bois (chancre), sur fruits et la tache ocellée sur feuillage sont toutes causées par le même champignon : Botryosphaeria obtusa. Pour compliquer le tout, plusieurs champignons portent plusieurs noms selon la période de leur cycle et certains ont même changé de nom lors des refontes de la nomenclature. Même si les taxonomistes prônent une uniformisation des noms des espèces, certains synonymes, noms plus anciens et leurs traductions en anglais ont été maintenus dans le guide dans un souci de continuité et pour faciliter la compréhension. Finalement, seules les maladies d’importance économique, ou en voie de le devenir au Québec et pour lesquelles des interventions sont possibles en verger, seront traitées dans ce guide. Ainsi, les problèmes circonscrits à la propagation des arbres en pépinière (ex. : virus), n’étant pas d’intérêt général, ils ne seront pas décrits ici. Les désordres physiologiques qui ne sont pas en lien avec un microorganisme (maladies abiotiques) sont traités principalement aux fiches suivantes :  Apports en éléments nutritifs, Désordres physiologiques et maladies d’entrepôt et Les traitements post-récolte.

Les maladies d’importance économique

Dans les vergers du Québec, la tavelure du pommier causée par le champignon Venturia inaequalis, est la seule maladie fongique réellement incontournable qui requiert des interventions à chaque année. Ironiquement, cette maladie n’était même pas mentionnée dans « Le Verger Canadien », le premier guide de production à l’intention des producteurs du Québec, alors que le feu bactérien était mentionné.

verger_canadien

Premier guide de « culture raisonnée », publié en 1862 par l’abbé Provancher (source : Biodiveristy Library).    

Bien que la tolérance pour la tavelure soit quasiment nulle pour le marché des fruits frais, elle peut être considérable pour la transformation, incluant la production de cidre. Les différences de sensibilité variétales ont également un impact majeur sur le nombre d’interventions requises pour l’atteinte des résultats visés. La gestion de cette maladie sera donc plus ou moins agressive en fonction de différents facteurs autres que le climat. Or la fréquence des interventions contre la tavelure du pommier a aussi un impact direct sur l’apparition des autres maladies fongiques et les stratégies d’intervention incluant le choix des produits doivent en tenir compte. Une bonne répression de la tavelure n’implique pas nécessairement une bonne répression des maladies secondaires. Une gestion optimale des traitements fongicides foliaires au printemps doit d’abord être dirigée contre la tavelure et, au besoin, suppléée d’interventions spécifiques contre le blanc du pommier (Podosphaera leucotricha) et la pourriture du cœur (Alternaria sp.). Comme les spores de rouille sont normalement produites pendant la saison des infections primaires de la tavelure, la gestion de cette maladie dans les rares vergers atteints s’en trouve facilitée à condition que les produits employés puissent aussi réprimer la rouille.

Jusqu’à récemment, le Québec était l’un des rares endroits dans le monde où il était possible de produire des pommes sans traitement fongicide après juin, à la seule condition que la tavelure ait été bien réprimée. Or depuis quelques années, le complexe moucheture/suie a pris de l’ampleur au point de justifier des traitements dans quelques vergers. Finalement, des traitements sont parfois requis pour la pourriture des racines (Phytophthora sp.). Actuellement, aucune autre maladie fongique du pommier ne justifie des traitements foliaires spécifiques dans les vergers PFI. Les étiquettes canadiennes des manufacturiers de fongicide énumèrent d’autres maladies (ex. : rouille, tache de Brooks), mais cela n’implique pas que ces maladies seraient présentes à des niveaux dommageables en absence de traitement.

La seule autre maladie qui requiert une attention particulière et parfois des traitements spécifiques est le feu bactérien (brûlure bactérienne). Contrairement aux maladies fongiques dont les conséquences se limitent habituellement à la récolte de l’année, le feu bactérien peut rapidement tuer les arbres et il est donc essentiel de prendre toutes les mesures pour l’éviter.

Les types d’intervention

Au cours des dernières décennies, la très grande efficacité des fongicides et des bactéricides disponibles dans le commerce, de concert avec la généralisation de l’utilisation des pulvérisateurs à jet porté pour leur application, a eu pour effet de reléguer au second plan différentes pratiques culturales reconnues pour leur efficacité, mais parfois jugées trop contraignantes ou coûteuses par rapport aux pulvérisations classiques. Or l’aggravation constante des problèmes de maladie, de résistance des agents pathogènes, du retrait de certaines molécules pour des raisons commerciales ou suite à une réévaluation des risques par les autorités gouvernementales, mettent en lumière les limites d’une stratégie unique basée exclusivement sur les traitements chimiques.

Pour la plupart des cultures, la résistance aux maladies et les mélanges de cultivars résistants constituent la première ligne de défense et la première alternative aux pesticides pour la gestion des maladies. Or en pomiculture le fruit est vendu selon le cultivar, ce qui entraîne une diversité variétale relativement faible changeant peu dans le temps. Conséquemment, les vergers commerciaux sont d’excellents systèmes pour faciliter la sélection des agents pathogènes les plus agressifs et augmenter la pression des maladies. Les gains associés à la réduction des traitements au moment de choisir un cultivar résistant peuvent être facilement annulés par la difficulté de vendre les fruits en absence de marché pour ledit cultivar, ou par son incapacité éventuelle à résister aux attaques d’une population d’agents pathogènes devenue trop agressive. Par exemple, la mise en marché du cultivar résistant à la tavelure Liberty a surtout été limitée aux kiosques et au cidre; des cas de tavelure sur ce cultivar ont toutefois été rapportés depuis déjà quelques années au Québec. L’intégration en PFI des cultivars résistants doit donc tenir compte de ses contraintes et risques.

Heureusement, il existe des avenues autres que le choix des cultivars pour limiter l’impact des maladies. Sans se substituer aux traitements conventionnels, l’intégration de méthodes de lutte alternatives comme l’élimination des hôtes porteurs de maladie dans les abords de vergers ou des sources de contamination dans les vergers peuvent grandement faciliter la gestion des maladies. Par exemple, l’élimination des genévriers prévient efficacement la rouille. Les méthodes éprouvées et jugées rentables dans un contexte de PFI ont été intégrées dans ce guide comme une partie intégrante de la gestion des maladies. S’en tenir seulement aux traitements foliaires risque d’entraîner des traitements additionnels et des risques inutiles à votre récolte.

 

 

Cette fiche est une mise à jour de la fiche originale du Guide de référence en production fruitière intégrée à l’intention des producteurs de pommes du Québec 2015. © Institut de recherche et de développement en agroenvironnement. Reproduction interdite sans autorisation.

Auteur de la première édition : Vincent Philion
Auteur de la mise à jour 2024 : Vincent Philion
Dernière mise à jour par l’auteur : 12 novembre 2024

 

Cet ennemi du pommier est réglementé en vertu de la Loi sur la protection sanitaire des cultures (voir la fiche sur Le « droit de produire » et la Loi) et les mesures nécessaires doivent être prises pour éviter la propagation aux cultures avoisinantes.

La tavelure est la maladie du pommier la plus importante dans toutes les régions de production du monde où le climat est frais et humide pendant la période de développement des nouvelles feuilles. Dans la plupart des cas, la tavelure est endémique, c’est-à-dire que le champignon qui en est responsable (Venturia inaequalis) est habituellement présent dans l’environnement et que la maladie peut apparaître si les conditions lui sont favorables. La tavelure du poirier (Venturia pyrina) est semblable, mais chaque maladie a ses particularités. Ces maladies sont spécifiques à leur hôte : la tavelure du poirier ne peut pas s’attaquer au pommier et réciproquement1. Les outils développés pour la tavelure du pommier ont tendance à surestimer les infections sur poirier. On trouve un seul autre champignon du genre Venturia sur les pommiers (V. asperata)2, mais les dommages associés à cette espèce sont mineurs3.

Malgré toutes les connaissances et tous les outils de lutte disponibles, la tavelure reste une préoccupation majeure qui a le potentiel de causer de lourdes pertes selon le marché visé. En PFI, la tolérance pour la tavelure est très faible et le moindre symptôme de tavelure sur fruits provoque un déclassement et donc une perte de valeur importante de ceux-ci. La tolérance pour la tavelure est plus grande dans certains marchés de vente directe et pour les fruits destinés à la transformation. Néanmoins, la gestion de la tavelure est inévitable et peut être ajustée selon le niveau de tolérance à la maladie.

Dans cette fiche, le développement de la maladie est expliqué en lien avec les différentes interventions possibles, qui, elles, sont décrites dans les fiches portant sur les stratégies générales de lutte (voir la fiche sur La tavelure : stratégies générales de lutte), la répression des infections primaires (voir la fiche sur La tavelure : traitement contre les infections primaires) et les infections en été (voir la fiche sur La tavelure : traitement d’été).

Développement général de la maladie

Pendant la saison de croissance, le champignon qui cause la tavelure est un   qui se propage et infecte le pommier. Durant la saison morte, il survit comme saprophyte, soit passivement et sans propagation. La phase saprophyte a lieu au sol, dans les feuilles mortes de la litière, où le champignon survit en produisant de petites structures quasi sphériques, nommées pseudothèces, qui serviront à sa reproduction et à la production de l’inoculum primaire. Au printemps, l’intérieur des pseudothèces se tapisse de poches, nommées asques, qui sont le lieu de production et de maturation des ascospores ainsi que de leur stockage. Une fois à maturité, les ascospores sont projetées pendant les pluies, au gré des conditions d’éjection, et sont entraînées par les courants aériens qui assurent le transport des ascospores. Les spores flottent jusqu’à ce qu’elles entrent en contact avec une surface dure qui force la déposition des ascospores. Lorsque les conditions de température et de durée d’humectation sont suffisantes, il y a germination et pénétration qui peuvent culminer jusqu’à l’infection primaire. Les éjections peuvent mener à une infection à partir du stade du débourrement des pommiers et se terminent quand l’inventaire des spores est épuisé ou quand les pseudothèces sont dégradés, soit après la nouaison. Les étapes de maturation des ascospores, l’éjection, la germination et l’infection sont illustrées dans le RIMpro, disponible sur le Réseau-pommier.

Les infections réussies deviennent visibles après une période d’incubation lors de l’apparition des symptômes. Ces taches assurent la propagation de la maladie en produisant des spores appelées conidies qui sont éclaboussées pendant les pluies sur des feuilles ou des fruits à proximité des sites d’infections primaires. Encore une fois, si les conditions d’infection sont rencontrées, ces conidies s’attaquent au feuillage et aux fruits et sont à l’origine des infections dites secondaires et de la tavelure sur fruits. Contrairement aux infections primaires, les infections secondaires continuent tout l’été au gré du temps frais et humide et jusqu’à la récolte. Dans les vergers très tavelés, les conidies peuvent parfois  et cette tavelure sur bois peut survivre à l’hiver et contribuer aux infections tôt au printemps. Au moment de la mortalité et de la chute des feuilles, la tavelure cesse la propagation par les conidies et produit des filaments mycéliens qui envahissent l’intérieur des feuilles. Le croisement entre ces filaments marque le début de la reproduction sexuée, qui culmine à nouveau par la production des pseudothèces.

 

cycle de la tavelure

Le cycle de la tavelure du pommier. Traduit et adapté avec la permission des détenteurs de droits (source : McGraw-Hill).

Phase saprophyte

Production de l’inoculum primaire

Dans les semaines suivant la chute des feuilles, les conditions météorologiques influencent la production des pseudothèces dans les feuilles de la litière. Le temps frais et humide favorise la production des pseudothèces alors que les automnes secs y sont défavorables. Lorsque les conditions sont propices et que le feuillage est très tavelé, on peut facilement trouver des centaines de pseudothèces par feuille tavelée au sol. À la fin de l’hiver et au printemps, chaque pseudothèce produit en continu jusqu’à 150 asques contenant toujours huit ascospores chacun, soit un potentiel d’environ 1200 ascospores par pseudothèce. La production de nouveaux asques culmine par l’éjection des spores. La quantité totale d’ascospores réellement produite est tributaire des périodes humides et donc variable à chaque année. En absence de neige ou lorsque le printemps est sec, le potentiel éjectable est réduit. À l’échelle d’un verger, le nombre d’ascospores qui peuvent être éjectées peut donc varier grandement selon l’incidence de la tavelure l’année précédente, les conditions météo en automne, en hiver et au printemps. Quand les conditions sont favorables au champignon, la production peut atteindre des millions d’ascospores par m2 de litière. À l’inverse, quand l’incidence de la tavelure est faible, que des mesures sont prises pour détruire les feuilles de la litière et que la météo n’est pas favorable à la production d’ascospores, la production d’inoculum est fortement atténuée. Dans les vergers très propres, la production d’inoculum peut être inférieure à 100 ascospores par m2 de litière, soit un facteur de 100 000 fois moindre par rapport aux vergers où la tavelure est un problème. La quantité de spores produites est un facteur déterminant pour la gestion de la maladie qui doit servir de guide pour établir votre programme de lutte. La gestion de la tavelure dans les vergers propres est toujours plus simple que dans les vergers à fort inoculum (voir méthodes de lutte pour la réduction de l’inoculum).

pseudothèces de tavelure

Pseudothèces (source : Vincent Philion, IRDA).

Maturation des ascospores

Les ascospores produites dans les pseudothèces arrivent à maturité graduellement et s’accumulent tout au long du printemps. Quand la période entre la fonte de la neige et le débourrement est très courte et/ou que la litière reste humide, les premières ascospores arrivent à maturité avant la période du débourrement du pommier. Inversement, la maturation est retardée et les premières spores matures ne sont visibles qu’après le débourrement des pommiers lors de printemps secs. Le décalage entre la date de maturation des premières spores et le débourrement peut être jusqu’à deux semaines. Bien que le nombre de spores produites varie d’un cultivar à l’autre, la vitesse de maturation des ascospores n’est généralement pas influencée par le cultivar4,5. Il est probable que les différences de vitesse de maturation observées dans certaines études6 soient liées à un grand décalage dans la date de chute des feuilles entre les cultivars.

Dans tous les cas, l’accumulation des spores débute lentement et s’accélère pour atteindre son maximum, habituellement au moment de la floraison. Cependant, le champignon n’est pas toujours synchronisé avec la phénologie de l’arbre et le pic d’éjection peut arriver bien avant ou après la floraison. Lors de printemps plus secs, la maturation des spores est retardée et peut culminer après la floraison. L’accumulation des spores matures diminue par la suite à mesure que la réserve de spores s’épuise. Tant que de nouvelles ascospores arrivent à maturité, les risques d’éjection et d’infection demeurent à chaque nouvelle pluie. Les différents patrons de maturation ont un impact sur la gestion des traitements, notamment pour établir la date du premier traitement et la fréquence des traitements à mesure que le risque progresse.

ascospores de tavelure

Ascospores (source : Vincent Philion).

Phase parasite

Conditions d’éjection

Les éjections sont possibles dès que des spores sont à maturité, qu’un film d’eau est présent sur les feuilles de la litière et qu’il y a présence de lumière. En présence d’eau libre, les pseudothèces sont graduellement imbibés par osmose et les asques à maturité gonflent jusqu’à déborder par une ouverture du pseudothèce nommée ostiole. La pression osmotique de cet apport d’eau finit par faire rompre l’asque et les ascospores sont projetées une par une par l’ostiole. Par la suite, d’autres asques à maturité débordent à leur tour dans l’ouverture et les éjections continuent jusqu’à l’épuisement de la réserve de spores à maturité ou dès que le film d’eau à la surface de la litière disparaît.

La nuit, un mécanisme biologique inhibe presqu’entièrement l’éjection des spores. La plupart des éjections sont donc provoquées par des pluies de jour. Une faible quantité de pluie (ex. : 0,1 mm) peut suffire pour débuter les éjections. Les rosées importantes qui persistent après le lever du soleil peuvent aussi suffire pour provoquer une éjection. Seule une petite fraction des spores est éjectée à la noirceur. Le mécanisme d’inhibition nocturne est fonctionnel jusqu’à ce qu’environ 80 % des spores soient éjectées ou que plus d’un tiers des ascospores de la saison soient accumulées dans les pseudothèces. Quand ces conditions sont rencontrées, l’intensité des éjections la nuit est similaire à celle observée pour les éjections durant le jour. Néanmoins, les éjections nocturnes représentent sur toute la saison moins de 10 % du total.

Il est possible que le mécanisme qui empêche l’éjection la nuit permette principalement aux spores enfouies dans les couches inférieures de la litière d’arriver à maturité sans qu’elles soient à risque d’être éjectées et interceptées par la litière. Ainsi, le déplacement par le vent des feuilles au sol expose d’autres feuilles où des spores à maturité ont pu s’accumuler et les rend disponibles à l’éjection.

L’intensité des éjections dépend du nombre de spores à maturité et de la température. La neige ne permet pas les mécanismes osmotiques et/ou bloque le passage des spores, mais l’eau à 0 °C permet en principe l’éjection. Cependant, la vitesse d’éjection est quasiment nulle près du point de congélation (0 à 2 °C)7 et augmente ensuite graduellement jusqu’à environ 8 °C. Quand la température n’est pas limitative, les spores matures au début de la pluie sont généralement éjectées au cours des trois premières heures d’une pluie continue. Comme les éjections sont fortement influencées par la pluie, la lumière et la température, il est possible d’interférer avec les éjections naturelles, mais cette stratégie n’est pas sans risque.

cycle de la tavelure (éjection)

Éjection des spores (source : McGraw-Hill).

Transport des ascospores

La rupture des asques par la pression osmotique éjecte les ascospores sur une distance de quelques millimètres à l’extérieur de l’ostiole des pseudothèces. Après l’éjection, les ascospores sont portées sur plusieurs mètres par les vents et différents courants d’air souvent imperceptibles. L’action mécanique (ou l’impact) des gouttes de pluie n’a pas d’effet sur l’éjection ou la distance parcourue par les spores. La longueur du gazon n’a pas non plus d’effet sur l’éjection et n’intercepte qu’une infime fraction des spores éjectées8. La distance que peut parcourir une spore est très difficile à prévoir et est fonction de plusieurs facteurs. Elle dépend, entre autres, de l’intensité du vent et de la quantité de spores éjectées. Plus le vent est intense et plus le nombre de spores éjectées est élevé, plus la probabilité que ces spores voyagent sur de grandes distances augmente. Par exemple, en aval d’un verger abandonné, des ascospores peuvent être capturées en quantités mesurables à plus de 150 m de la source. Dans la plupart des cas cependant, la distance parcourue dépasse rarement 50 m. La propagation sur de très grandes distances est possible, mais n’a pas d’impact mesurable dans les vergers commerciaux puisque la quantité de spores produites localement est toujours beaucoup plus importante que l’apport éventuel par des vergers à plusieurs kilomètres de distance. Les efforts déployés pour réduire l’inoculum à l’intérieur et dans les abords immédiats des vergers ne sont donc pas annulés par l’arrivée de spores extérieures et plusieurs stratégies sont proposées en ce sens (voir réduction de l’inoculum).

Déposition des ascospores

Pour provoquer la maladie, les ascospores transportées par le vent doivent entrer en contact avec des parties vertes nouvellement formées du pommier. Lors de l’impact, les ascospores adhèrent rapidement aux surfaces, qu’elles soient sèches ou mouillées, et sont très difficiles à déloger. En absence d’eau sur la surface, une forte proportion d’ascospores peut survivre plusieurs heures, voire quelques jours. La proportion des spores qui survit en fonction de la durée d’exposition à des conditions sèches n’est pas complètement connue, mais dépend probablement du niveau d’exposition au soleil et de la température. Les traitements de fongicides appliqués avant les pluies forment une couche qui vise à réduire la surface où les spores pourront survivre après déposition, mais cette protection doit être renouvelée en fonction de la croissance, qui est souvent rapide pendant cette période. Les traitements de protection constituent souvent la première ligne de défense contre la tavelure.

Ascospore de tavelure
Cycle de la tavelure (ascospore)

Ascospores (source : Vincent Philion et McGraw-Hill).

Germination et pénétration

En présence d’eau libre, les spores germent rapidement et forment des filaments nommés mycélium. À cette étape, le champignon peut profiter de lixiviats sucrés présents naturellement à la surface des feuilles, mais la spore ne dépend pas de la plante; elle utilise ses réserves pour permettre la croissance du mycélium en surface et, assez fréquemment, pour produire une cellule spécialisée appelée appressorium qui va faciliter la pénétration du mycélium au travers de la cuticule de la plante. Quand la surface sèche avant que la cuticule soit percée, le processus est interrompu et les spores meurent graduellement. Selon la durée du séchage, une portion des spores peut survivre jusqu’à la prochaine période d’humectation. Le cumul des périodes d’humectation interrompues par des périodes sèches peut entraîner des infections inattendues dont il faut tenir compte dans la gestion de la maladie. Les simulateurs comme RIMpro sont conçus pour comptabiliser les périodes d’humectation interrompues. La période de germination des spores est une cible privilégiée pour tuer le champignon, puisque c’est le dernier stade pendant lequel les spores sont exposées et vulnérables. La stratégie des traitements de germination est décrite dans la fiche sur La tavelure : traitements contre les infections primaires.

Germination d'un ascospore
Germination d'un ascospore

Ascospores germés et mycéliums (source : Vincent Philion).

cycle de la tavelure (germination et pénétration)Schéma de la germination et pénétration (source : McGraw-Hill).

 

Infection

Le passage du mycélium sous la cuticule marque le moment où le champignon a infecté la plante et devient indépendant des conditions extérieures. Le champignon commence alors à dépendre des ressources de la plante. Le temps requis par la spore pour germer et ensuite passer au travers de la cuticule est la durée d’infection. La durée d’infection est variable selon l’âge de la feuille, la température, mais est aussi variable dans la population du champignon. Le temps minimum d’infection, soit le temps requis par la spore la plus rapide et dans les meilleures conditions (20 °C) sur les feuilles les plus jeunes, est d’environ 5 h9–12.

Le temps d’infection minimum augmente avec l’âge des feuilles12, au point où les feuilles les plus vieilles sont quasiment impossibles à infecter. Cette résistance naturelle liée à l’âge est dite ontogénique et n’est pas contournable par le champignon. C’est pour cette raison que les spores qui atterrissent sur des feuilles plus vieilles ne produisent que très rarement des taches.

Près du point de congélation, la durée minimale d’infection est de 32 heures à 2 °C13. La température maximale pour l’infection est de 28 °C, mais elle est complètement arrêtée si la température grimpe à 30 °C pendant plus de deux heures pendant l’infection9. Les spores déposées au même moment sur les feuilles n’infectent pas toutes en même temps, le temps d’infection est variable dans la population12. La durée de la période d’humectation est donc un facteur aggravant. Plus la période d’humectation est longue, plus la proportion des individus qui traversent la cuticule augmente et plus l’infection est sévère. La compilation des durées d’humectation requises pour provoquer une infection et leur sévérité a donné naissance à la « table de Mills », qui a été maintes fois ajustée au cours des années. La nature des interventions requises pour arrêter la tavelure change radicalement après l’infection (postinfection) puisque le mycélium est alors protégé par la cuticule cireuse de la plante et donc inatteignable par plusieurs fongicides (voir la fiche sur La tavelure : traitements contre les infections primaires).

Incubation

La période entre l’infection et l’apparition des premiers symptômes (taches) est nommée période d’incubation. Pendant cette période, le mycélium du champignon envahit discrètement l’espace sous la cuticule et prépare la production des conidies. L’incubation progresse en trois étapes.

La première étape de cette invasion consiste à former une agglomération de mycélium, nommée stroma primaire, à partir de laquelle les filaments mycéliens se multiplient et partent dans toutes les directions. La formation du stroma primaire est assez rapide et s’observe environ 24 heures après l’infection. La formation du stroma primaire est intimement liée à l’épidémiologie de la tavelure. C’est au moment de sa formation que la plante réagit à l’arrivée du champignon.

Les cultivars dotés des gènes de résistance appropriés bloquent le champignon à cette étape (voir la fiche sur La tavelure : stratégies générales de lutte), alors que la production du stroma et l’invasion subséquente sont plus ou moins freinées selon la robustesse des cultivars sensibles et l’agressivité des souches de tavelure. Quand un cultivar est prédominant dans un verger ou une région, c’est à ce stade que le mycélium le mieux adapté est favorisé. Il est possible de contrer cette spécialisation de la tavelure en favorisant la mixité des cultivars.

Finalement, les fongicides avec une efficacité restreinte en postinfection perdent graduellement leur efficacité à mesure que le stroma primaire s’établit.

La deuxième étape de l’invasion commence à mesure que les filaments mycéliens issus du stroma primaire progressent et forment à leur tour des stromas secondaires. Les premiers stromas secondaires se forment environ 72 heures après l’infection. À ce stade, seuls certains fongicides très spécialisés peuvent encore freiner la progression du champignon (voir AP et IBS). Comme le champignon est alors bien établi, les fongicides utilisés à cette étape du développement ne tuent pas le champignon mais le ralentissent jusqu’à ce que la résistance ontogénique de la feuille qui vieillit l’arrête, parfois juste avant la production de nouvelles spores. Cette survie discrète du champignon a des conséquences en matière de résistance aux fongicides et de progression de la tavelure d’automne. Ces éléments jouent contre une stratégie basée exclusivement sur des traitements de postinfection.

À la troisième étape, les stromas primaires et secondaires débutent la production des conidiophores, qui sont les sites de production des conidies.

Tout au long de l’invasion, le mycélium de la tavelure reste contraint à l’espace entre la cuticule (couche cireuse) et l’épiderme. Le champignon ne passe jamais la barrière de l’épiderme et n’entre donc jamais dans la plante tant que la feuille ou le fruit restent attachés à l’arbre. Tous les dommages causés par la tavelure sur feuillage et la tavelure sur fruits sont donc très superficiels et liés seulement à l’invasion sous-cuticulaire.

cycle de la tavelure (invasion sous cuticulaire et infection)

Schéma de l’invasion sous cuticulaire (source : McGraw-Hill).

Apparition des symptômes

L’apparition des symptômes de tavelure révèle de façon visible la progression du mycélium depuis le moment de l’infection. Les symptômes de tavelure deviennent visibles à l’œil nu au moment où les conidiophores percent la cuticule et que les premières conidies sont produites. Tous les organes, incluant les feuilles (limbe et pétiole), les sépales des fleurs et les fruits (incluant pédoncule), peuvent être infectés et ensuite présenter des symptômes.



Schémas des symptômes de la tavelure (source : McGraw-Hill).

Les premiers symptômes se présentent sous la forme de petites taches circulaires de couleur olive ou légèrement brunâtre. Le velouté des taches ou l’aspect « tache de cendre » très caractéristique des lésions de tavelure provient de la myriade de conidies à la surface des taches. Les lésions perdent leur aspect juvénile au cours de l’été et deviennent plus foncées.


Lésions juvéniles (gauche) et lésions avancées (droite) (source : Vincent Philion).

On observe les symptômes liés aux infections primaires principalement sur les feuilles du bouquet floral et sur les premières feuilles des pousses végétatives issues de ces bouquets, selon les feuilles jeunes exposées au moment de l’infection. Le plus souvent, les taches apparaissent sur la face supérieure des feuilles, mais des taches peuvent se manifester sur les deux faces, selon l’angle de la feuille exposée au moment de l’infection.

Quand les conditions sont favorables à la tavelure, les premiers symptômes peuvent apparaître une semaine après l’infection. Inversement, les symptômes peuvent être retardés et n’apparaître que plusieurs semaines après l’infection quand les conditions sont froides ou très sèches. De plus, comme les symptômes sont aussi retardés sur les feuilles plus âgées, la période d’apparition des symptômes issus d’une même infection peut être très étalée.

L’apparition des symptômes de tavelure à grande échelle marque un échec dans la gestion raisonnée de la maladie et entraîne une fréquence de traitements en été beaucoup plus élevée et des coûts appréciables (voir la fiche sur La tavelure : traitements d’été).

Propagation de la tavelure

Les conidies constituent la deuxième source de contamination à apparaître durant la saison. Elles causent donc des infections dites secondaires. Les infections secondaires peuvent débuter dès l’apparition des taches et se terminent à la chute des feuilles. Comme les premiers symptômes de la saison apparaissent avant que la réserve d’ascospores ne soit épuisée, les infections primaires et secondaires peuvent se chevaucher un certain temps. Mais comme les conidies sont toujours plus nombreuses que les ascospores, la gestion de la tavelure est faite en fonction des infections secondaires. Celles-ci procèdent exactement comme les infections primaires, à l’exception que les conidies ne sont pas éjectées mais simplement éclaboussées et ne sont donc pas soumises aux mécanismes d’inhibition la nuit. La germination et la pénétration des conidies, l’infection et la période d’incubation sont quasiment identiques.

Chaque nouvelle tache produit des conidies pendant deux mois environ. Par la suite, la production diminue fortement. Les conidies sont libérées sous l’effet de la pluie et sont éclaboussées sur les feuilles environnantes. Elles ne voyagent que sur une courte distance (quelques mètres), ne pouvant atteindre par conséquent que les arbres immédiatement à proximité. C’est pourquoi les foyers de tavelure sur les arbres infectés accidentellement à la suite d’une erreur de pulvérisation (bout de rangées, ouverture des buses, etc.) resteront localisés et, dans la plupart des cas, ne causeront pas de dommages à plus de 5 m du foyer initial. Les lésions secondaires se trouvent principalement au niveau des pousses végétatives, sur les feuilles en croissance au moment de l’infection. Elles sont généralement plus nombreuses sur les organes portant déjà des lésions primaires, car les conidies à l’origine de ces taches sont produites par les lésions et elles voyagent peu.

La photo suivante illustre la propagation de la tavelure sur une pousse végétative. On peut observer la présence de taches d’âges différents et des taches multiples selon l’âge des feuilles.

lésions de tavelure sur pousse végétative

Tavelure sur pousse végétative (source : Vincent Philion, IRDA).

Lorsqu’elles sont très nombreuses, les lésions entraînent la chute prématurée des feuilles et des fruits. En effet, ces lésions donnent lieu à un étranglement par le champignon de la structure retenant les feuilles et les fruits à l’arbre (pétiole et pédoncule, respectivement). Plus généralement toutefois, cette chute prématurée est la conséquence d’une baisse de la photosynthèse. Les arbres très atteints peuvent être affaiblis au cours des années, mais ne sont jamais tués par la tavelure. Les arbres affaiblis poussent de moins en moins à chaque année et sont donc graduellement moins infectés.

Différents facteurs limitent la propagation de la tavelure sur le feuillage en été. D’abord, le nombre de périodes d’infection est généralement plus faible durant l’été, notamment pendant les mois de canicule. De plus, les infections n’ont habituellement lieu que sur le feuillage en pleine croissance ou sur les feuilles sénescentes, alors que les feuilles matures sont résistantes. Finalement, les taches les plus vieilles cessent graduellement de produire des conidies et cessent de contribuer à la progression de la maladie.

Tavelure sur bois

Dans les vergers très tavelés, il arrive que le bois soit infecté. La tavelure sur bois est très fréquente sur le poirier, mais les pommiers peuvent aussi en être affectés. Des conidies en lien avec les écailles des bourgeons peuvent survivre à l’hiver et deviennent une source d’inoculum primaire lors des premières infections au printemps. Cette source d’inoculum n’a jamais été rapportée au Québec, mais est parfois rapportée au sud de l’État de New York14. Dans les pays où la survie des conidies est fréquente, leur impact est généralement mineur. Dans les vergers commerciaux, on reconnaît les infections primaires liées aux conidies par l’abondance de taches sur quelques fruits en formation alors que le reste du verger est exempt de symptômes.

Tavelure sur fruits

Les lésions apparaissant sur les fruits font parfois suite à une infection primaire très grave (ex. : RIM > 1000) à partir du stade du bouton rose, mais la plupart des taches sur les pommes sont issues d’infections secondaires et sont causées par des conidies produites par des taches déjà établies sur le feuillage. La propagation de la tavelure sur fruits est donc surtout tributaire de la tavelure déjà présente sur le feuillage et par la suite de la météo en été. Quelques taches à peine décelables sur feuilles et réparties sur chaque arbre peuvent se multiplier et infecter les fruits quand les conditions sont propices à la tavelure. Plus la tavelure au point de départ de l’été est importante, plus le risque de tavelure sur fruits augmente. Ce risque doit être géré avant les infections puisqu’il n’existe pas de traitement pour éradiquer les symptômes de tavelure sur fruits.

Lorsque les infections sur fruits ont lieu tôt en saison, les symptômes entraînent une déformation telle que montrée sur la photo suivante. Un nombre élevé de taches est habituellement un signe que des conidies sont responsables des infections.

lésions de tavelure sur fruit

Symptômes de tavelure sur fruit (source : Vincent Philion, IRDA).

Les infections sur fruits tôt en saison entraînent une baisse de calibre ou même la chute prématurée des fruits. L’apparition des taches sur fruits s’opère comme sur les feuilles et débute par des lésions souvent d’allure juvénile, telles qu’illustrées sur les photos suivantes.


Lésions juvéniles sur fruit (source : Vincent Philion, IRDA).

Comme pour les feuilles, la résistance des fruits augmente au cours de la saison mais cette résistance est transitoire et n’est pas étanche. Quand les conditions sont propices, les infections sur fruits peuvent survenir sur des fruits de n’importe quel calibre. L’apparition des symptômes est parfois retardée sur les fruits plus résistants et est accélérée en fin de saison. On peut voir sur la photo suivante des taches âgées sur fruits matures, mais une absence de déformation.

lésions de tavelure sur fruits

Taches âgées sur fruit (source : Vincent Philion, IRDA).

Les infections sur fruits sont favorisées en fin de saison, au moment où les températures plus fraîches et les précipitations plus abondantes favorisent une recrudescence de la tavelure et que la résistance des fruits baisse à nouveau. La tavelure dite d’automne (pin-point en anglais) désigne justement le type de lésion qui se développe sur les fruits peu avant ou au moment de la récolte. Sur ces pommes, les taches secondaires sont souvent très petites (1 mm) et ne sont pas toujours visibles à la cueillette mais elles peuvent se développer plus tard en entrepôt. Les fruits atteints sont alors systématiquement déclassés. La tavelure n’est pas transmissible en entrepôt. Toutes les taches observées après entreposage sont issues des infections qui ont eu lieu au champ. L’entreposage en atmosphère contrôlée (AC) retarde la sortie des taches, mais ne les inhibe pas. Dans les lots de fruits infectés juste avant récolte, on observe souvent une sortie des symptômes au moment de la sortie des chambres AC, alors que les fruits étaient exempts de taches durant l’entreposage. Il est parfois possible de gérer le risque en fonction de la durée d’entreposage.

Tavelure d’automne

Les symptômes qui apparaissent à la fin de l’été et à l’automne sont souvent moins typiques et diffèrent des symptômes printaniers. À cette période, la résistance liée à la maturité des feuilles (ontogénique) cesse graduellement d’opérer et on observe une recrudescence de nouvelles infections, notamment sur les feuilles plus vieilles et sur la face inférieure des feuilles. De plus, le mycélium arrêté au printemps par la résistance ontogénique reprend sa progression et des taches apparaissent sans lien apparent avec un épisode de pluie.

lésion de tavelure sur feuille (automne)

Nouvelle infection en automne (source : Vincent Philion, IRDA).

Les lésions se développant à l’automne peuvent être très diffuses et rougeâtres et se rencontrent souvent le long des nervures. Il est parfois difficile de les identifier puisque la coloration des feuilles change et les taches peuvent être confondues avec des dommages d’autres ravageurs, comme la mineuse. L’évaluation de la tavelure à l’automne, dans le but de prédire les risques pour l’année suivante, est donc compliquée à la fois par l’apparition de nouveaux symptômes et la difficulté de les observer. La propagation de la tavelure cesse entièrement au moment où la feuille meurt.

Mortalité et chute des feuilles

La physiologie du champignon change au moment où la feuille meurt alors que les mécanismes de défense de la plante cessent de fonctionner. À ce moment, le mycélium peut franchir la barrière de l’épiderme et envahir toute l’épaisseur de la feuille. L’invasion translaminaire commence d’habitude une fois que les feuilles sont tombées au sol, puisque les feuilles mortes accrochées dans l’arbre ne sont pas assez humides pour favoriser la croissance du champignon. C’est à ce moment que le champignon débute sa reproduction sexuée pour pouvoir survivre à l’hiver. Selon le moment de la chute des feuilles, il est possible d’interférer avec la survie hivernale du champignon (voir méthodes de réduction de l’inoculum).

cycle de la tavelure (mortalité, chute des feuilles et invasion du limbe de la feuille)

Schéma de l’invasion translaminaire (source : McGraw-Hill).

Références

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  2. Samuels, G.J. & Sivanesan, A. Venturia asperata nov. and its Fusicladiumstate on apple leaves. N. Z. J. Botany. 13: 645-652. (1975).
  3. Caffier, V., Le Cam, B., Expert, P., Tellier, M., Devaux, M., Giraud & Chevalier, M. A new scab-like disease on apple caused by the formerly saprotrophic fungus Venturia asperata. Plant Path. 61: 915-924. (2012).
  4. Cruz, M. Producción de pseudotecios y ascos de Venturia inaequalis(cooke) en tres cultivares de manzano. Agri. Téc. 59: 196-204. (1999).
  5. Meszka, B. Study of Venturia inaequalispseudothecia development and apple scab severity under Polish conditions. Folia Hort. 27: 107-114. (2015).
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  7. Stensvand, A., Gadoury, D.M., Amundsen, T., Semb, L. & Seem, R.C. Ascospore release and infection of apple leaves by conidia and ascospores of Venturia inaequalisat low temperatures. 87: 1046-1053. (1997).
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  9. Sys, S. & Soenen, A. Investigations on the infection criteria of scab (Venturia inaequalis Wint.) on apples with respect to the table of Mills and Laplante. Agricultura, 18: 3-8. (1970).
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  11. Schwabe, W.F.S. Wetting and temperature requirements for apple leaf infection by Venturia inaequalisin South Africa. 12: 69-80. (1980).
  12. Philion, V., Joubert, V., Trapman, M., Hjelkrem, A.-G.R. & Stensvand, A. Distribution of the Infection Time of Ascospores of Venturia inaequalis.Plant Dis. 104: 465-473. (2020).
  13. Stensvand, A. & Amundsen, T. Investigations on the potential ascospore dose of Venturia inaequalisin Norwegian apple orchards. IOBC-WPRS Bull. 20(9): 209-16. (1997).
  14. Rosenberger, D. Apple scab and quince rust now showing in Hudson valley. fruits J. 25. (2016).

 

Cette fiche est une mise à jour de la fiche originale du Guide de référence en production fruitière intégrée à l’intention des producteurs de pommes du Québec 2015. © Institut de recherche et de développement en agroenvironnement. Reproduction interdite sans autorisation.

Auteur de la première édition : Vincent Philion
Auteurs de la mise à jour 2024 : Vincent Philion
Dernière mise à jour par l’auteur : 23 décembre 2023

 

Cet ennemi du pommier est réglementé en vertu de la Loi sur la protection sanitaire des cultures (voir la fiche sur Le « droit de produire » et la loi) et les mesures nécessaires doivent être prises pour éviter la propagation aux cultures avoisinantes.

 

En 1862, le premier guide de production à l’intention des producteurs du Québec1 ne faisait même pas mention de la tavelure du pommier. Au début du siècle dernier (années 1900), environ trois traitements fongicides appliqués pendant la période des infections primaires avec des produits moins efficaces que ceux disponibles aujourd’hui suffisaient pour réprimer efficacement la tavelure du pommier. Dans les années 1980, c’est un traitement par semaine qui était requis pour réprimer les infections.

Ces stratégies de traitement très allégées conduiraient actuellement à des résultats inacceptables dans la plupart des vergers commerciaux. Différents facteurs expliquent l’augmentation des problèmes de tavelure et leur compréhension est la clef pour intégrer autant que possible des stratégies pour mieux gérer la tavelure à l’avenir. La présente fiche a pour but d’expliquer brièvement l’historique de la situation actuelle et comment modifier les pratiques pour assurer une meilleure gestion de la maladie.

La gestion de la tavelure ne se résume pas aux traitements fongicides. Une bonne compréhension de la biologie de la tavelure et l’intégration de plusieurs stratégies de lutte décrites dans cette fiche sont nécessaires pour gérer cette maladie de façon optimale et à moindre coût. Les stratégies de traitements fongicides au printemps et en été sont traitées aux fiches sur La tavelure : traitements contre les infections primaires et La tavelure : traitements d’été.

Choix des cultivars

La production intensive popularisée au cours du dernier siècle a mené le plus souvent à des blocs monovariétaux qui facilitent une sélection des races de tavelure les mieux adaptées à ces cultivars2. Par exemple, les blocs de vergers de McIntosh au Québec contribuent à produire des souches de tavelure parfaitement adaptées à ce cultivar et conséquemment à des épidémies graves de la maladie, alors que la McIntosh semble presque résistante ou du moins tolérante dans les pays où ce cultivar n’est pas produit en masse. À l’inverse, la Golden Delicious est très sensible à la tavelure européenne, mais elle est beaucoup moins sensible aux races de tavelure produites au Québec, simplement parce que ce cultivar n’est pas planté à grande échelle ici. Les cultivars anciens qui sont tolérants aux races de tavelure présentes actuellement pourraient devenir tout aussi sensibles que la McIntosh si leur culture était intensifiée. La règle est universelle : chaque introduction d’un cultivar et son adoption massive mène inévitablement à une spécialisation de la tavelure pour ce cultivar.

Il est difficile de prévoir jusqu’à quel point la génétique d’un cultivar est assez robuste pour limiter cette spécialisation. Il est possible que des cultivars comme Spartan et Honeycrisp3, qui sont actuellement moins affectés par la tavelure, demeurent relativement « tolérants » à long terme même si une augmentation de la tavelure est perceptible depuis leur introduction. Mais ils pourraient, au cours du temps, devenir aussi sensibles que la McIntosh si l’intensification de leur production continue. Néanmoins, la fréquence des traitements souvent adaptée aux cultivars les plus sensibles pourrait être réduite selon les cultivars puisque l’augmentation de la sensibilité dans le temps peut prendre des décennies.

Tel qu’indiqué en introduction générale, le mode de production PFI et la commercialisation axée sur des cultivars connus du public limite les possibilités pour contrer le phénomène de la spécialisation des races. Sans revenir à une production extensive ou choisir des cultivars tolérants qui ne correspondent pas au marché souhaité, la première ligne de défense pour limiter la sévérité des attaques de tavelure consiste à augmenter la diversité variétale dans les vergers. Augmenter la diversité des cultivars empêche la spécialisation des races de tavelure et donc diminue directement l’apparition des symptômes (voir incubation), et indirectement la propagation et l’apparition de tavelure sur fruits. La diversité des cultivars n’empêche pas la production d’inoculum, mais l’inoculum produit sera graduellement moins dommageable au pommier parce que moins apte à produire des symptômes.

Résistance

Recourir seulement à des cultivars résistants pour contrer la tavelure va actuellement à l’encontre de la stratégie de la diversité. Presque tous les cultivars résistants disponibles sont porteurs d’un seul gène de résistance (Rvi6)4, anciennement appelé le gène Vf (ex. : Liberty, Belmac) qui sont des descendants de Malus floribunda 821. D’autres gènes existent (ex : Rvi5 (Vm) pour Murray descendant de Malus micromalus5), mais les succès commerciaux sont rares. Or les races de tavelure locales ont déjà commencé à contourner ces gènes6. Dès qu’une souche de tavelure compatible apparaît dans un bloc avec un seul gène de résistance, elle peut rapidement occuper toute la place, ce qui revient à une spécialisation des races. Dans les blocs de pommiers Rvi6 où la résistance a été contournée, la tavelure est souvent pire que dans les blocs de cultivars conventionnels, et ce, malgré des traitements. L’utilisation simultanée de plusieurs gènes de résistance dans un même cultivar (pyramidage des gènes) fait l’objet de plusieurs travaux4 et permettrait d’atteindre la diversité requise pour atténuer la tavelure, mais de tels cultivars n’existent pas encore et l’acceptabilité sociale des cultivars multi résistants qui seraient obtenus par génie génétique n’est pas acquise. Dans les vergers où la résistance a été contournée, l’utilisation des pommetiers pollinisateurs semble être à l’origine des souches résistantes.

Mixité des cultivars

À l’inverse des blocs mono-variétaux, les blocs de pommiers entièrement mélangés ne sont pas adaptés aux opérations culturales, qui varient souvent d’un cultivar à l’autre (ex. : taille, éclaircissage), obligent à des traitements sur l’ensemble de la surface du verger et nuisent aux opérations de récolte. Même si le mélange des cultivars peut contribuer à réduire la sévérité des attaques, la mixité des cultivars ne suffit pas à maintenir la tavelure à des niveaux acceptables, et ce, même dans les blocs de pommiers où tous les pommiers seraient différents. Pour cette raison, cette pratique n’a jamais été popularisée.

Néanmoins, diminuer au minimum le nombre de rangées contiguës avec le même cultivar a pour effet d’atténuer les problèmes de tavelure7 sans nuire aux autres aspects de la production. Dans la mesure où les blocs sont optimisés pour les autres considérations agronomiques, une réduction récurrente de la tavelure qui peut atteindre 20 % n’est pas négligeable. Pour que la stratégie soit efficace, les cultivars alternés doivent être de parents éloignés et/ou de sensibilité différente à la tavelure. De plus, la largeur du bloc doit être de moins de 30 m pour permettre l’arrivée des ascospores des blocs adjacents qui pourront constamment diluer le pool génétique de la tavelure produite dans chaque bloc de cultivar. Par exemple, six rangées de 3,65 m de Spartan (McIntosh × inconnu) en alternance avec six rangées de Gala (Golden Delicious × Kidd’s Orange Red) permettrait d’atténuer la tavelure par rapport à des blocs de Spartan ou de Gala plus grands dans lesquels les spores ne se mélangeraient pas.

Réduction de l’inoculum (assainissement)

L’utilité de réduire la quantité d’ascospores qui atteignent l’arbre pour augmenter l’efficacité des traitements fongicides du printemps a été reconnue dès 1937. À l’époque, les fongicides disponibles étaient moins efficaces et les stratégies de traitement n’étaient souvent acceptables que dans les vergers où la pression de la tavelure était faible ou dans les vergers où les feuilles de la litière étaient traitées à l’automne pour détruire la tavelure en place. La réduction systématique de la pression de la tavelure par la destruction de l’inoculum dans les feuilles de la litière n’a pas connu d’essor à ce moment parce que l’arrivée graduelle de fongicides de plus en plus efficaces en a diminué le besoin. La réduction de l’efficacité des fongicides (résistance), les restrictions d’usage et l’homologation de fongicides de moindre efficacité rendent incontournable l’intégration de la gestion de la quantité de spores avant le début des traitements du printemps. La réduction de l’inoculum a un impact direct sur l’apparition des symptômes de tavelure en diminuant les probabilités d’infection, mais a également un effet indirect positif sur presque tous les aspects de la gestion de la maladie. Les mesures prises pour réduire l’inoculum en verger peuvent aider à compenser pour les erreurs de traitement, diminuent la sélection des spores résistantes aux fongicides, facilitent l’utilisation de produits de moindre efficacité et réduisent la nécessité des traitements d’été.

Dans les vergers où l’incidence de la tavelure est en apparence faible, les stratégies d’assainissement n’ont pas toujours d’impact mesurable ou rentable dans la gestion de la tavelure. Par contre, comme la tavelure peut progresser discrètement à l’automne ( la  section sur la tavelure d’automne dans la fiche sur La tavelure : biologie) et que les conditions hivernales peuvent amplifier la production d’inoculum même dans les vergers peu tavelés (voir la section sur la production de l’inoculum primaire, dans la fiche sur La tavelure : biologie) les mesures d’assainissement sont recommandées à titre préventif comme une habitude à intégrer, même si le bénéfice immédiat n’est pas perceptible.

Différentes approches sont possibles pour réduire le nombre de spores qui atteignent l’arbre. Certaines techniques peuvent être indifféremment utilisées à l’automne ou au printemps, mais certaines ne sont possibles qu’à un moment précis. Comme la chute des feuilles est souvent très étalée et n’est complétée souvent qu’à la fin novembre ou même plus tard, les techniques qui requièrent d’atteindre toutes les feuilles au sol ne sont habituellement pas praticables au Québec en automne. De même, les traitements sur l’arbre sont possibles seulement entre le 15 octobre et le 1er novembre environ, soit après la récolte et avant le remisage des équipements pour l’hiver. Il est possible d’accélérer la chute des feuilles, mais cette pratique fréquente chez les pépiniéristes n’est pas usuelle dans les vergers commerciaux.

La fenêtre d’intervention privilégiée pour interférer avec l’inoculum est donc au printemps, après la fonte des neiges mais avant le débourrement. Comme les éjections à risque peuvent parfois commencer dès le stade débourrement, les interventions les plus hâtives sont les plus rentables. Une seule stratégie (épuisement) est conçue pour être utilisée pendant la saison des éjections, mais cette technique inusitée n’est pas en usage.

Les approches visent un ou plusieurs objectifs à la fois : affecter directement le champignon pour limiter la production des spores, provoquer une décomposition de la litière où réside le champignon et finalement, interférer directement avec l’éjection des spores au printemps. La liste des stratégies présentée ici n’est pas exhaustive mais donne un bon aperçu des possibilités. Les méthodes décrites peuvent être combinées pour augmenter leur efficacité. Des mesures non spécifiques qui favorisent indirectement la réduction de l’inoculum, tel qu’éviter les fongicides comme  qui nuisent aux populations de vers de terre, sont couvertes ailleurs. Certaines approches ont également des conséquences néfastes qu’il importe de souligner. Le tableau qui suit présente un aperçu des méthodes décrites en détail par la suite.

STRATÉGIES DE RÉDUCTION D’INOCULUM (EN ORDRE DÉCROISSANT D’INTÉRÊT EN PFI) MISE EN PLACE PROBLÈMES ENGENDRÉS OU LIMITES
Urée Automne/printemps Favorise les chancres à l’automne. Urée à considérer dans la gestion de l’azote.
Déchiquetage Automne/printemps
Balayage/soufflage Automne/printemps
Élimination des pommiers sauvages ou abandonnés Printemps Portée limitée
Ramassage des feuilles Automne/printemps Gestion des résidus
Chaulage Automne
Rebouche ornières Printemps
Labour Automne/printemps Abîme le terrain
Paillage/couvre-sols Printemps Pas au point
Épuisement des éjections Printemps Source d’eau disponible
Autres traitements Automne/printemps Problèmes variés

Urée

Très peu d’articles portant sur la tavelure du pommier ont eu le privilège d’avoir été publiés par la prestigieuse revue scientifique Nature8. Le plus connu traite de l’efficacité de l’urée pour lutter contre la maladie. L’article a été publié en 1965 et depuis lors, les travaux sur l’urée et la tavelure se sont multipliés. L’engouement des scientifiques ne s’est pas transposé dans les vergers et encore peu de producteurs intègrent l’urée dans leur arsenal contre la tavelure.

L’urée n’est pas perçue comme un fongicide très efficace, mais a un mode d’action complexe qui garantit que l’un ou l’autre de ses mécanismes sera actif et que le champignon ne pourra pas devenir résistant. D’abord, l’urée s’attaque directement au champignon et interfère avec la production des pseudothèces. De plus, l’urée stimule l’activité microbienne qui dégrade les feuilles au sol et rend celles-ci plus appétissantes pour les vers de terre. Différentes études ont porté sur les alternatives à l’urée pour combattre la tavelure, incluant d’autres formes d’azote. Les études montrent que l’azote sous forme ammoniacale a une certaine efficacité à l’automne quand le pH est bas (ex. : sulfate d’ammonium), mais pas les nitrates.

La stratégie d’application de l’urée est flexible. Le traitement peut être fait à l’automne ou au printemps. Malheureusement, l’urée de source industrielle n’est pas admise en production biologique mais si une source est disponible (ex : élevage à proximité), cette approche est envisageable.

Fait peu connu, l’urée n’est pas seulement efficace sur les feuilles mortes. Des applications foliaires d’urée sont aussi possibles pendant la saison des infections primaires9 (voir la fiche sur La tavelure : traitements contre les infections primaires).

Traitement foliaire ou de litière : Le traitement d’urée peut être appliqué directement sur l’arbre avant la chute des feuilles à l’automne, ce qui assure une meilleure couverture10 que lorsque le traitement est appliqué au sol. Cet apport d’azote automnal n’a pas de conséquences graves sur l’arbre et peut même être bénéfique. Cependant, l’apport nutritionnel sera négligeable si les feuilles contiennent déjà beaucoup d’azote11. Par ailleurs, un apport d’urée automnal sur des jeunes arbres pas encore productifs pourrait être néfaste10 et dépasser 50 kg/ha à l’automne peut mener à une mortalité partielle des bourgeons12. Finalement, les applications d’urée à l’automne sont associées à une augmentation des problèmes de chancre européen13 et il n’est pas exclu que l’urée qui atteint le bois au printemps puisse aussi causer des problèmes en facilitant l’infection de Nectria sp. au niveau des blessures de taille d’hiver.

Quand l’application d’automne a lieu trop longtemps avant la chute des feuilles, l’urée est métabolisée et son action contre la tavelure est moindre. L’urée foliaire à l’automne appliquée sur du feuillage encore fonctionnel est absorbée par l’arbre en 48 heures14 et n’a alors pas d’effet sur la tavelure. Pour maximiser l’effet contre la tavelure il faut donc retarder autant que possible le traitement après la sénescence des feuilles et/ou accélérer la défoliation (voir la section Accélération de la chute des feuilles plus loin dans cette fiche). Le traitement au sol doit être fait après la chute des feuilles et est donc souvent retardé au printemps, avant le stade du débourrement, ou le plus tôt possible après le débourrement. À mesure que les spores arrivent à maturité, l’effet de l’urée est amoindri et cet azote appliqué au sol peut mener à des effets néfastes au moment où il deviendra disponible à l’arbre (voir la fiche sur La fertilisation sans nuire à la phytoprotection).

Recette : Appliquez 50 kg d’urée par hectare dans un volume suffisant pour dissoudre l’urée. Les américains préconisent près de 1000 litres d’eau par hectare (40 lbs d’urée dans 100 gallons par acre15), mais il n’est pas nécessaire d’utiliser un volume aussi élevé. En fait, les résultats sont probablement meilleurs quand l’urée est appliquée dans un volume plus faible de bouillie10. Le volume minimal requis pour dissoudre 50 kg d’urée est 75 L d’eau à 0 °C16, mais c’est plus facile avec les volumes usuels (ex : 250 L/ha). Il n’y a donc pas de problème de préparation, même par temps froid. L’efficacité est proportionnelle à la quantité d’urée appliquée et donc diminuer la quantité d’urée par hectare diminue l’efficacité17. L’ajout d’une petite quantité de LI700 en mélange avec l’urée augmente son effet18

Pour les traitements au sol, vous pouvez l’appliquer avec votre pulvérisateur conventionnel de deux manières : soit en utilisant seulement les jets du bas, ou mieux encore en branchant une simple rampe horizontale (style herbicide) avec des buses qui couvrent au mieux la largeur de la rangée. Il est également possible d’utiliser votre pulvérisateur d’herbicide conventionnel et de le modifier pour couvrir plus large. Cette dernière solution est moins intéressante à cause des volumes d’eau importants à transporter. L’objectif est de bien mouiller la zone où on trouve les feuilles de litière, souvent le long du rang. Il est aussi préférable d’éviter d’atteindre le bois dans les vergers avec des problèmes de chancres. Utilisez 200-400 L/ha au maximum pour éviter le ruissellement. L’urée après le déchiquetage donne les meilleurs résultats. Évitez d’appliquer l’urée juste avant une pluie. Comme l’urée est très soluble, elle serait alors rapidement éliminée par ruissellement. Cependant, le temps de contact requis entre l’urée et les feuilles de litière pour maximiser l’efficacité n’a pas été étudié spécifiquement. L’urée appliquée à la volée en granules n’est pas absorbée également par la litière et n’est donc pas aussi efficace.

L’urée de grade « foliaire » a une faible teneur en « biuret », un composé azoté phytotoxique. Ce grade de qualité n’est évidemment pas nécessaire pour des traitements au sol, mais c’est ce qui est proposé pour éviter de confondre les deux grades et abîmer le feuillage lors des traitements d’engrais à base d’urée foliaire.

Fertilisation en prime : Les apports d’urée pour réprimer la tavelure doivent être comptabilisés. L’apport de 50 kg d’urée (46 % N) représente 23 kg d’azote par hectare. Cet apport est modeste, mais il faut en tenir compte avant d’intégrer cette approche à vos pratiques. Pour plus d’informations, consultez la fiche sur La fertilisation sans nuire à la phytoprotection.

Déchiquetage

L’objectif du déchiquetage est de détruire mécaniquement les feuilles et de les laisser au sol. Même si le déchiquetage n’attaque pas directement le champignon, la réduction de la taille des fragments foliaires accélère grandement leur décomposition. De plus, inverser l’orientation des fragments de feuilles au sol peut nuire à l’éjection des ascospores. Pour plus d’informations, la vidéo Le broyeur de feuilles présente le broyeur de feuilles EliminaeMD qui a été développé au Québec sous la collaboration de l’IRDA (Vincent Philion) et le témoignage de Francis Brabant du  .

Selon l’équipement disponible, cette opération peut être assez facile et peu coûteuse. Par exemple, l’utilisation d’une faucheuse à fléaux ou d’un broyeur à marteaux permet aussi d’éliminer une partie de la litière. Il faut régler l’appareil assez bas pour bien rejoindre les feuilles collées au sol et les déchiqueter. Une faucheuse rotative ne permet pas cette opération10.

faucheuse à fléau (stratégie de réduction d'inoculum de tavelure: déchiquetage)

Broyeur à marteaux (source : Vincent Philion).

Idéalement, toute la surface du verger doit être travaillée mécaniquement en déportant l’appareil le plus près possible des rangées d’arbres.

Quand l’opération est faite au printemps, il est possible de déchiqueter le bois de la taille hivernale et de réduire l’inoculum de la tavelure simultanément. Il est même possible que cette opération combinée permette de réprimer d’autres maladies, comme la pourriture noire, le chancre européen et le feu bactérien qui sont présents sur le bois de taille. Par contre, cette opération ne doit pas être réalisée dans les sites où le sol laissé à nu risque de créer des conditions boueuses pour les passages subséquents des équipements.

Balayage/soufflage

Le balayage des feuilles avec des brosses rotatives ou des souffleries puissantes peut être utilisé pour mieux décoller les feuilles du sol, incluant celles qui sont inaccessibles par le déchiquetage, et les andainer dans le centre des rangées où elles pourront être fauchées ou déchiquetées. Cette stratégie est notamment très utile dans les vergers de pommiers nains, puisque les feuilles de litière s’accumulent sur la bande désherbée. Comme pour le déchiquetage, le simple déplacement des fragments de feuilles au sol peut aussi nuire à l’éjection des ascospores.

soufflerie (stratégie de réduction d'inoculum de tavelure: balayage/soufflage)

Soufflerie montée sur tracteur (source : Vincent Philion).

brosses rotatives (stratégie de réduction d'inoculum de tavelure: balayage/soufflage)

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Passage de la brosse rotative (gauche) et sol après passage de la brosse rotative (droite)(source : Vincent Philion).

Le balayage/soufflage peut être fait séparément du déchiquetage ou avec un appareil combiné. L’intégration d’une brosse horizontale à un broyeur conventionnel améliore à faible coût l’efficacité des broyeurs conventionnels. L’appareil modifié en ce sens, baptisé Eliminae, peut être fabriqué directement par les producteurs à partir de plans publics ou sur commande. Un document d’accompagnement pour la modification des broyeurs est disponible en ligne.19

plan de l'appareil Eliminae (stratégie de réduction d'inoculum de tavelure: balayage/soufflage/déchiquetage)

Schéma d’un appareil de broyage et découpage combiné (source : IRDA et Agrinova).

Élimination des pommiers sauvages ou abandonnés

Les pommiers en bordure des vergers peuvent constituer une source non négligeable d’inoculum de tavelure et d’autres ravageurs du pommier. L’élimination des arbres dans un périmètre de 50 m autour du verger devrait suffire à éliminer la plupart des sources d’ascospores extérieures au verger. Les pommiers abandonnés des propriétés voisines peuvent faire l’objet d’une plainte en vertu de la Loi sur la protection sanitaire des cultures si la situation ne peut être réglée à l’amiable (voir la fiche sur le Le « droit de produire » et la Loi).

Ramassage des feuilles

Le ramassage des feuilles a pour but d’interférer avec les éjections en verger en retirant la source de contamination du verger pour en disposer dans un site éloigné. La méthode est jugée plus efficace que le seul déchiquetage pour réduire l’inoculum. Même si le volume de feuilles à déplacer n’est pas très important et peut être comprimé, cette approche entraîne un problème de gestion des résidus ramassés. Soit les résidus sont enlevés de façon permanente, ce qui réduit la matière organique des vergers, soit les résidus sont retournés au verger après la période des risques (ou après compostage), ce qui entraîne des coûts additionnels. De plus, un des appareils disponibles, le Combi-Trailer (photo suivante), utilisé en Europe pour le broyage et le ramassage des feuilles de litière a été brièvement testé au Québec et ne s’est pas avéré assez robuste pour broyer le bois de taille hivernal. Pour ces raisons, le ramassage n’est pas recommandé en PFI.

Combi-Trailer (stratégie de réduction d'inoculum de tavelure: broyage/ramassage)

Combi-Trailer (source : Vincent Philion).

Chaulage

Le chaulage d’automne, réalisé dans le but d’augmenter le pH du sol, inhibe aussi partiellement la formation des pseudothèces et peut être une alternative à l’urée, quoique moins efficace. Le chaulage au printemps est possible, mais la contribution à la réduction de l’inoculum est encore moindre. L’incorporation (enfouissement) de la chaux préconisée pour les apports élevés (> 4 tonnes /ha) pourrait aussi contribuer à éliminer une partie de la litière de surface. Cependant, même un apport élevé de chaux ne peut pas être considéré comme un substitut équivalent aux autres méthodes de réduction de l’inoculum. À raison de 40 $/tonne, la réduction de l’inoculum obtenue par le chaulage ne justifie pas à elle seule le coût de l’opération par rapport à d’autres approches.

Accélération de la chute des feuilles

Le cuivre chélaté (EDTA de cuivre) vendu comme engrais soluble est fréquemment utilisé par les pépiniéristes pour accélérer la chute des feuilles. En production commerciale, cette pratique pourrait augmenter l’efficacité de l’urée foliaire à l’automne, faciliter l’élimination des feuilles de la litière et réduire les infections foliaires de chancre européen à l’automne13. Un seul traitement de 14 L/ha (chélaté à 14-15 %, soit 2 kg/ha de cuivre métal) appliqué immédiatement après la récolte est efficace, mais le fractionnement en 2 applications de 7 L/ha espacées d’une semaine est encore mieux (Fanny Le Berre, comm. Pers). Une dose plus élevée (20 L/ha) a été testée avec succès à l’IRDA.

Épuisement des éjections

La technique de l’épuisement des éjections vise à profiter de périodes sèches au printemps pour accélérer la maturation et l’éjection des spores en dehors des épisodes de pluie. Un système d’irrigation par aspersion est utilisé pour mouiller la litière, sans pour autant permettre la germination et l’infection des spores. Les gicleurs peuvent être installés près du sol et dans ce cas les arbres demeurent secs, mais les gicleurs installés au-dessus des arbres comme protection du gel peuvent également être utilisés en limitant le temps de mouillage20. L’objectif de l’épuisement est de diminuer le nombre d’ascospores éjectées durant les pluies d’infection. Une heure ou deux d’irrigation à tous les deux ou trois jours pendant les périodes sèches suffisent, en théorie, à épuiser le potentiel d’éjection des spores et à réduire les risques d’infection lors des pluies. En pratique, l’application de 2 mm/heure entre 11h00 et 13h00 les jours ensoleillés pendant la période des infections primaires, soit 5 à 11 jours d’irrigation au total par année a considérablement réduit l’éjection des spores pendant les périodes de pluie, accéléré la fin de la période des infections primaires et provoqué une réduction de 50 % de la tavelure observée20.

La méthode est efficace tant que l’irrigation est synchronisée plusieurs jours après la dernière pluie pour permettre la maturation des spores et au moins 24h avant la pluie suivante pour éviter que les ascospores éjectées pendant l’irrigation puissent survivre et infecter les arbres plus tard. En limitant le temps d’humectation des arbres, en principe les gicleurs au sol sont moins à risque de provoquer des infections accidentelles même si les spores éjectées atteignent les feuilles21. En pratique, le séchage des arbres suivant l’irrigation en plein jour est rapide et le temps d’humectation suivant l’irrigation n’est pas un facteur de risque majeur.

L’épuisement des spores est réaliste les années plus sèches lorsque les pluies sont assez espacées pour la mettre en place. Lorsque les pluies sont fréquentes, l’irrigation, même bien ciblée, ne permet pas l’éjection d’un nombre élevé de spores et peut accroître les risques d’infection, soit en prolongeant une infection passée ou par la survie des spores éjectées lors des pluies suivant l’irrigation. La technique de l’épuisement des éjections est utilisée dans certains vergers en Europe, mais est de portée limitée. Les risques associés à la fiabilité des prévisions météorologiques d’accroître l’infection en cas d’utilisation trop près d’une pluie et la disponibilité limitée de l’eau pour l’irrigation font en sorte que cette stratégie n’est pas actuellement recommandée en PFI.

Rebouche ornière

Les passages fréquents du tracteur compactent le sol et forment des ornières dans les rangées. Si la réparation des ornières est faite tôt au printemps, cette opération peut contribuer à ensevelir les feuilles de la litière et accélérer leur dégradation.

Labour

L’incorporation dans le sol des feuilles de la litière par un labour superficiel est pratiquée dans certains pays pour favoriser la décomposition des feuilles et interférer avec les éjections au printemps. Cette pratique n’est pas envisageable dans les vergers pierreux et peut nuire au passage des équipements en créant des conditions boueuses. Conséquemment, cette stratégie n’est pas recommandée en PFI.

Paillage et couvre-sols

Certains chercheurs ont imaginé qu’il pourrait être possible d’intercepter les spores au moment de l’éjection avec des paillis naturels ou artificiels installés par-dessus la litière avant les éjections au printemps. De même, des plantes couvre-sol à croissance rapide qui couvriraient les feuilles de la litière avant la période des éjections ont également été testées mais ne sont pas prometteuses22. Ces approches ne sont pas au point et ne sont donc pas actuellement recommandées en PFI.

Autres traitements pendant la saison morte

Certains traitements fongicides d’automne appliqués directement sur l’arbre après la récolte ou au sol sur la litière peuvent pénétrer les feuilles et interférer directement avec la survie du champignon. Les traitements de litière au printemps avec différents produits sont aussi rapportés23.  Ces stratégies sont parmi les plus anciennes répertoriées. Or les fongicides utilisables à l’époque étaient très toxiques ou avaient des effets adverses sur la faune auxiliaire et seraient aujourd’hui inadmissibles en PFI. Les fongicides disponibles actuellement qui sont efficaces pour cet usage24 sont pour la plupart sujets à la résistance. Le Captan24 serait efficace et non sujet à la résistance, mais les restrictions d’usage limitent l’utilité de cette option. Au global, la stratégie d’utiliser des fongicides après la récolte n’est pas reconnue utile en PFI. D’autres substances, incluant des herbicides10 ont un effet reconnu pour la réduction de l’inoculum mais ces pratiques ne sont pas homologuées.

Des antagonistes microbiens ont aussi été suggérés comme stratégie de lutte biologique à l’automne pour réprimer la production d’inoculum25. Malheureusement, aucun projet n’a abouti à un produit homologué. Les antagonistes sont souvent efficaces au laboratoire, mais perdent leur efficacité en verger26. Néanmoins, certains projets sont toujours actifs et pourraient mener à des solutions viables au cours des prochaines années. Par exemple, des extraits de levures de brassage appliqués à la litière ont un effet inhibiteur reconnu sur la tavelure27 et leur application augmente indirectement l’activité des vers de terre. D’autres produits à forte teneur en acides aminés (caséine dégradée) ont le même effet28.

Comme ces extraits sont parfois des déchets de l’industrie alimentaire (ex : production brassicole) et certifiables en production biologique28, leur disponibilité à bon marché pourrait être utile à l’industrie pomicole.

Finalement, l’utilisation de brûleurs au propane, d’appareils générateurs de vapeur, ou d’eau chaude a été proposée pour détruire l’inoculum à l’automne ou au printemps. Aucune de ces solutions n’a connu de suite et n’est utilisée.

Gestion de la croissance estivale

Les infections secondaires sur feuillage ont surtout lieu sur les pousses en croissance et parfois en fin de saison sur les feuilles qui ont perdu leur résistance naturelle (voir la fiche sur La tavelure : biologie). Toutes les interventions visant à diminuer la quantité de feuillage sensible ont donc un impact direct sur la propagation de la tavelure en été et indirectement sur l’infection des fruits. Réduire la croissance et un programme de taille estivale sont donc des éléments importants pour la gestion de la tavelure.

Réduction de la vigueur

Dans les limites de ce qui est acceptable d’un point de vue horticole, toutes les interventions favorisant une fin de croissance plus hâtive diminuent la vitesse de propagation en été. En Allemagne, la fin des programmes visant à garder les arbres   jusqu’après la récolte ont eu un   sur les besoins de traitements fongicides en été.  Ainsi, la fertilisation, le contrôle de charge et les hormones de croissance peuvent jouer un rôle. Par exemple, les traitements à l’Apogee (voir la fiche sur La tavelure : traitements d’été), la taille des racines et des coupes dans le phloème, aussi connue comme «scoring», sont à considérer.

Taille estivale

La taille permet d’aérer les arbres, et donc accélère le séchage des feuilles. Comme la durée d’humectation est un facteur aggravant (voir infection), toute mesure qui réduit le temps de séchage aura un impact sur la propagation de la tavelure et l’incidence de la tavelure sur fruits. Par contre, l’effet de la taille est beaucoup moins prononcé sur les infections primaires parce que la quantité de feuillage à cette période n’est habituellement pas suffisante pour influencer de façon notable la durée de séchage, même dans les vergers mal entretenus. La taille a donc peu d’effet sur l’apparition des symptômes d’infection primaire. De même, comme la tavelure primaire n’est pas diminuée par la taille, la production d’inoculum à l’automne suivant n’est pas affectée. Néanmoins, la taille d’été a un impact sur l’apparition d’autres maladies estivales, comme le complexe suie–moucheture, et est donc une mesure utile pour la gestion des maladies. Un bon émondage facilite aussi la pénétration de la bouillie fongicide pendant les pulvérisations.

 

Références

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